mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. B C A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
3°) subsidiairement d'ordonner le réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat à payer une somme de 2 000 euros à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le préfet a entaché son refus de séjour d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une erreur de droit ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence constitue une menace à l'ordre public ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé ;
- en s'abstenant de saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration alors qu'il était informé de son état de santé le préfet a entaché son arrêté d'un vice de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1979, déclare être entré en France le 14 juillet 2008. Il a bénéficié d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à partir du 12 mai 2011 renouvelé jusqu'au 30 novembre 2015. Sa demande de renouvellement de ce titre a été classée sans suite le 4 avril 2016, alors qu'il était incarcéré depuis le 11 février 2016. Il a sollicité son admission au séjour le 5 janvier 2021. Il a été convoqué devant la commission du titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif d'une durée de présence en France égale ou supérieure à dix ans. La commission a émis un avis favorable le 3 mars 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
2. Il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de M. A dont il avait connaissance, notamment la présence de membres de sa famille en France, son incarcération à tort et son état de santé. La circonstance qu'il n'ait pas fait état de certains de ces éléments dans les motifs de sa décision n'est pas de nature à révéler un tel défaut d'examen. Par ailleurs si le préfet a retenu comme motif l'absence de visa long séjour de l'intéressé, il ne ressort pas des termes de sa décision qu'il ait considéré qu'un tel motif était de nature à fonder le refus opposé à la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A. Par suite les moyens invoqués tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit doivent être écartés.
3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "
4. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement un refus de titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour refuser un titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. Pour retenir l'existence d'une menace à l'ordre public malgré l'avis favorable émis par la commission du titre de séjour, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé était défavorablement connu des services de police et qu'il avait fait l'objet de quatre interpellations entre 2012 et 2016 et de trois condamnations. Toutefois il ressort des pièces du dossier que les trois condamnations concernent des faits anciens commis entre 2012 et 2014. L'interpellation de 2016 a donné lieu à un non-lieu et M. A a obtenu, par un arrêt de la Cour d'appel de Montpellier du 16 mai 2019, l'indemnisation du préjudice moral résultant de son incarcération sans fondement entre février et septembre 2016. Compte tenu de l'ancienneté des faits reprochés et des condamnations dont il a fait l'objet, ainsi que de l'absence de toute mise en cause depuis 2016, le préfet n'établit pas qu'à la date de sa décision la présence de M. A constituerait une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement fonder son refus de titre de séjour sur la circonstance que la présence de M. A constituait une menace à l'ordre public doit donc être accueilli.
6. Toutefois, aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. S'il est constant que M. A séjourne en France depuis plus de dix ans, la commission du titre de séjour sollicitée par le préfet ayant d'ailleurs émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour, il ressort des pièces du dossier qu'il n'y a séjourné sous couvert de titres de séjour que pendant quatre années entre 2011 et 2016. S'il se prévaut de la présence ancienne de ses parents et de sa fratrie en France, il n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 29 ans et où vivent toujours ses deux enfants. M. A, âgé de 42 ans à la date de la décision contestée, n'apporte que très peu d'éléments de nature à établir l'intégration dont il se prévaut. S'il se prévaut de la création en 2014 d'une activité d'autoentrepreneur, il n'apporte pas d'éléments probants sur la réalité de l'activité exercée à cette époque. S'il ressort des pièces du dossier que son incarcération à tort sur plusieurs mois en 2016 a eu des répercussions importantes sur son existence, celle-ci ne permet pas de compenser l'absence de tout élément relatif à sa vie privée et à son insertion depuis cette date. S'il justifie de soins réguliers au regard de ses problèmes de santé, les éléments produits ne permettent pas d'établir qu'un refus de séjour porterait pour ce motif une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Les circonstances évoquées par M. A, qui sont identiques à celles évoquées à l'appui du moyen tiré de l'atteinte à sa vie privée et familiale, ne permettent pas de considérer que son admission répondrait à des considérations humanitaires ou qu'elle se justifierait au regard d'un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 435-1. Le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet de l'Hérault dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 ne peut, par suite, qu'être écarté.
9. Si M. A a indiqué dans le courrier accompagnant sa demande de titre de séjour vouloir se soigner et mentionné dans le formulaire de demande de titre une obligation de suivre des soins qui ne lui permettrait pas de travailler, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait entendu solliciter la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Il n'établit ni même n'allègue avoir transmis le certificat médical évoqué à l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'un vice de procédure en ne sollicitant pas l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.
10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Si M. A justifie par plusieurs pièces médicales des interventions et soins dont il a déjà fait l'objet et si le certificat médical de février 2022 qu'il produit mentionne une poursuite des soins et un suivi sans limite, ce certificat n'apporte aucun élément permettant d'établir l'absence de possibilité pour M. A de bénéficier effectivement au Sénégal d'un traitement approprié et ne suffit pas à établir que son état de santé ferait obstacle à son éloignement en application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 31 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 202La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 4 octobre 202La greffière,
L. Salsmann
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026