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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203241

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203241

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS (CLAISSE ET ASSOCIES)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2022, M. D A B, représenté par Me Mazas demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision en date du 14 avril 2022 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de prévention et de sécurité ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle lui permettant d'exercer en qualité d'agent de prévention et de sécurité dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de condamner le CNAPS à payer à Me Mazas la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'exécution de la décision contestée l'empêche de travailler dans son domaine de compétence et le prive des revenus nécessaires pour faire vivre sa famille ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que : la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ; elle méconnaît les dispositions afférentes à l'asile et à la hiérarchie des normes ; la décision est entachée d'irrégularité en ce qu'elle sollicite la production d'un document qu'il est dans l'impossibilité de fournir du fait de son statut de réfugié ainsi que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en a attesté à plusieurs reprises ; en outre le statut de réfugié impliquant que l'Etat l'a persécuté, les mentions du casier judiciaire seraient donc partiales.

Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2022, le CNAPS, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête et demande en outre au tribunal de condamner le requérant à lui verser la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- le refus contesté est parfaitement justifié au regard du 4bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dès lors que M. B n'est pas titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour.

Par une décision du 18 mai 2022 le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 11 juillet 2022 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir est susceptible d'être fondée sur l'irrecevabilité, soulevée d'office, de la demande de suspension dès lors que le demandeur ne justifie pas avoir introduit, avant la saisine du juge, le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure (CE section 12 octobre 2001 Société Produits Roche req 237376 A)

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête, enregistrée le 21 juin 2022 sous le numéro 2203188, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision du 14 avril 2022.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- le code de la sécurité intérieure,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le décret n°2022-449 du 30 mars 2022,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Michelle Couégnat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet 2022 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Mazas, représentant le requérant, qui persiste dans ses conclusions, par les mêmes moyens qu'elle reprend, et soutient en outre en réponse à la notification du moyen soulevé d'office que la décision doit être regardée comme une décision d'irrecevabilité ; que compte tenu du caractère recognitif de la reconnaissance de la qualité de réfugié M. B doit être regardé comme en bénéficiant depuis sa date d'entrée sur le territoire français soit octobre 2018 ; que le CNAPS ne peut lui opposer la condition des cinq ans de titre de séjour prévue par le 4° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors que le point 2 de l'article 17 de la Convention de Genève prévoit que les mesures restrictives imposées aux étrangers au titre des professions salariées ne sont pas applicables aux réfugiés qui comptent trois ans de résidence dans le pays,

- et les observations de Me Harket, représentant le CNAPS, qui persiste dans ses conclusions et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, auquel la qualité de réfugié a été reconnue par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 juin 2020, a sollicité le 23 mars 2022 la délivrance d'une carte professionnelle afin d'exercer en qualité d'agent de prévention et de sécurité, après avoir suivi une formation à la suite d'une autorisation délivrée en avril 2021 par la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est. Par un courrier du 28 mars 2022, la délégation territoriale Sud-Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a demandé de produire dans un délai de quinze jours plusieurs pièces. En réponse au courrier explicatif de son conseil, daté du 8 avril 2022 accompagné de plusieurs pièces, la délégation territoriale Sud-Ouest a, par courrier du 14 avril 2022, confirmé sa demande de pièce relative à un document équivalent au bulletin n° 3 du casier judiciaire délivrée depuis moins de trois mois par une autorité judiciaire ou administrative compétente de son pays d'origine. La demande de M. B doit ainsi être regardée, comme le soutient d'ailleurs le défendeur, comme ayant fait l'objet d'un refus implicite né du silence de deux mois gardé par le CNAPS à l'expiration du délai donné au requérant pour produire les documents demandés. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet de sa demande.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; () ". Aux termes de l'article R. 612-15 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " La demande de carte professionnelle est également accompagnée des documents suivants : () 3° Pour les ressortissants étrangers, le document équivalant à une copie du bulletin n° 3 du casier judiciaire, délivré depuis moins de trois mois par une autorité judiciaire ou administrative compétente de leur pays d'origine ou de provenance et accompagné, le cas échéant, d'une traduction en langue française ; () ". L'article 25 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés stipule que : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les Etats contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni, soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. / 2. La ou les autorités visées au paragraphe 1er délivreront ou feront délivrer sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou les certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. / 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le refus implicite opposé par le CNAPS à la demande de M. B est motivé par l'absence de production par l'intéressé d'un document équivalant à une copie du bulletin n° 3 du casier judiciaire par une autorité de son pays d'origine. Toutefois, en raison même de leur statut, certaines personnes à qui la qualité de réfugié a été reconnue ne sont pas en mesure de bénéficier du concours des autorités de leur pays d'origine lorsque celui-ci est normalement nécessaire pour l'exercice de leurs droits. Dans ces conditions, et sans que puisse être opposée par le CNAPS l'hypothèse selon laquelle la circonstance que M. B solliciterait la délivrance d'un tel document des autorités de son pays d'origine n'impliquerait pas nécessairement une remise en cause de son statut de réfugié, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée le moyen tiré de l'illégalité de la décision du CNAPS persistant à exiger la production par M. B, qui possède la qualité de réfugié, d'un document émanant des autorités de son pays d'origine équivalent à une copie du bulletin n° 3 du casier judiciaire.

5. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.

6. En indiquant dans son mémoire en défense que M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité privée faute d'être titulaire d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans le CNAPS doit être regardé comme faisant valoir une substitution de motifs. Les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure font effectivement obstacle à ce qu'un ressortissant étranger soit employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 du même code s'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans et il est constant que M. B ne remplit pas cette condition à la date de la décision contestée. Dans ces conditions et dès lors que les stipulations invoquées par M. B du point 2 de l'article 17 " professions salariées " de la Convention de Genève concernent les mesures restrictives imposées aux étrangers ou à l'emploi d'étranger " pour la protection du marché national du travail ", alors que les dispositions restrictives en cause sont imposées par le code de la sécurité intérieure pour des motifs liés à la nature même de l'activité, ce motif est susceptible de fonder légalement la décision implicite contestée et l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Par suite, alors que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué et qu'aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, de rejeter la demande de suspension présentée par M. B

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fin de suspension, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du CNAPS, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance de référé, la somme demandée par le conseil du requérant au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés. Il n'y a également pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée sur le même fondement par le CNAPS.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le Conseil national des activités privées de sécurité en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au Conseil national des activités privées de sécurité et à Me Mazas.

Fait à Montpellier, le 13 juillet 2022

La juge des référés,

M. C

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 202La greffière,

A. Lacaze

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