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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203277

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203277

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCHNEIDER AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2022 et le 6 janvier 2023 sous le n°2203277, M. F D, représenté par Me Schneider, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Cournonsec a accordé un permis de construire modificatif n°2 PC34 087 21 M0029 M02 à Mme C et M. A sur la parcelle cadastrée section BE n°181 pour la construction d'une maison d'habitation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cournonsec la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- un troisième permis de construire modificatif a été accordé tacitement suite au dépôt le 3 août 2022, pour tenter de régulariser le manquement relatif à l'article 7UD2, mais le permis en litige indiquait déjà la distance irrégulière si bien que le permis de construire modificatif n°3 n'efface pas ce vice du permis de construire modificatif n°2 en litige ;

- la décision est illégale en raison de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire en particulier en ce qui concerne les cotes du plan de masse, l'absence de cote de la casquette, l'absence d'indication de la surface d'emprise au sol et le document graphique ne représente pas le mur en limite séparative ni les canisses de l'appentis ;

- la décision méconnaît l'article 7UD2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne les limites séparatives de l'implantation de la construction et de l'implantation de la structure bois qualifiée d'" appentis " ;

- la décision est entachée de fraude en ce qui concerne la hauteur de l'appentis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la commune de Cournonsec, Mme G C et M. H A, représentés par Me Maillot, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D à verser à la commune et la somme de 1 500 euros à verser à Mme C et M. A au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 juin 2024, le greffe du tribunal a informé les parties, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête dans l'attente de la régularisation des vices au titre de l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme.

Des observations présentées par M. D ont été enregistrées le 14 juin 2024 et communiquées.

II/ Par une requête enregistrée sous le n°2206668 le 21 décembre 2022, M. F D, représenté par Me Schneider, demande au tribunal :

1°) d'annuler le permis de construire modificatif n°3 PC 34 087 21 M00029 M03 accordé tacitement le 3 octobre 2022 par le maire de la commune de Cournonsec ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cournonsec et Mme C et M. A le versement, chacun, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cette demande de permis de construire modificatif n°3 a pour objet de régulariser l'implantation de la construction à une distance de 2,35 m au lieu de 3 minimum au bénéfice d'une adaptation mineure en considération de la configuration du terrain ;

- ce permis tacite méconnaît l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- ce permis est illégal dès lors que la configuration de la parcelle ne justifie pas l'adaptation mineure accordée et cette adaptation n'a rien de mineure dès lors qu'elle déroge à la règle de l'ordre de 22%.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la commune de Cournonsec, Mme C et M. A, représentés par Me Maillot, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D à verser à la commune et la somme de 1 500 euros à verser à Mme C et M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 juin 2024, le greffe du tribunal a informé les parties, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête dans l'attente de la régularisation des vices au titre de l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme.

Des observations présentées par M. D ont été enregistrées le 14 juin 2024 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Schneider, représentant M. D et celles de M. D ;

- et les observations de Me Bard, représentant la commune de Cournonsec et de Mme C et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. A ont déposé le 26 août 2021 auprès des services de la commune de Cournonsec une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison d'habitation sur un terrain cadastré section BE 181 situé impasse des Lavals. Les pétitionnaires ont sollicité le 31 mars 2022 un permis de construire modificatif n°2 qui leur a été délivré par un arrêté du 18 mai 2022. Par sa requête n°2203277, M. D demande l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022. Mme C et M. A ont déposé le 3 août 2022 une demande de permis de construire modificatif n°3 qui a été implicitement accordé le 3 octobre 2022. Par sa requête n°2206668, M. D demande l'annulation du permis de construire modificatif n°3 du 3 octobre 2022.

2. Les requêtes n°2203277 et n°2206668 présentées par M. D concernent le même projet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la fin de non-recevoir :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est propriétaire de la parcelle cadastrée section BE n°13 sur laquelle est implantée sa maison d'habitation, qui jouxte la parcelle assiette du projet n°BE 181 et a par suite la qualité de voisin immédiat. M. D indique n'avoir pas formé de recours contre le permis initial dès lors que l'implantation de la maison objet du permis respectait les règles de retrait par rapport aux limites séparatives. M. D invoque les nuisances visuelles et sonores provoquées par l'installation d'une terrasse et d'un appentis en bois jusqu'à la limite séparative, supporté par un mur de parpaings en limite séparative, autorisés par le permis modificatif n°2 du 18 mai 2022 ainsi que par le rapprochement de la construction dans la zone de retrait de trois mètres prévus tant par le permis de construire modificatif du 18 mai 2022 que par le permis tacite du 3 octobre 2022. Dans ces conditions, M. D justifie d'un intérêt à agir et la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".

7. La circonstance que le dossier de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif n°2 ajoute un appentis en bois à l'angle sud-ouest de la construction initiale, une " casquette " en façade sud ainsi qu'une terrasse en bois sur cette même façade. Si le requérant soutient que le plan de masse contient des incohérences quant aux dimensions de l'appentis par rapport à son échelle annoncée au 1/200e, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette circonstance est demeurée sans influence sur l'appréciation de l'emprise au sol par le service instructeur, dont il est constant qu'elle ne peut excéder 50% de la surface de la parcelle, dès lors que la construction initiale ne représentait qu'une emprise d'environ 21% et que la surface ajoutée de l'appentis et de la terrasse (incluant la casquette qui la surplombe) ne représente qu'environ 50m2 selon le plan à l'échelle 1/200 du permis modificatif, soit une emprise totale d'environ 30%, ce qui confirme les informations renseignées dans le formulaire Cerfa indiquant la création d'une terrasse de 36m2 et d'un appentis d'environ 15m2. Ensuite, le plan de masse enregistré par le service instructeur en pièce complémentaire le 4 mai 2022, précise la nature du mur en limite séparative à l'endroit de l'appentis, qui sera constitué d'un mur bahut en parpaing de 40 cm de hauteur surmonté d'un grillage d'1,40 mètres, si bien que la circonstance que le document graphique ne représente pas ce mur en limite séparative est restée sans influence sur l'appréciation du service instructeur. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que la hauteur de l'appentis est effectivement de 4,50 mètres au lieu des 3,10 mètres annoncés dès lors qu'il repose sur un élément de la construction initiale lui-même d'une hauteur de 4,50 mètres, il ressort également des documents graphiques que cette appentis est supporté par deux poteaux en bois en limite séparative, si bien qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le mur bahut et le grillage, ou même un mur en parpaing selon une pièce complémentaire du 4 mai 2022, comblerait la hauteur totale de l'appentis, si bien que la circonstance que la hauteur mentionnée dans les plans serait fausse n'emporte pas de conséquences sur la règle d'urbanisme inscrit à l'article 7U2 qui limite à 4 mètres la hauteur des murs en limite séparative. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier et le moyen tiré de la fraude en ce que les pétitionnaires auraient tenté de tromper le service instructeur, doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux implantations des constructions par rapport aux limites séparatives : " La distance comptée horizontalement de tout point du bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 3 mètres. Limite d'application de la règle : ne sont pas concernés par la règle : les débords de toitures, les corniches, les escaliers extérieurs non fermés à condition que le nu de la façade du bâtiment soit au moins à 3 mètres de la limite.Une implantation en limite séparative peut être envisagée : - si le projet de construction jouxte une construction de valeur ou en bon état et de hauteur sensiblement égale à plus ou moins 1 mètre ; - si plusieurs voisins s'entendent pour réaliser simultanément un projet d'ensemble présentant une unité architecturale. Règles particulières : - Les constructions d'annexes isolées, garages, auvents, appentis ou les abris non clos, accolés ou non à la construction principale peuvent être édifiées : a. En limites séparatives : dans ce cas la hauteur du mur de la construction parallèle à la ou aux limites séparatives ne pourra être supérieure à 4 mètres et la surface de plancher de la construction ne pourra être supérieure à 40 m². b. Toutefois le mur de la construction parallèle à la limite séparative ne pourra dépasser 10 mètres de longueur par limite. c. Pour les piscines, la distance de tous les points de la construction (bassin et non les plages) est de 1 mètre minimum par rapport aux limites séparatives dans le cas où elles ont une hauteur inférieure à 0,60 cm du terrain naturel. Les locaux techniques (machineries) devront être conçus de manière à ne causer aucune gêne pour le voisinage. - Les règles énoncées ci-dessus ne s'appliquent pas pour les locaux et les équipements d'intérêt public ".

10. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Elle peut, de même, être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par l'autorisation initiale a été entre temps modifiée ou si cette règle ne peut plus être regardée comme méconnue par l'effet d'un changement dans les circonstances de fait de l'espèce. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'autorisation initiale.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initial prévoyait une distance d'implantation de la maison objet du permis à une distance de trois mètres des limites séparatives, ainsi qu'il en ressort du plan de masse qui fait figurer cette distance de retrait sur l'ensemble des faces concernées par un ligne pointillée et des cotes régulières mentionnant " 300 ". Par ailleurs, et contrairement à ce qui est soutenu en défense, l'ensemble de la construction était implantée en respectant ce recul, y compris l'angle Sud-Ouest et la cote de trois mètres mentionnée à proximité en léger décalage ne mesure pas la distance entre la limite séparative et la façade, mais la distance entre la limite séparative et la ligne pointillée, si bien que la commune et les pétitionnaires ne sont pas fondés à soutenir que cette pointe de la construction ne respectait déjà pas la distance de trois mètres lors de la délivrance du permis de construire initial. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que lors du début des travaux, une erreur de dessin des plans initiaux, due à une échelle de mesure inadaptée, a entraîné une implantation des ouvrages réalisés à l'intérieur de cette zone de retrait, en ce qui concerne la pointe Sud-Ouest de la construction, ainsi qu'il en ressort d'un courrier électronique d'un cabinet d'étude. Par ailleurs, le permis de construire modificatif n°2 attaqué dans l'instance 2203277 indiquait quant à lui une distance de 2,35 mètres si bien que ce permis modificatif doit être regardé comme modifiant la distance d'implantation de la construction. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif n°2, en autorisant une implantation à 2,35 mètres pour une partie du bâtiment, méconnaît la règle de retrait de trois mètres prévue par l'article 7U2 précité du règlement du plan local d'urbanisme.

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section. "

13. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de permis de construire, de déterminer si le projet qui lui est soumis ne méconnaît pas les dispositions du plan local d'urbanisme applicables, y compris telles qu'elles résultent le cas échéant d'adaptations mineures lorsque la nature particulière du sol, la configuration des parcelles d'assiette du projet ou le caractère des constructions avoisinantes l'exige.

14. Il est constant que l'unique objet du permis modificatif n°3 accordé tacitement le 3 octobre 2022 portait sur une " demande de régularisation de l'implantation de la construction au sud à une distance de 2,35 mètres au lieu de 3 mètres. Demande du bénéficie adaptation mineure en considération de la configuration du terrain ". Si la commune de Cournonsec et les pétitionnaires soutiennent que l'adaptation mineure est justifiée eu égard à sa faible importance dès lors qu'elle ne porte que sur la pointe Est/Ouest du bâtiment, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette adaptation serait justifiée par une quelconque circonstance quant à la nature particulière du sol, à la configuration de la parcelle d'assiette du projet ou au caractère des constructions avoisinantes, mais est seulement sollicité pour corriger une erreur de conception. Par suite, M. D est fondé à soutenir que le permis de construire modificatif n°3 du 3 octobre 2022 méconnaît les dispositions de l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme.

15. Enfin, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, que l'aménagement réalisé entre la pointe Sud-Ouest et la limite séparative de M. D est une structure légère en bois pouvant être qualifiée d'appentis, qui est autorisé dans la zone de retrait par les dispositions précitées de l'article 7U2. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le mur en parpaing réalisé sur la limite séparative serait supérieur à quatre mètres alors qu'au demeurant l'appentis en bois est soutenu par deux poteaux en bois en limite séparative. Par suite, la branche du moyen de M. D tenant à la méconnaissance de l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme par la création d'un appentis doit être écarté.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non- opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

17. Il résulte de ces dispositions que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

18. La régularisation du vice affectant la légalité des permis de construire modificatif n°2 et n°3 en litige relevé aux points 11 et 14 du présent jugement, tiré de la méconnaissance de l'article 7U2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation de la pointe Sud-Ouest de la construction, n'implique pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il peut donc faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre les permis de construire modificatifs n°2 et n°3 accordés les 18 mai et 3 octobre 2022 à Mme C et M. A, et de leur impartir ou au titulaire actuel du permis de construire en litige un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de justifier de la régularisation de ce vice.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les requêtes de M. D jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement, imparti à Mme C et M. A ou au titulaire actuel du permis de construire en litige pour justifier auprès du tribunal de la régularisation du vice retenu au point 11 et 14 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. F D, à la commune de Cournonsec et à Mme G C et M. H A.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 juillet 2024,

La greffière,

M. E.

2; 2206668

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