jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203283 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- l'avis du collège de médecins de l'OFII, divergent des précédents avis, n'est pas motivé ;
- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le traitement dont elle doit bénéficier ne peut lui être administré en Arménie et que tout voyage prolongé lui est contre-indiqué ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son insertion en France depuis cinq ans ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant l'Arménie comme pays de destination :
- elles sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur le délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le délai d'un mois ne permet pas d'assurer la continuité des soins.
Par un mémoire, enregistré le 12 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause Escale Knoepffler Huot Piret Joubes, agissant par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- subsidiairement, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 mai 2022.
Un mémoire, enregistré le 18 août 2022, présenté pour Mme C, représentée par Me Summerfield, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante arménienne née le 21 juillet 1983, est entrée en France le 30 octobre 2017, via l'Italie, sous couvert d'un passeport sur lequel était apposé un visa Schengen court séjour de type C, à entrée unique, valable du 28 octobre 2017 au 22 novembre 2017. L'intéressée est actuellement titulaire d'un passeport délivré par les autorités arméniennes le 15 juin 2021 et valide jusqu'au 15 juin 2031. Le 6 décembre 2018, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-11-11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, en raison de son état de santé. Suite aux avis successifs rendus par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après OFII), Mme C a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour successives jusqu'au 5 juillet 2020. Elle s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour pour la période du 16 octobre 2020 au 15 octobre 2021. Le 26 octobre 2021, elle en a sollicité le renouvellement. Par arrêté en date du 31 mars 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité de la requête :
2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I - L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qui dispose du délai de départ volontaire () peut, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour (). ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique alors applicable : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () / c) De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 56 et de l'article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ".
4. En raison de l'objet même de l'aide juridictionnelle, qui est de faciliter l'exercice du droit à un recours juridictionnel effectif, les dispositions de l'article 38 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 selon lesquelles le délai de recours contentieux recommence à courir soit à compter du jour où la décision du bureau d'aide juridictionnelle devient définitive, soit, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice, ne sauraient avoir pour effet de rendre ce délai opposable au demandeur tant que cette décision ne lui a pas été notifiée.
5. La demande d'aide juridictionnelle de Mme C, déposée le 29 avril 2022, avant l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a eu pour effet d'interrompre ledit délai pour contester l'arrêté attaqué. La décision lui accordant l'aide juridictionnelle totale a été rendue le 18 mai 2022. Les pièces du dossier ne permettant pas d'apprécier avec exactitude la date à laquelle cette décision aurait été notifiée à la requérante, la requête enregistrée le 24 juin 2022 ne peut être regardée comme tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. En l'espèce, la décision attaquée a été prise au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 15 février 2022, lequel indique que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, enfin que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour depuis son entrée en France et d'un titre de séjour jusqu'au 26 octobre 2021, est atteinte d'une maladie rénale, d'abord prise en charge par hémodialyse, et pour laquelle elle a reçu, le 10 septembre 2020, une greffe de rein en France. Postérieurement à cette greffe, elle continue de suivre, au sein du service néphrologie-transplantation rénale du centre hospitalier universitaire de Montpellier, un traitement médicamenteux lourd, comprenant notamment des immunosuppresseurs visant à éviter le rejet de la greffe. Son médecin traitant ainsi que son néphrologue attestent que son état clinique nécessite un suivi trimestriel dans un centre spécialisé et que les soins qui lui sont fournis en France ne sont pas accessibles en Arménie. En particulier, son traitement anti-rejet, composé de l'Advagraf et du Cellcept est non substituable et nécessite une surveillance médicale étroite et ne peut être interrompu sans mettre la vie de la requérante en danger. Compte tenu de la complexité de ce tableau clinique et du traitement immunosuppresseur mis en œuvre afin de prévenir le risque de rejet du greffon, l'état de santé de Mme C imposait encore, à la date de l'arrêté attaqué, pris seulement un an et demi après la transplantation, une surveillance rapprochée de haute technicité et la mise en place d'un protocole de soins rigoureux. En outre, le préfet, qui se borne à mentionner l'évolution favorable de l'état de santé de la requérante mais ne produit, dans la présente instance, aucun élément probant sur la disponibilité du traitement en Arménie, n'établit pas que Mme C, exposée à un risque vital en cas d'abstention thérapeutique, pourrait bénéficier en Arménie d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé. Ainsi, le refus de renouvellement de titre de séjour contesté procède d'une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler son titre de séjour. Les décisions du même jour faisant obligation à Mme C de quitter le territoire dans un délai de trente jours et désignant le pays de renvoi doivent également, par voie de conséquence, être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à Mme C un titre de séjour en raison de son état de santé, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, sous réserve que Me Summerfield, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales en date du 31 mars 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à Mme C un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Summerfield, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rigaud, présidente,
Mme Crampe, première conseillère,
M. Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
L. B
L'assesseure la plus ancienne,
S. CrampeLa greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 6 octobre 202La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026