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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203388

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203388

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationmagistrat ROUSSEAU
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Gallon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à la commission de médiation de l'Hérault de se prononcer à nouveau sur sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dont son conseil pourra poursuivre personnellement le recouvrement en renonçant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne prend pas en compte le caractère inadapté du logement à ses besoins et à ceux de sa fille.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault d'un recours amiable tendant à faire reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 8 mars 2022, la commission de médiation a rejeté sa demande sur son recours reçu le 25 octobre 2021. La commission de médiation du département de l'Hérault a, par une décision du 5 avril 2022, confirmé le refus initialement opposé. Mme C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. () ".

3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

4. Pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Pour refuser de reconnaitre à Mme C le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, la commission, après avoir relevé que la requérante était en attente d'un logement social dans le délai anormalement long de 36 mois, a toutefois estimé que les conditions dans lesquelles elle est logée, au regard notamment de la superficie du logement, ne justifient pas de l'urgence pour l'attribution d'un logement dans la mesure où elle occupe un logement de type T1 présentant une surface de 20 m² où vivent 2 personnes, alors que la législation en vigueur, en référence à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation, prévoit une superficie de 16 m² pour 2 personnes.

6. Mme C fait valoir que son logement n'est pas adapté à la composition de son foyer dès lors qu'elle vit avec sa fille âgée de six ans dans un studio dépourvu de chambre ce qui impose pour elles de dormir dans la même pièce de vie du logement sans aucune intimité. Toutefois, le critère de la sur-occupation manifeste du logement tel qu'il résulte des dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ne s'apprécie qu'au regard de la surface habitable de ce logement, sans qu'il y ait lieu de prendre en compte les considérations tirées du nombre insuffisant des pièces et leur mauvais agencement. Or, la surface habitable globale minimale prévue par l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation s'établit à seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne supplémentaire, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus, sans qu'aucune disposition légale ou réglementaire ne prévoit un nombre de pièces déterminé au regard de la composition de la famille. En l'espèce, il n'est pas contesté que Mme C et sa fille occupent un logement d'une surface de 20 m², supérieure à la superficie minimale fixée à 16 m² pour deux personnes par cet article. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que la commission de médiation du département de l'Hérault a estimé que la situation invoquée par la requérante n'était pas inadaptée à ses besoins et qu'elle ne justifiait pas de l'urgence pour résoudre son problème de logement en application des articles L 441-2-3 et R 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B C et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Gallon.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. ROUSSEAULa greffière,

L. ROCHER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2023

La greffière,

L. ROCHER

lr

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