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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203473

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203473

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAUMEL JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 4 juillet, 8 août, 20 août et 26 août 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Baumel-Julien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-340-995 du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit le cas échéant ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant de la délivrance d'une seconde décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Baumel-Julien en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision refusant de l'admettre au séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et comporte des mentions stéréotypées ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de la situation alors que son contrat jeune majeur vient d'être renouvelé, qu'il a fait appel de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Montpellier, qu'il justifie de nouveaux documents établissant la date de naissance qu'il a revendiqué et qu'il ne présente aucune menace pour l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle ne comporte pas de motivation en droit ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences portées sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 mai 2022, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée pour tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Baumel-Julien, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, de nationalité guinéenne, déclare être né le 1er mars 2003. A son arrivée sur le territoire national le 17 mai 2019, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Hérault. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 2021-340-995 du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit le cas échéant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision refusant d'admettre au séjour M. B vise les textes dont il a été fait application, en particulier le code de l'entrée et du séjour des étrangers et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale s'est fondée notamment sur les multiples identités déclarées par l'intéressé et sur la condamnation prononcée par le tribunal judiciaire de Montpellier pour considérer qu'il représentait une menace pour l'ordre public et a précisé les éléments de fait propre à la situation personnelle, familiale et administrative du requérant en France. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté du préfet de l'Hérault ne présente pas un caractère stéréotypé et comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " Aux termes de ceux de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur la menace à l'ordre public que son comportement constituait. En particulier, il relève que l'intéressé a déclaré plusieurs identités et dates de naissance différentes, qu'il est connu défavorablement des services de police pour des faits d'escroquerie et de détentions frauduleuses de plusieurs documents administratifs les 3 juin 2019 et 20 janvier 2020 et d'une déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation du 17 mai 2019 au 19 octobre 2021, et enfin que, par jugement du tribunal judiciaire de Montpellier du 20 octobre 2021, il a été condamné pour ces faits à huit mois d'emprisonnement avec sursis et d'une interdiction de territoire national de cinq années. L'autorité préfectorale a, en outre, rappelé la prise en charge de l'intéressé par l'aide sociale à l'enfance. Le requérant soutient que le préfet de l'Hérault n'aurait pas fait un examen réel et sérieux de sa situation alors qu'il justifie de sa minorité lors de son entrée en France, qu'il a fait appel de sa condamnation pénale, que son contrat jeune majeur a été renouvelé le 22 juin 2022 et qu'il justifie de la délivrance d'un passeport par les autorité guinéennes et produit trois attestations relatives à la date de naissance qu'il revendique. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du rapport d'analyses documentaires du 25 janvier 2021 produit par le préfet en défense que le jugement supplétif d'acte de naissance n° 3969 de M. B et l'extrait du registre d'état civil n° 1919 produit par l'intéressé n'ont pas pu être authentifiés, les services de sécurité intérieure guinéenne ayant informé la France d'une situation de fraude généralisée au niveau des services d'état civil en Guinée. Si M. B produit le passeport guinéen qui lui a été délivré, lequel fait mention d'une date de naissance le 1er mars 2003, ce document, délivré sur la base de document d'état civil dont l'authenticité n'a pas été reconnue, ne constitue pas un acte d'état civil permettant d'établir la minorité dont l'intéressé se prévaut. Alors que M. B ne produit aucun autre élément permettant d'établir la date de naissance revendiquée, les circonstances qu'il aurait fait appel de sa condamnation pénale et que son contrat jeune majeur aurait été renouvelé ne sont pas de nature à établir qu'il serait entré en France avant l'âge de seize ans. Par suite, et contrairement à ce que fait valoir le requérant, le préfet de l'Hérault, qui a examiné l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B a procédé à un examen réel et complet de sa situation.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que son comportement ne constitue aucune menace à l'ordre public, sans apporter plus de précision au soutien de son moyen, le requérant ne conteste pas utilement les motifs du refus de séjour qui lui a été opposé.

6. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement, M. B, qui était majeur à la date de l'arrêté litigieux, même en retenant la date de naissance dont il se prévaut, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ".

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, Ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, la décision refusant d'admettre M. B au séjour comporte les éléments de fait et de droit qui la fondent. Dès lors le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, le séjour de M. B était récent et qu'il est par ailleurs célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Il n'établit pas davantage être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine dans lequel réside notamment une sœur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet de l'Hérault dans l'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de ce tout qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. Il en est de même, en tout état de cause, de ses conclusions indemnitaires, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

A. A Le président,

J.P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 septembre 2022.

La greffière,

B. Flaesch il

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