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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203531

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203531

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2022 pris par le préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente eu égard à la délégation de signature trop générale ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit car le préfet n'a pas pris en compte les années qu'il a partagées en concubinage avec sa conjointe française et il n'a pas étudié sa demande de titre de séjour en qualité de salarié au regard de l'accord franco-tunisien ;

- l'arrêté méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation étant donné l'ancienneté de son séjour et sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%, par décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 7 avril 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. A, ressortissant tunisien né en 1991, un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault en vertu d'une délégation qui lui a été consentie par arrêté du préfet de l'Hérault du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Cet arrêté lui donne délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, à l'exception des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation pour temps de guerre et de la réquisition des comptables publics. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision et des exceptions qu'elle prévoit, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, il ressort de la décision en litige que le préfet a estimé que l'intéressé ne démontrait pas être dans l'impossibilité de supporter, vis-à-vis de son épouse française, la séparation nécessaire à l'obtention du visa long séjour au regard de la date récente de leur mariage le 12 janvier 2021. Toutefois, cela ne permet pas de conclure que le préfet, qui a par ailleurs apprécié les conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A, n'aurait pas statué sur la demande de l'intéressé au vu de l'ensemble des pièces qui lui étaient soumises et notamment au regard de l'ancienneté du concubinage dont se prévaut le requérant.

4. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1erdu présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" ". Aux termes de l'article 11 de ce même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Enfin, en vertu de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, la première délivrance de la carte de séjour temporaire est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa de long séjour.

5. Il résulte des articles 3 et 11 de l'accord franco tunisien qu'ils ne dérogent pas à l'application des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que la délivrance d'un titre de séjour " salarié " à un ressortissant étranger est subordonnée à la condition que ce dernier détienne un visa de long séjour. Alors que le préfet a visé l'accord franco-tunisien applicable en l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ce qui précède qu'en opposant à M. A le défaut de visa long séjour pour refuser de lui délivrer un titre de séjour salarié, le préfet a procédé à l'examen de la demande qui lui était soumise sans commettre d'erreur de droit.

6. Il résulte des éléments développés aux point 3 à 5 du présent jugement que le préfet a procédé à un examen particulier de la demande qui lui était soumise.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A, qui déclare être entré en France en février 2017, ne l'établit pas. Il est néanmoins constant qu'il est marié depuis le 12 janvier 2021 à une ressortissante française et il ressort des pièces du dossier qu'il vit en concubinage avec cette dernière depuis le mois de janvier 2019. Toutefois, bien que plusieurs attestations produites par l'intéressé, émanant de la famille de sa conjointe, attestent du sérieux et de la stabilité de leur relation, celle-ci demeure relativement récente alors que M. A est sans enfant à charge et a vécu la majeure partie de sa vie en Tunisie où il n'allègue pas être isolé. Par ailleurs, la seule présentation d'une promesse d'embauche pour un emploi à temps partiel, à hauteur de 21 heures par semaine en qualité d'ouvrier peintre enduiseur, ne permet pas d'attester de l'intégration professionnelle ou sociale de l'intéressé. Dans ces conditions, et alors qu'au demeurant l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans par arrêté du 21 octobre 2021, le préfet a pu prendre la décision en litige sans méconnaître les dispositions citées au point 7 du présent jugement.

9. Pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. A. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonctions ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 septembre 2022.

La greffière,

M-A Barthélémy

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