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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203532

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203532

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, M. D B, représenté par Me Mazas, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 pris par le préfet de l'Hérault portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ainsi qu'à un réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation car le préfet a refusé de statuer sur sa demande d'autorisation de travail alors qu'il sollicitait une régularisation de sa situation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour alors qu'il est en France depuis plus de dix ans ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il ne présentait pas de motifs exceptionnels justifiant son droit au séjour ;

- la décision méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales étant donné sa situation personnelle, familiale et professionnelle en France ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York car il est père d'un enfant de quatre ans et beau-père d'un enfant né en 2014.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère ;

- les observations de Me Mazas, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 22 avril 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B, ressortissant arménien né en 1975, un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. A titre liminaire, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. En premier lieu, si le préfet a précisé qu'il n'était pas tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail de M. B, faute pour ce dernier d'être titulaire d'un visa de long séjour, il a néanmoins examiné la situation professionnelle de l'intéressé ainsi que les éléments relatifs à sa vie privée et familiale avant d'écarter son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Ainsi, il a notamment fait état de la promesse d'embauche présentée par l'intéressé, de l'ancienneté de résidence en France dont il se prévaut et de sa situation maritale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, à supposer même que M. B puisse se prévaloir de documents faisant référence à M. A C, dans la mesure où il soutient avoir utilisé cet alias durant plusieurs années au lieu de sa véritable identité, il ressort des pièces du dossier que, dans la période de dix années précédant la décision en litige, l'intéressé n'est pas en mesure d'établir, sur de longues durées, sa résidence habituelle en France. Ainsi, pour les années 2014 à 2016, il ne produit qu'une attestation d'une association faisant état de sa domiciliation postale et, pour les années 2015 et 2016, son avis d'imposition sur le revenu. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point 2 du présent jugement en s'abstenant de consulter la commission du titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B, qui déclare être entré en France en juin 2009 et s'y maintenir depuis, a vu sa demande d'asile rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 14 mai 2011, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 5 décembre 2011. Sa demande de réexamen a été rejetée le 28 février 2012 par l'OFPRA, décision confirmée par la CNDA le 19 juillet 2013. L'intéressé a par ailleurs fait l'objet de quatre précédentes obligations de quitter le territoire français le 13 janvier 2012, le 27 juin 2013, le 23 février 2017 et le 25 septembre 2020, ces deux dernières décisions étant assorties d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée respective d'un an et de trois ans. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est désormais marié, depuis le 3 octobre 2019, avec une ressortissante arménienne, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 2 novembre 2023 et avec qui il a eu une fille née en juillet 2018. M. B précise par ailleurs que sa femme est mère d'un enfant né en janvier 2014 d'une précédente union.

7. Toutefois, le requérant n'établit pas vivre auprès de sa femme et de son enfant alors que le concubinage est contesté par le préfet. Ainsi, s'il produit une attestation d'un tiers déclarant les héberger depuis l'été 2017 puis une attestation de sa compagne déclarant l'héberger depuis le 28 octobre 2020 ainsi qu'un contrat d'électricité établi à leurs deux noms depuis le 16 avril 2021, il ressort des pièces du dossier que les adresses de M. B et de son épouse sont fréquemment différentes pour les mêmes périodes. Par ailleurs, sa femme bénéficie, depuis le 19 février 2020, d'un logement qui n'est attribué qu'en son nom ainsi qu'à celui de ses deux enfants et elle s'est déclarée célibataire, le 12 octobre 2021, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Parallèlement, M. B se présente comme célibataire dans sa déclaration de revenus 2021 et a déclaré, le 25 septembre 2020, dans le cadre d'une audition par un officier de police judiciaire, être célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, les quelques photographies versées au débat ainsi que deux attestations de proches, peu circonstanciées, faisant état de l'existence d'une vie de famille, ne suffisent pas à établir que M. B vivrait en concubinage avec son épouse et qu'il participerait à l'entretien et l'éducation de son enfant ainsi que de celui de son épouse comme il l'allègue. En tout état de cause, si M. B se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée, celui-ci a été conclu très récemment, le 3 avril 2022, alors que son épouse est sans emploi et qu'ils ne font pas état d'une intégration sociale ou économique particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Arménie, pays dont le requérant et son épouse sont originaires et c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu refuser de délivrer à M. B un titre de séjour et prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

8. Pour les mêmes motifs que ceux ci-dessus développés, la décision, qui écarte l'admission exceptionnelle au séjour de M. B au titre de sa situation professionnelle et de sa vie privée et familiale, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas participer à l'éducation et à l'entretien de son enfant et, le cas échéant, de celui de son épouse, alors qu'en tout état de cause, sa cellule familiale peut se reconstituer en Arménie. Dans ces conditions, le fait que la fille de M. B soit née sur le territoire français en juillet 2018 et soit actuellement scolarisée en classe de petite section n'est pas de nature à établir la violation des dispositions précitées. Dès lors, c'est sans méconnaitre l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B que le préfet a pu prendre la décision en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. B. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonctions ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 septembre 2022.

La greffière,

M-A Barthélémy

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