jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | EL MOUNSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. B A demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 31 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour n'est pas suffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, tenant à l'absence de mention de son second enfant ;
- cette décision est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code précité ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- cette décision méconnait également l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représentée par Me Joubès, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 août 2022.
Vu :
- le jugement n° 2203492 du 8 juillet 2022 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique.
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant gambien né le 7 octobre 1996, demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 31 mai 2022 lui refusant le renouvellement d'un titre de séjour et l'obligeant de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et en lui interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'étendue du litige :
2. Par le jugement susvisé du 8 juillet 2022, sous le n° 2203492, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a statué sur les conclusions de la requête de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur celles tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales en tant qu'il prononce à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il a expressément renvoyé les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rattachent devant une formation collégiale du tribunal, compétente pour y statuer. Par suite, seules demeurent en litige les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que les conclusions accessoires à celles-ci.
Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, la décision portant refus de séjour, qui vise les textes applicables et mentionne les principaux éléments de la situation personnelle de l'intéressé est suffisamment motivée. Même à supposer qu'un tel évènement ait été porté à la connaissance du préfet, la circonstance que celui-ci n'ait pas mentionné dans son arrêté la naissance d'un second enfant, intervenue le 8 avril 2022, n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation dès lors qu'elle est sans incidence sur l'appréciation de son droit au séjour. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il n'est pas établi que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle avant de prendre l'arrêté querellé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Aux termes l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, selon jugements du tribunal correctionnel de Perpignan des 29 janvier 2018 et 10 décembre 2021, l'intéressé a été condamné à des peines d'emprisonnement pour, d'une part, des faits de violence avec usage ou menace d'une arme et de menace de mort réitéré commis le 13 décembre 2017 sur une personne étant ou ayant été son conjoint, et, d'autre part, des faits de rébellion ou menace de mort à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, récidive et violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité. En outre, le préfet indique dans son arrêté que l'intéressé a été signalé pour d'autres faits relatifs à l'acquisition de stupéfiants, d'actes de violence, d'outrage et rébellion et enfin de violences avec armes suivie d'incapacité. Compte tenu de la nature et de la gravité de ces faits, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, se fonder sur le motif tiré de ce que la présence du requérant constituait une menace pour l'ordre public au sens des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A.
6. D'autre part, M. A fait valoir qu'il est irrégulièrement entré en France en 2013, qu'il s'est marié avec une ressortissante française le 5 août 2017 avec laquelle il a eu deux enfants, nés respectivement le 18 décembre 2018 et le 8 avril 2022, et qu'il a bénéficié de deux cartes de séjour temporaires d'une durée d'un an du 28 juin 2019 au 27 juin 2020 puis du 10 décembre 2020 au 9 décembre 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'apporte aucun justificatif établissant sa résidence habituelle en France avant 2016. Il a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 29 janvier 2016 portant obligation de quitter le territoire français auquel il n'a pas déféré. Si M. A fait valoir qu'il a versé chaque mois une somme de cent euros à sa conjointe de mai à décembre 2021, il n'établit pas ainsi avoir contribué à l'entretien et à l'éducation de son premier enfant depuis au moins deux ans avant la décision attaquée. Il n'établit pas davantage, ni même n'allègue, avoir contribué à l'entretien et à l'éducation de son second enfant depuis sa naissance. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, en tout état de cause, être écartés. Il ressort des pièces du dossier que, malgré ses allégations, la communauté de vie avec son épouse française avait cessé à la date de la décision attaquée. Par suite, le refus de séjour opposé au requérant n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas également violé les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
8. Si M. A soutient qu'il aurait dû être admis au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article précité, il ne ressort pas des éléments indiqués au point 5 que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir de régularisation pour motifs exceptionnels ou considérations humanitaires.
9. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 ci-dessus renvoient.
10. Il découle des points précédents que M. A ne rentre dans aucune catégorie d'étrangers pouvant bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Le préfet des Pyrénées-Orientales n'était donc pas tenu de saisir la commission du titre de séjour de son cas préalablement à sa décision de refus de séjour. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 423-13 du code précité ne peut dès lors être accueilli.
11. Il découle de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 31 mai 2022 portant refus de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 31 mai 2022 portant refus de séjour, et celles présentées à titre d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
JP. C L'assesseure la plus ancienne,
A. Bayada
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 octobre 2022.
La greffière,
B. Flaesch
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026