vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 13 juillet, 28 juillet et 19 août 2022, Mme C A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de quatre mois ;
3°) subsidiairement, de prononcer la suspension de l'exécution de cet arrêté ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la demande d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet et méconnaît les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en indiquant qu'elle ne peut se voir adresser ni une carte de résident ni une carte de séjour temporaire, alors que la CNDA n'a pas encore statué sur sa demande, le préfet de l'Hérault a commis une erreur de fait ;
- eu égard aux risques qu'elle encourt en cas de retour en Albanie, à son insertion en France, et aux motifs de sa fuite, rendant indispensable qu'elle puisse s'exprimer oralement devant la CNDA, le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ; il a également méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; eu égard à la circonstance que sa fille est scolarisée en France, il a méconnu le stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale ;
- le préfet ne s'est pas livré à un examen des risques encourus au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ces stipulations, et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ont été méconnues ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale ;
- eu égard aux circonstances qu'elle vit depuis plus de deux ans en France, où sa fille est scolarisée et où elle a établi des liens, que plusieurs membres de sa famille l'ont rejointe en France, qu'elle est exposée à des risques de mauvais traitements en Albanie, que la CNDA n'a pas statué sur sa demande, qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, cette mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la demande de suspension :
- elle a introduit devant la CNDA un recours contre la décision de l'OFPRA, et il est primordial qu'elle puisse s'expliquer en personne devant les juges, en faisant valoir aussi bien les éléments déjà présentés à l'OFPRA que les éléments nouveaux recueillis depuis.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il expose que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Brûlé, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 10 octobre 1996, de nationalité albanaise, entrée en France au mois de décembre 2020 selon ses déclarations, a formulé le 26 janvier 2021 une demande d'asile qui a été examinée par l'OFPRA selon la procédure accélérée, et rejetée le 11 février 2022. Par un arrêté du 23 juin 2022, le préfet de l'Hérault a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de quatre mois. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des autres des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de Mme A.
3. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". En vertu du d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 du même code, c'est-à-dire, notamment, lorsque l'OFPRA statuant en procédure accélérée a rejeté une demande présentée par un étranger ressortissant d'un pays d'origine sûr. Telle est la situation de Mme A, ressortissante albanaise dont la demande d'asile a été rejetée après avoir été examinée selon la procédure accélérée. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.
4. En indiquant que Mme A ne pouvait se voir délivrer ni une carte de résident, ni une carte de séjour temporaire, après avoir relevé que sa demande d'asile examinée selon la procédure accélérée avait été rejetée par l'OFPRA le 11 février 2022, le préfet de l'Hérault n'a pas fondé sa décision portant obligation de quitter le territoire français sur des motifs de fait matériellement inexacts.
5. Pour l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée très récemment en France, le 21 décembre 2021 selon ses déclarations, accompagnée de sa fille mineure, scolarisée en maternelle. Si elle se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, demandeurs d'asile, elle ne l'établit pas, ni n'établit davantage qu'elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, eu égard à la faible durée de ce séjour, et en dépit des efforts réel d'insertion accomplis notamment par la réalisation d'un stage et l'obtention d'un emploi, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis.
7. La seule circonstance que Greis, fille de Mme A née le 7 novembre 2017, a été scolarisée au titre de l'année 2021-2022 en moyenne section de maternelle, est insuffisante pour considérer l'intérêt supérieur de cette jeune enfant, qui pourra poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine, aurait été méconnu.
8. Aucune des circonstances invoquées par Mme A n'est de nature à faire regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français comme entachée d'un erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
10. Dans l'arrêté attaqué, le préfet de l'Hérault vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prend en compte l'analyse réalisée par l'OFPRA, et relève que Mme A n'apporte aucun élément nouveau de nature à établir la réalité des risques encourus au regard de ces stipulations. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet ne se serait pas livré à un examen des risques encourus au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Mme A se prévaut, outre divers éléments qu'elle indique avoir présentés à l'OFPRA mais qu'elle ne joint pas à sa demande, de photographies d'un visage tuméfié, dépourvues d'indication de date. Par ailleurs, elle verse au dossier des déclarations réalisées le 20 mai 2022 auprès des autorités de police de Tirana (Albanie) par son père, ainsi qu'un ami, relativement à des menaces qu'ils ont indiqué avoir reçues la veille d'un groupe de trois personnes à sa recherche. Ces éléments sont à eux seuls insuffisants pour regarder comme établie l'actualité et la réalité des risques allégués par Mme A en cas de retour dans son pays d'origine. Celle-ci n'est donc pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, au soutien de la contestation de la décision d'interdiction de retour, doit être écarté.
13. En vertu de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
14. Ainsi qu'il a été dit au point 5 Mme A est entrée récemment en France, où ses attaches familiales en France sont limitées à sa fille, et où ellle n'établit pas avoir des membres de sa famille. L'ensemble de ces circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre mois, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée, alors même que Mme A occupe un emploi, est inscrite à la mission locale, exprime la volonté de se préparer à l'obtention du brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur, n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen, tiré de l'inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
Sur les conclusions à fin de suspension :
15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".
16. La requérante, ressortissante d'un pays sûr, ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application du d) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour demander la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français, outre les éléments d'appréciations déjà soumis à l'OFPRA elle se prévaut des déclaration, mentionnées au point 8, relatives à des menaces que son père et un ami de son père indiquaient avoir reçues d'un groupe à sa recherche. Alors que peut se faire représenter devant la CNDA, cette circonstance invoquée ne permet pas de considérer que sa présence présenterait un caractère indispensable pour répondre aux questions des juges de l'asile dans la procédure la concernant. Mme A ne peut donc être regardée comme présentant des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2022.
Le magistrat désigné,
J. BLe greffier,
D. MARTINIER
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 août 2022.
Le greffier,
D. MARTINIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026