mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | magistrat ROUSSEAU |
| Avocat requérant | MOULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, M. B Diallo, représenté par Me A, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 20 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a mis fin à son contrat " jeune majeur " ;
3°) d'enjoindre au département de l'Hérault de procéder au renouvellement du contrat d'accueil jeune majeur dans un délai de 15 jours, et dans l'attente de lui proposer un hébergement, ou à défaut de proposer un accompagnement avec des mesures adaptées jusqu'à la fin de sa scolarité, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 10 jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 480 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ou d'inexactitude matérielle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit quant au refus de l'accompagner jusqu'au terme de sa scolarité au regard de l'article L. 222-5 alinéa 7 du code de l'action sociale et de la famille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. Diallo n'est fondé.
M. Diallo a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau ;
- et les observations de Me Balestié, substituant Mme A, représentant M. Diallo.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. Diallo, né le 3 juillet 2002 et de nationalité ivoirienne, a été accueilli à compter du 25 mars 2019, à l'âge de 16 ans, en dispositif de jour au sein de l'Avitarelle, puis pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de l'Hérault à compter du 16 avril 2019. Il a bénéficié à compter du 3 juillet 2020 d'un contrat d'accueil jeune majeur, lequel a été renouvelé le 29 décembre 2021 pour une durée de six mois. Par une décision du 24 mars 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault a informé M. Diallo que son contrat jeune majeur prendrait fin le 15 avril 2022. Par une décision du 20 mai suivant, le recours administratif préalable obligatoire exercé le 13 avril 2022 par M. Diallo en application de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles, a été rejeté. Par la présente requête, M. Diallo demande l'annulation de la décision du 20 mai 2022.
2. Par une décision du 16 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Montpellier a admis M. Diallo au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
3. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code détermine les personnes susceptibles, sur décision du président du conseil départemental, d'être prises en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, parmi lesquelles, au titre du 1° de cet article, les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel et, au titre de son 3°, les mineurs confiés au service par le juge des enfants parce que leur protection l'exige. Aux termes des sixième et septième alinéas de cet article : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ". Il résulte de ces dernières dispositions, que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 relative à la protection des enfants dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans, ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité, bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
5. Il résulte de ce qui a été dit au point qui précède que M. Diallo ne peut utilement soutenir, à l'appui de son recours, que la décision mettant fin à son contrat " jeune majeur " serait insuffisamment motivée, ni qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
6. Il résulte de l'instruction que pour mettre fin, par la décision attaquée du 20 mai 2022, à la prise en charge de M. Diallo, le président du conseil départemental de Hérault a relevé qu'il ne respectait pas les engagements du contrat jeune majeur qu'il a signé par ses absences régulières et son manque d'assiduité dans sa scolarité et a indiqué que la demande de titre de séjour qu'il avait présentée en août 2021 était restée sans réponse.
7. La circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas qu'il a obtenu un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire valable jusqu'au 9 mai 2023 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et n'est nullement constitutive d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation non plus que l'obtention de son titre de séjour le 10 mai 2022. Eu égard à la concomitance des dates il ne peut être fait grief au président du département de l'Hérault d'avoir relevé cet élément qui, au demeurant, ne constituait pas le motif principal de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur de fait ou de l'inexactitude matérielle doit être écarté.
8. Les stipulations de l'article 5 du contrat d'accueil provisoire jeune majeur conclu par M. Diallo le 29 décembre 2021 pour une durée de six mois valable du 3 janvier 2022 au 2 juillet 2022 précise que : " Le jeune majeur s'engage à participer activement à cette action selon les modalités suivantes : - poursuivre sa scolarité de façon régulière ; - poursuivre ses démarches de régularisation seul (attente de réponse de la préfecture) ; - respecter son lieu de vie et le règlement intérieur du lieu d'hébergement ; - s'inscrire dans le projet éducatif proposé et honorer ses rendez-vous avec son éducateur référent ; - informer son éducateur référent de tout changement dans sa situation administrative, scolaire, professionnelle, familiale, de l'obtention d'un permis de conduire, etc. ; - communiquer toutes modifications de son revenu en transmettant ses contrats de travail ou preuve de l'obtention d'une bourse d'étude à son éducateur référent. "
9. Il résulte de l'instruction, notamment des bulletins scolaires, de très nombreuses absences en classe de M. Diallo ce qui a conduit le chef d'établissement a lui adressé des mises en garde à l'issue du conseil de classe 2019-2020 ainsi qu'au titre de l'année en 2020-2021. M Diallo a également reçu un avertissement pour cause de " bagarre " de la part de son établissement scolaire. En outre, M. Diallo a hébergé d'autres personnes dans son logement et, en contradiction avec le règlement intérieur, a accueilli un chien. Il a également adopté des comportements violents à l'égard du personnel en charge de son lieu d'hébergement. Certains rendez-vous, notamment celui du 28 avril 2021 au conseil départemental et celui du 23 novembre 2020 à la médecine légale, n'ont pas été honorés par l'intéressé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. Diallo n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, y compris le comportement du jeune majeur.
11. Il résulte de l'instruction que M. Diallo a été pris en charge par le département de l'Hérault pendant trois ans, dont un an et demi en qualité de jeune majeur, période au cours de laquelle il a validé un CAP d'électricien au terme de l'année 2021/2022 grâce au dernier renouvellement du 29 décembre 2021 accordé afin de lui permettre de terminer son année scolaire et ce malgré ses nombreuses absences. Par ailleurs, M. Diallo a obtenu un titre de séjour le 10 mai 2022 en qualité de travailleur temporaire valable jusqu'au 9 mai 2023 l'autorisant ainsi à se maintenir régulièrement sur le territoire français. En refusant de poursuivre la prise en charge dont il a besoin, alors même que M. Diallo serait scolarisé en bac pro, le président du conseil départemental de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et familiale.
12. Il résulte de ce qui précède que M. Diallo n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision 20 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a mis fin à son contrat jeune majeur et à sa prise en charge. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. Diallo tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. Diallo et au département de l'Hérault.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
M. ROUSSEAU La greffière,
L. ROCHER
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 26 septembre 2023.
La greffière,
L. ROCHER
lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026