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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203687

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203687

vendredi 26 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet et 22 août 2022, Mme B, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 23 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation dès lors notamment que le préfet n'a pas tenu compte de ses graves problèmes de santé et de la présence de son fils qui a demandé l'asile et qui est aussi malade ;

- le préfet aurait dû appliquer l'article L.311-6 devenu 426-20 du CESEDA et informer l'intéressée qu'elle avait la possibilité de faire une demande de titre sur un autre fondement ;

- l'article L.611-3 9° du même code est méconnu puisqu'elle est atteinte d'un syndrome anxio-dépressif et de céphalées chroniques ;

la décision fixant le pays de destination :

- est illégale compte tenu de l'illégalité de l'OQTF ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa famille s'est retrouvée malgré elle impliquée dans un conflit de vendetta, elle a ainsi fait l'objet de menaces de mort répétées ;

la décision portant interdiction de retour d'une durée de quatre mois :

- est illégal compte tenu de l'illégalité de l'OQTF ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Brulé pour Mme B, présente à l'audience assistée de Mme A, interprète, qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 22 septembre 1970, de nationalité albanaise, a sollicité l'asile en France qui a été refusé par une décision de l'OFPRA en procédure accélérée du 28 mars 2021. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 23 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français et fixant une interdiction de retour d'une durée de quatre mois.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte litigieux, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et actuelle de Mme B accompagnée de son fils. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 431-2 du CESEDA : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois () ".

5. La circonstance, à la supposer avérée, que l'administration n'aurait pas délivré à Mme B l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du CESEDA, relatif aux conditions de délivrance des titres de séjour, pour l'inviter, le cas échéant, à présenter dans le délai fixé par le texte une demande d'admission au séjour à un titre autre que l'asile, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, le préfet de l'Hérault a bien mis en œuvre la procédure prévue par les dispositions précitées comme en atteste la notice d'information traduite en albanais que la requérante a reçue le 24 août 2021 et a signée.

6. Aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du CESEDA: " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est atteinte d'un syndrome anxio-dépressif et de céphalées chroniques selon un certificat médical du 29 juin 2022. Toutefois, le certificat en question produit au dossier précisant le besoin d'un avis psychiatrique ne se prononcent ni sur la disponibilité en Albanie des soins dont cette dernière a besoin, ni même sur le degré de gravité de son état de santé. Ce certificat, eu égard aux termes dans lesquels il est rédigé ne suffit pas à établir l'indisponibilité de ces traitements dans le pays d'origine de la requérante. Par ailleurs, il n'appartient pas au préfet de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe. Dans ces conditions, en prenant l'arrêté en litige, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de cette décision ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. D'une part, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et actuelle de Mme B au regard du pays de retour envisagé. D'autre part, ni le récit des faits par Mme B, ni les pièces qu'elle produit composées en particulier d'un article de presse du 25 octobre 2021 ne permettent d'établir la réalité des risques qu'elle allègue encourir en cas de retour en Albanie, ni qu'elle ne pourrait se prévaloir de la protection des autorités albanaises. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

11. La décision mentionne les articles L. 612-8, L. 612-10 et L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle atteste de la prise en compte par le préfet, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, notamment la durée de son séjour en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. La décision permet à Mme B, à sa seule lecture, d'en connaître les motifs légalement prévus. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante en raison de la faible durée de présence en France, de l'absence de liens forts avec ce pays et quand bien même elle n'est pas une menace à l'ordre public et son fils serait scolarisé en France.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

13. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à Me Ruffel et au préfet de l'Hérault.

Le magistrat désigné,Le greffier,

M. C F

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 26 août 2022.

Le greffier,

F

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