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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203691

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203691

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2022, Mme E A B, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault :

- de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle est fondée sur le refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 10 juin 2022, Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Badji Ouali, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité marocaine, déclare être entrée pour la dernière fois en France le 16 octobre 2017 munie d'un visa Schengen. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n°2022-03-DRCL-166 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°39 du 10 mars 2022, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. D " à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () / A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, les décisions litigieuses mentionnent, notamment, que l'intéressée ne justifie pas que sa mère serait dans l'impossibilité de faire appel aux services sociaux compétents, ou bien encore qu'elle serait dans l'impossibilité de demander de l'aide à ses autres enfants présents en France, dont certains sont en situation régulière ou de nationalité française. Il est ainsi énoncé l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles la décision se fonde, de manière suffisamment circonstanciée, pour mettre la requérante en mesure d'en discuter utilement les motifs. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A B, a ainsi suffisamment motivé les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait entaché les décisions attaquées d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Mme A B, qui déclare être entrée pour la dernière fois sur le territoire le 16 octobre 2017 et qui est célibataire et sans charge de famille, fait valoir qu'elle détient la grande majorité de ses liens familiaux en France où sa mère ainsi que la plupart de ses frères et sœurs résident régulièrement. Elle indique en outre qu'elle s'occupe au quotidien de sa mère qui est lourdement handicapée. Toutefois, le certificat médical produit par la requérante ne suffit pas à établir que sa présence serait indispensable aux côtés de sa mère, ni qu'elle serait la seule personne susceptible de lui apporter une aide. Elle n'établit pas davantage être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de son existence, soit jusqu'à l'âge de 49 ans. Par ailleurs, elle a déjà fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une mesure d'éloignement non exécutée le 8 avril 2019. Dans ces circonstances, compte tenu notamment de la durée et des conditions de son séjour en France, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que les décisions litigieuses auraient porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises et auraient ainsi méconnu les stipulations et dispositions citées aux points 4 et 5.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Mme A B, qui fait état de sa vie privée et familiale telle que relatée au point 6, ne justifie d'aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'admettre la requérante au séjour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. En premier lieu, il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet a relevé que la requérante ne justifie pas de circonstances humanitaires. En outre, la décision attaquée indique que Mme A B, qui a déclaré être présente en France depuis le 16 octobre 2017, ne justifie pas d'une présence ancienne sur le territoire, qu'elle ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, qu'elle a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement non exécutée le 8 avril 2019 et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Cette motivation permet d'attester de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an prise à l'encontre de Mme A B doit être écarté.

11. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour en raison de l'illégalité de ce refus doit être écarté.

12. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 6 sur la situation personnelle de Mme A B, qui s'est notamment soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 27 avril 2022 pris par le préfet de l'Hérault.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A B n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

M. Bossi

Le président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 octobre 2022.

La greffière,

B. Flaesch

N°2203691et

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