vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203697 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | GONTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. A, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 25 janvier 2022 l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision portant obligation de quitter le territoire (OQTF) :
- n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est entré en France en 2017 et qu'il a fui son pays en raison de persécutions ;
la décision de refus de délai de départ volontaire supérieur à 30 jours :
- n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;
- n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire et le préfet s'est placé en situation de compétence liée ;
- est entachée d'un défaut de base légale et d'erreur manifeste d'appréciation ;
la décision portant interdiction de retour (IRTF) d'une durée d'un an :
- est insuffisamment motivée ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'erreur d'appréciation ;
la décision fixant le pays de destination :
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il était chauffeur de taxi en Guinée, et suite à un accident ayant causé la mort de sa passagère, ce dernier a subi des menaces émanant de la famille de cette dernière ; il a fui la Guinée, avant d'arriver sur le territoire national.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut à la tardiveté de la requête et subsidiairement à son rejet au fond.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Gontier pour M. A, présent à l'audience qui reprend ses écritures et ajoute que la requête est recevable et que la notification de l'arrêté est irrégulière.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 5 juillet 2000 à Faranah, de nationalité Guinéenne, a demandé l'asile en France qui lui a été refusé par décision de l'OFPRA du 16 mars 2021 confirmée par la CNDA par jugement du 6 août suivant. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 25 janvier 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les moyens communs aux décisions :
3. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte litigieux, que le préfet des Pyrénées-Orientales n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et actuelle de M. A. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté pour l'ensembre des décisions contestées.
4. Il ressort de l'ensemble des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative oblige un ressortissant étranger à quitter le territoire français en assortissant cette obligation d'un délai de départ volontaire. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent être utilement invoquées par M. A à l'encontre tant de l'OQTF que de la décision fixant le délai de départ volontaire de 30 jours. Il en est de même pour la décision d'interdiction de retour (IRTF) et celle du pays de renvoi lorsque celles-ci sont, comme en l'espèce, prises en même temps que la décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. Sont tout autant inopérantes les conditions de notification de l'arrêté contesté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. La décision attaquée, qui mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde est suffisamment motivée et n'avait en particulier pas à mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A.
7. M. A est célibataire et sans enfant et il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales en Guinée. Dans ces conditions, et même s'il a manifesté à sept reprises son souhait d'obtenir un titre de séjour, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention précitée en prenant l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire supérieur à 30 jours :
8. Le délai d'un mois pour exécuter spontanément cette obligation étant le délai de principe, la fixation d'un tel délai n'a, en tout état de cause, pas à faire l'objet d'une motivation particulière.
9. La décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel. Si la fixation d'un tel délai n'a pas le caractère d'une décision défavorable le requérant ne peut pas utilement soutenir que la décision contestée par laquelle le préfet lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter le territoire français, a méconnu son droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision l'affectant défavorablement, au sens du principe général du droit de l'Union européenne
10. Il ne ressort pas de la décision contestée que le préfet se soit placé en situation de compétence liée. Enfin, la décision n'est pas entachée d'un défaut de base légale ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
11. La décision mentionne l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle atteste de la prise en compte par le préfet, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, notamment la durée de son séjour en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Le préfet n'avait pas à motiver la décision sur le fait que M. A n'était pas une menace pour l'ordre public ni qu'il n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. La décision permet à M. A, à sa seule lecture, d'en connaître les motifs légalement prévus. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
12. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a notamment jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français qui est prise concomitamment à une mesure d'éloignement. La circonstance que l'autorité administrative n'est pas tenue d'édicter une telle mesure d'interdiction en complément d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire et qu'elle peut, pour des raisons humanitaires, également s'abstenir de prononcer une telle interdiction à la suite d'une décision d'éloignement sans délai, ne fait pas obstacle au prononcé de cette mesure lorsque le ressortissant étranger a pu être entendu et ainsi mis à même, au cours de la procédure et avant toute décision lui faisant grief, de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement, et notamment faire valoir d'éventuelles circonstances humanitaires.
13. Si M. A a fait valoir qu'il n'avait pas été mis en mesure de présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'interdiction de retour, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a pu, lors de sa demande d'asile, être entendu sur sa situation personnelle et familiale et a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une décision de rejet pouvant entraîner une mesure d'éloignement. Il a ainsi été mis à même de faire part de ses observations sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective d'éloignement et d'apporter tous éléments de nature à faire, le cas échéant, obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'autant qu'il a écrit à plusieurs reprises à la préfecture pour solliciter son admission exceptionnelle au séjour. M. A, n'établit d'ailleurs pas avoir été privé de la possibilité de présenter, de manière utile et effective, des éléments pertinents, liés à des circonstances humanitaires, qui auraient pu influer sur le principe et la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français susceptible d'être prise à son encontre. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté comme celui tiré de l'erreur d'appréciation compte tenu de ce qui a été dit au point 7 sachant que la circonstance qu'il ait sollicité à sept reprises une demande de titre de séjour est sans incidence.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. M. A n'établit aucune menace actuelle et personnelle dirigée contre lui, tant au regard de la protection prévue par la convention de Genève que de celle prévue à l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, en ce qu'elle prescrit son retour vers la Guinée ou, le cas échéant, vers tout pays où il sera légalement admissible, méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner la tardiveté de la requête.
Sur les autres conclusions de la requête :
17. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gontier et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Le magistrat désigné, Le greffier,
M. C D
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 26 août 2022.
Le greffier,
D
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026