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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203730

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203730

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET LABRY & NORAY-ESPEIG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juillet 2022 et le 27 avril 2023, l'entreprise A B, représentée par son liquidateur judiciaire Me Pierre-Henri Frontil et la SAS B, représentées par l'AARPI Larrouy-Castéra et Cadiou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de Magrie du 24 janvier 2022 décidant la résiliation du bail de location d'un terrain nu consenti à la société A B, ainsi que du rejet implicite du recours gracieux expédié le 18 mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Magrie une somme de 4 000 euros à leur verser solidairement sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable car elles ont intérêt à agir et ont agi dans les délais de recours contentieux ;

- la délibération méconnaît les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales car les conseillers municipaux n'ont pas bénéficié d'une information suffisante ;

- la résiliation du bail est irrégulière car dépourvue de motif ;

- la résiliation du bail est abusive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la commune de Magrie, représentée par la Selarl Noray-Espeig, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés A B et B une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes n'ont pas intérêt à agir car la SAS B n'est pas concernée par le bail et la société A B avait cessé toute activité sur le terrain en litige et est en liquidation judiciaire ;

- les moyens soulevés par les sociétés A B et B ne sont pas fondés.

Par courrier du 2 avril 2024 les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions de la société A B dans la mesure où il s'agit de la contestation par une personne privée d'un acte par lequel une commune ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, termine une relation contractuelle dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine n'affectant ni son périmètre ni sa consistance et qui ne met donc en cause que des rapports de droit privé et relève, à ce titre, de la compétence du juge judiciaire.

La société A B a présenté des observations, enregistrées le 2 avril 2024 et communiquées.

La commune de Magrie a présenté des observations, enregistrées le 3 avril 2024 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- les observations de Me Cadiou, représentant la société A B et la SAS B, et celles de Me Lafforgue, représentant la commune de Magrie.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Magrie et l'entreprise individuelle de M. A B ont conclu le 26 avril 2018 une convention de location de terrain nu portant sur les parcelles cadastrées BE n°s 30, 31 et 32. Cette convention, conclue pour une durée de deux ans renouvelable à compter du 2 mai 2018, autorisait l'entreprise A B à pratiquer, sur le terrain appartenant à la commune, une activité de stockage, concassage et criblage. Par une délibération du 24 janvier 2022, le conseil municipal de la commune a décidé la résiliation de ce bail à compter du 2 mai 2022. Par une décision implicite le maire de la commune a rejeté le recours gracieux expédié le 18 mars 2022 tendant à l'annulation de cette délibération.

2. L'entreprise individuelle A B, désormais représentée par son liquidateur judiciaire Me Pierre-Henri Frontil, ainsi que l'entreprise SAS B, bénéficiaire depuis le 21 février 2022 d'une autorisation préfectorale d'exploiter une carrière de calcaire à ciel ouvert sur les parcelles en litige, demandent l'annulation de la délibération du 24 janvier 2022 et du rejet de leur recours gracieux.

Sur l'incompétence du juge administratif pour connaitre des conclusions de l'entreprise A B :

3. La contestation par une personne privée de l'acte, délibération ou décision du maire, par lequel une commune ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, initie avec cette personne, conduit ou termine une relation contractuelle, quelle qu'en soit la forme, dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, ne met en cause que des rapports de droit privé et relève, à ce titre, de la compétence du juge judiciaire.

4. En l'espèce, la convention en litige qui porte sur une dépendance du domaine privé de la commune exclut toutes activités distinctes de celles de stockage, concassage et criblage et prévoit notamment l'interdiction de toute extraction sur le site. Dès lors, cette convention, qui n'affecte ni le périmètre ni la consistance du domaine privé, ne met en cause que des rapports de droit privé entre la commune de Magrie et l'entreprise individuelle A B.

5. En outre, il résulte de la convention liant les parties que celles-ci ont entendu le qualifier de " bail à caractère civil " et renvoient, s'agissant des conditions de jouissance, aux dispositions du code civil. Alors même qu'il est précisé que le " présent bail a lieu aux charges et conditions ordinaires de droit en pareil matière ", la circonstance que le loyer soit mensuellement payé d'avance, que soit exclu un recours sur l'état du bien, que le bailleur puisse exiger la remise en état du bien ou la conservation sans indemnité des transformations effectuées, que le preneur supporte les travaux de réparation nécessaires à l'entretien normal du bien loué et enfin, que le preneur s'acquitte des impositions et taxes en lien avec son occupation ne constituent pas des clauses qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, impliquent, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs.

6. Le présent litige, introduit par l'entreprise A B contestant la décision de résiliation de cette convention, laquelle revêt le caractère d'un contrat de droit privé, relève donc de la compétence du juge judiciaire. En conséquence, les conclusions de l'entreprise individuelle A B tendant à l'annulation de la délibération du conseil du municipal de la commune de Magrie du 24 janvier 2022 et du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées du fait de leur présentation devant une juridiction incompétente pour en connaitre.

Sur la fin de non-recevoir soulevée à l'encontre de la SAS B :

7. Il résulte des éléments précités que la convention en litige, conclue avec la seule société A B, exclut toute activité d'extraction. Dès lors, la seule circonstance que la SAS B, dont le dirigeant est le même que celui de la société A B, ait obtenu, postérieurement à la délibération contestée, une autorisation d'exploitation d'une carrière de calcaire à ciel ouvert sur les parcelles en litige, ne lui confère pas un intérêt suffisant pour contester la délibération par laquelle le conseil municipal de la commune de Magrie a décidé de résilier la convention conclue avec l'entreprise individuelle A B. Alors que la société SAS B ne fait pas état d'un intérêt qui lui soit propre pour contester la légalité de la délibération en litige, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de la SAS B doit être accueillie et ses conclusions tendant à l'annulation de la délibération du conseil municipal de la commune de Magrie du 24 janvier 2022 et du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Magrie, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par les entreprises A B et SAS B au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge solidaire de l'entreprise A B, représentée par son liquidateur judiciaire Me Pierre-Henri Frontil, et de la société SAS B une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Magrie au titre des frais exposés par elle en défense et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société A B, représentée par son liquidateur judiciaire Me Pierre-Henri Frontil, et la SAS B, est rejetée.

Article 2 : Il est mis à la charge solidaire de la société A B, représentée par son liquidateur judiciaire Me Pierre-Henri Frontil, et de la SAS B une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Magrie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société A B, représentée par son liquidateur judiciaire Me Pierre-Henri Frontil, à la SAS B et à la commune de Magrie.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

D. Besle

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 avril 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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