jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203817 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUBRIS - COURTOIS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 juillet 2022, le 14 septembre 2023 et le 5 janvier 2024, ce dernier ayant un caractère récapitulatif, M. C B et Mme D B, représentés par la Selarl Coubris, Courtois et Associés, demandent au tribunal :
1°) de mettre à la charge de l'Etat (ministère de la défense) le versement d'une somme de 8 000 euros chacun en réparation du préjudice moral qu'ils ont subi à raison de la faute de service survenue le 29 juin 2008 lors de la journée " portes ouvertes " du 3ème régiment parachutiste d'infanterie de marine de Carcassonne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat (ministère de la défense) le versement d'une somme de 9 712, 44 euros à Mme D B en réparation du préjudice économique qu'elle a subi à raison de la faute de service survenue le 29 juin 2008 lors de la journée " portes ouvertes " du 3ème régiment parachutiste d'infanterie de marine de Carcassonne ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée au regard de la faute de service commise par M. A, militaire qui, le 29 juin 2008, dans l'exercice de ses fonctions ayant fait feu avec des munitions de guerre lors d'une démonstration publique à Carcassonne, a blessé leur fille et leur petit-fils, et a été reconnu coupable des faits par un arrêt de la Cour d'appel de Montpellier rendu le 15 janvier 2014 ;
- cette faute de service est directement à l'origine du préjudice moral qu'ils ont subi en leur qualité de parents et grands-parents des victimes à raison de l'évènement survenu le 29 juin 2008, devant être indemnisé à hauteur de 8 000 euros pour chaque grand-parent ;
- cette faute de service est aussi directement à l'origine du préjudice économique que Madame D B a subi en tant qu'assistante familiale dont l'activité professionnelle a fait l'objet d'une restriction d'aptitude du 22 septembre 2011 au 19 septembre 2012 prononcée par le médecin du travail en raison de l'obligation de prendre en charge, durant cette même période, sa fille et son petit-fils, gravement blessés suite à l'évènement survenu le 29 juin 2008 ;
- ce préjudice économique de Mme B doit être retenu à hauteur de 9 712, 44 euros correspondant à la différence entre son salaire de mai 2011 et celui de janvier 2012 reproduit sur 12 mois soit la durée de la restriction d'aptitude prononcée par le médecin du travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le ministère des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable pour tardiveté.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 1er août 2023, l'assureur AGPM Assurances représenté par Me Marc conclut au rejet de la requête. Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable pour absence de demande indemnitaire préalable, et à titre subsidiaire, pour tardiveté.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- et les observations de Me Hirn pour les requérants et de Me Fulachier pour AGPM Assurances.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 juin 2008, au cours d'une démonstration réalisée lors d'une journée " portes ouvertes " du 3éme régiment parachutiste d'infanterie de marine (RPIMa) de Carcassonne, le sergent A, qui s'était trompé en rechargeant son fusil d'assaut Famas, a tiré des munitions réelles faisant dix-huit blessés parmi le public, dont la fille et le petit-fils des consorts B. M. C B et Mme D B demandent au Tribunal de mettre à la charge de l'Etat (ministère de la défense) le versement à chacun d'une somme de 8 000 euros en réparation du préjudice moral qu'ils estiment avoir subi et le versement d'une somme de 9 712, 44 euros à Mme D B en réparation du préjudice financier subi.
Sur l'intervention de AGPM Assurances :
2. La société AGPM Assurances étant, en qualité d'assureur du ministère de la défense, est susceptible de devoir s'acquitter de tout ou partie des sommes mises à la charge de l'Etat, son intervention doit être admise.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la recevabilité :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
5. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 8 septembre 2023, réceptionné le 11 septembre suivant, les consorts B ont demandé au ministère des armées de leur verser la somme de 8 000 euros en réparation de leur préjudice moral et la somme de 9 712, 44 euros en réparation du préjudice économique subi par Mme B à la suite de l'évènement survenu le 29 juin 2008. Le silence gardé par le ministre des armées sur cette demande a eu pour effet de faire naître en cours d'instance une décision implicite de rejet qui a lié le contentieux indemnitaire à l'égard des intéressés. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit être écartée.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
S'agissant du préjudice moral :
6. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis (). Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La prescription est interrompue par : () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur () si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".
7. Les consorts B demandent la condamnation de l'Etat à leur verser, chacun, la somme de 8 000 euros en réparation de leur préjudice moral. L'acquisition des droits des requérants, pour l'application des dispositions précitées, correspondant à la naissance de leur préjudice moral qui n'est pas un préjudice permanent, doit être arrêtée au 29 juin 2008, date de la survenance de l'accident de tir qui a occasionné les blessures de leurs fille et petit-fils. Et, il résulte de l'instruction que le délai de la prescription, qui a couru à compter du 29 juin 2008 jusqu'à la survenance de l'arrêt du 15 janvier 2014 de la cour d'appel de Montpellier statuant définitivement, au titre de l'action civile, sur les responsabilités dans la cause des dommages aux personnes, s'est achevé le 31 décembre 2018. Par suite, et alors que la saisine, pour la première fois le 14 mars 2014, de la commission d'indemnisation des victimes d'infraction (CIVI) n'était pas interruptive du délai de prescription quadriennale dès lors que, nonobstant le caractère de juridiction de la CIVI, l'action devant elle ne tend pas à la réparation des dommages causés par une collectivité publique, à la date du 20 juillet 2022 de l'enregistrement de la présente requête, le ministre des armées est fondé à faire valoir que la créance des consorts B était prescrite.
S'agissant du préjudice économique de Mme B :
8. D B sollicite la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 9 712, 44 euros au titre de son préjudice économique résultant de la restriction d'aptitude professionnelle prononcée par le médecin du travail pour la période du 22 septembre 2011 au 19 septembre 2012 en raison de la prise en charge, durant cette période, de sa fille, mère célibataire, et de son petit-fils. S'il est constant que, durant cette période, Mme B, qui exerce la profession d'assistante familiale, a enregistré une diminution de revenus salariaux de l'ordre de 810 euros par mois par rapport à la période précédente, il demeure que la restriction d'aptitude du médecin du travail ne portait que sur l'accueil de nouveaux nés. Et, si l'intéressée n'a alors accueilli que deux enfants au lieu de trois précédemment, elle ne précise toutefois pas l'âge des enfants concernés bien que les bulletins de salaires fassent mention d'une certaine similitude durant les deux périodes comparées, de sorte qu'elle n'établit pas que cette restriction médicale est directement à l'origine du préjudice professionnel dont elle demande l'indemnisation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. et de Mme B doivent être rejetées.
Sur les conclusions en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. L'Etat n'étant pas la partie perdante, il n'y pas lieu de mettre à sa charge la somme dont M. et Mme B sollicitent le versement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : l'intervention de la société AGPM Assurances est admise.
Article 2 : la requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme B, au ministre des Armées et à la société AGPM Assurances.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseure la plus ancienne,
Mme Bayada La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au Premier ministre en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 1 février 2024.
La greffière,
M-A. Barthélémy
2203817
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026