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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203851

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203851

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à la demande de changement de statut qu'elle a présentée et de l'admettre au séjour au regard de sa vie privée et familiale ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte, ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Rosé au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation par son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision ne justifie pas de sa compétence pour la signer ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de la demande d'admission au séjour et qu'il n'a pas apprécié l'opportunité d'une admission exceptionnelle au regard de sa situation professionnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C

- et les observations de Me Rosé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 12 décembre 1998, déclare être entrée en France accompagnée de ses parents alors qu'elle était âgée de 17 ans. Après que la demande d'asile présentée par la famille a été rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile, Mme B a sollicité son admission au séjour en qualité d'étudiante. Après l'annulation par le Tribunal de l'arrêté du 1er août 2019 lui refusant un titre de séjour, Mme B a obtenu la délivrance d'une carte de séjour en qualité d'étudiante. Le 23 novembre 2021, elle a présenté une demande de changement de statut afin de se voir délivrer un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par la décision attaquée du 14 mars 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. D, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers, qui bénéficiait d'une délégation en vertu de l'arrêté n° 2022-03-DRCL du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 39 du 10 mars 2022, du préfet de l'Hérault, à l'effet de signer, notamment, " les refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ". Cette délégation l'habilitait ainsi à signer l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de faits qui en constituent le fondement, rappelle les termes de la demande de renouvellement du titre de séjour et de changement de statut formée par l'intéressé et précise que la situation de Mme B ne relève pas des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée.

4. En troisième lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. Dans ce dernier cas, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

5. Pour refuser de délivrer une carte de séjour au regard de la vie privée et familiale dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour dont il était saisi, le préfet de l'Hérault a relevé que la situation de Mme B ne relevait pas des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En invitant l'intéressée à présenter une demande de changement de statut en qualité de " travailleur temporaire " ou " salarié ", après que son employeur ait déposé une demande d'autorisation de travail en ligne, après avoir considéré que la situation de cette dernière ne relevait pas des dispositions de l'article L. 432-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault a implicitement mais nécessairement considéré que les éléments fournis par Mme B à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour ne relevait pas des motifs exceptionnels lui permettant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salariée. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault, qui a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B, n'a commis aucune erreur de droit.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Mme B fait valoir qu'elle est entrée en France au cours de l'année 2016 à l'âge de 17 ans, avec ses parents, qui ont fui l'Albanie et sollicité l'asile en France, qu'elle y a été scolarisée, qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant pour y suivre des études et a obtenu le brevet de technicien supérieur " assistant manager " et qu'elle travaille en qualité d'employée de vente à temps partiel dans une boutique. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, alors que sa date d'entrée en France n'est pas établie, Mme B est célibataire et sans charge de famille et ne justifie, malgré un parcours scolaire méritoire, d'aucun lien particulier en France, qu'il soit personnel ou familial, ses parents, qu'elle soutient héberger se trouvant en situation irrégulière après le rejet définitif de leurs demandes d'asile. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande de changement de statut ne saurait dès lors être regardée comme portant atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 14 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024 .

La rapporteure,

A. C

Le président,

D. Besle

La greffière,

M.-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 avril 2024,

La greffière,

M.-A. Barthélémy

N°2203851

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