mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BAUTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juillet et 7 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Bautès, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, si besoin sous astreinte, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en tant que le préfet lui a opposé l'absence de production d'un visa de long séjour alors que sa demande était présentée au titre de sa vie privée et familiale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa communauté de vie avec une ressortissante française et de son intégration en France ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;
- et les observations de Me Misslin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né en 1982, déclare être entré sur le territoire français le 31 octobre 2019 sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités hollandaises. Le 2 juin 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour après avoir épousé, le 15 mai 2021 à Montpellier, une ressortissante marocaine. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault a mentionné les textes dont il a fait application, en particulier la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également précisé les éléments de fait spécifiques à la situation administrative et personnelle en France du requérant, en faisant notamment état de son mariage avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résidente en cours de validité, du contrat de travail à durée indéterminée présenté à l'appui de sa demande et de sa situation familiale dans son pays d'origine. Le représentant de l'Etat a également apprécié la situation de l'intéressé au titre de son pouvoir d'admission exceptionnelle au séjour ainsi que les conséquences d'un refus de séjour au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en relevant que l'intéressé ne démontre pas être dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il ne serait pas isolé. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'a pas été fait état de la communauté de vie antérieure au mariage du requérant, l'arrêté litigieux procède d'un examen réel et sérieux de sa situation et est suffisamment motivé.
3. Si M. B fait valoir qu'il n'a présenté sa demande de titre de séjour qu'au titre de sa vie privée et familiale, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de l'Hérault examinât également sa situation sous l'angle du travail. Il est constant que le requérant ne justifie pas d'un visa long séjour et qu'ainsi, il ne remplit pas les conditions fixées les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le préfet, qui a par ailleurs procédé à l'examen de la situation de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale, ne s'est fondé sur ce motif que dans le cadre de son éventuelle admission au séjour en qualité de salarié. Il a ainsi pu, pour ce seul motif et sans commettre d'erreur de droit, refuser de statuer sur la demande d'autorisation de travail de M. B.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit que " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Si M. B fait valoir qu'il est entré en France en octobre 2019 et qu'il vit, depuis octobre 2020, avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résidente avec laquelle il s'est marié en mai 2021, la continuité de son séjour en France n'est établie par les pièces qu'il produit qu'à compter de l'année 2021 et la communauté de vie avec son épouse reste relativement récente à la date de la décision attaquée. Il ressort en outre des pièces versées à l'instance que le requérant a travaillé en qualité de soudeur en juillet 2021 et avril 2022, sans qu'il soit pour autant établi que cet emploi se soit poursuivi à compter de cette date. Ces éléments sont ainsi insuffisants à établir qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par ailleurs, M. B, qui a vécu la majeure partie de son existence en Tunisie où réside l'ensemble de ses proches, ne démontre pas être dépourvu de toute attache avec son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault ne saurait être regardé, en refusant d'octroyer au requérant un titre de séjour, comme ayant porté une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien, ainsi que celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. Il résulte des motifs exposés au point précédent qu'aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel ne justifie la délivrance au requérant d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'un refus de séjour sur la situation personnelle de M. B. Ce moyen doit dès lors également être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. Aucun des moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour n'étant fondé, le requérant ne peut utilement se prévaloir de son illégalité, par la voie de l'exception, à l'encontre de la mesure d'éloignement.
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 27 juin 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Hérault.
Délibéré à l'issue de l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
J. Charvin
La greffière,
L. SalsmannL'assesseur le plus ancien,
L.N. Lafay
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 18 octobre 2022,
La greffière,
L. SalsmannLs
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026