mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203862 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. A E, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2022 du préfet de l'Hérault refusant son admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et prononçant une interdiction de retour de six mois ;
2°) d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement d'ordonner le réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de condamner l'Etat à payer une somme de 2 000 euros à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence compte tenu du caractère trop général de la délégation de signature conférée à M. C ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur de droit relativement à l'admission exceptionnelle au séjour au titre de son pouvoir de régularisation tel que précisé par l'avis du Conseil d'Etat du 8 juin 2010 en ne prenant pas en considération l'ancienneté du séjour ni son expérience professionnelle ainsi que ses attaches privées et familiales ;
- la décision portant interdiction de retour de six mois ne se justifie ni dans son principe ni dans sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. E a obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 22 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charvin, rapporteur,
- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain né en 1971, déclare être entré en France en 2008. Il a sollicité son admission au séjour le 9 mars 2022. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, avec une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.
2. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué n'a pas été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, mais par M. B D, sous-préfet de Béziers. L'arrêté vise un arrêté du 1er avril 2022 portant délégation de signature à M. D, pris par le préfet de l'Hérault. Cet arrêté, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour et accessible en ligne, donne délégation à l'intéressé à l'effet notamment de signer (II-8-9) les refus d'admission au séjour et obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". M. E soutient résider régulièrement en France depuis son entrée en janvier 2012 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de français. Il ressort des pièces du dossier qu'il n'y a séjourné régulièrement que jusqu'au 4 mars 2014, date à laquelle le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français lui a été refusé. Il a fait l'objet en septembre 2016 d'un second refus de titre de séjour avec éloignement. Les justificatifs qu'il produit à compter de mars 2014, à savoir quelques ordonnances, une promesse d'embauche, des cartes d'aide médicale d'Etat, des avis d'imposition, qui ne font apparaître aucuns revenus, et des attestations peu circonstanciées, sont peu nombreux et ne permettent pas d'établir la continuité alléguée de son séjour. Dans ces conditions, M. E n'établit pas le séjour habituel de dix ans dont il se prévaut. Le moyen tiré du vice de procédure qui résulterait de l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour doit donc être écarté.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. E est célibataire et sans charge de famille. S'il justifie de la présence de plusieurs frères et sœurs en situation régulière en France, il n'établit pas qu'il serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 41 ans, compte tenu de la dernière date justifiée de son entrée sur le territoire en 2012. Ainsi qu'il l'a été dit au point précédent il n'établit pas la durée alléguée de son séjour sur le territoire. Les quelques attestations qu'il produit, très peu circonstanciées, ne permettent pas par ailleurs d'établir la réalité de l'intégration dont il se prévaut, quand bien même il peut se prévaloir d'une promesse d'embauche très récente en qualité d'ouvrier en plâtrerie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour (). ".
6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité figurant dans la liste annexée à l'arrêté interministériel du 1er avril 2021 ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Ainsi le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit en estimant que le contrat à durée indéterminée en qualité de plâtrier dont M. E se prévalait ne pouvait être regardée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour et en estimant, après examen de l'ensemble de sa situation, que celui-ci ne pouvait être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. E évoqués aux points 3 et 4 et alors que celui-ci a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2014 et 2016, qu'en édictant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée limitée à six mois, le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 24 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 202Le président-rapporteur,
J. Charvin
L'assesseur le plus ancien,
L-N. Lafay Le président-rapporteur,
J. Charvin
L'assesseur le plus ancien,
L-N. Lafay
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 18 octobre 202La greffière,
L. Salsmann
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026