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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203872

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203872

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAVALLONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, M. E A B, représenté par Me Avalone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation après avoir recueilli l'avis de la commission du titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué avait compétence pour ce faire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des stipulations de la convention d'application de l'accord de Schengen dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant d'apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller,

- et les observations de Me Avalone, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 17 décembre 1986, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 3 janvier 2016, en provenance d'Espagne, muni de son passeport algérien en cour de validité, revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 20 mars 2019, suite à son interpellation par les services de police, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de trois mois. M. A B a ensuite, par deux fois, sollicité les 21 janvier 2020 et 11 mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de française, et a fait l'objet par arrêtés du préfet de l'Hérault en date des 11 janvier 2020 et 11 juin 2021 de refus de titre de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans et la cour administrative d'appel de Marseille. Le 14 juin 2022, M. A B a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de française. Par arrêté du 27 juin 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022-03-DRCL-166 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 39 du 10 mars 2022, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C " à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () / A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français () ". Selon l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e () 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22 ". L'article 22 de cette même convention précise : " I- Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent./ Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". En outre, aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". La souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

4. Il résulte de ces stipulations et dispositions que, d'une part, la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de français est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et, d'autre part, qu'un ressortissant étranger soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut être regardé comme entré régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa Schengen délivré par un Etat autre que la France que s'il a effectué une déclaration d'entrée sur le territoire français.

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur l'absence d'entrée régulière du requérant sur le territoire français. Or, en l'espèce M. A B ne justifie pas avoir souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français prévue par l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, s'il produit son passeport faisant état d'une entrée dans l'espace Schengen via l'Espagne le 2 janvier 2016 et un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 11 février 2016, ces documents ne sauraient suffire pour établir qu'il serait entré en France durant la période de validité du visa. M. A B ne justifiant pas être entré régulièrement en France, le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le certificat de résidence sollicité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A B fait valoir qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 20 septembre 2019. Toutefois il ressort des pièces du dossier que la durée de sa présence en France depuis son mariage n'est due qu'à son maintien irrégulier sur le sol français en dépit du rejet de ses précédentes demandes de titre de séjour en qualité de conjoint de français et des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2019, 2020 et 2021 et qu'il n'a pas exécutées, méconnaissant ainsi des mesures de police administrative prises à son encontre par une autorité publique. En outre l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet de séparer durablement le requérant de son épouse, dès lors qu'il peut prétendre à l'obtention d'un visa de long séjour de plein droit en qualité de conjoint de française et tandis que M. A B n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 30 ans. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des conditions de séjour du requérant en France, l'arrêté contesté portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A B.

8. En quatrième et dernier lieu, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, dont l'exercice n'est qu'une faculté pour lui.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'amende pour recours abusif :

10. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 3 000 euros ".

11. La requête de M. A B, qui se limite pour l'essentiel à la réitération des moyens qu'il avait articulé sans succès à l'appui des contestations des précédentes mesures de refus de titre de séjour déjà présentées en qualité de conjoint de française et des mesures d'éloignement du territoire national dont il avait fait l'objet, présente un caractère strictement dilatoire et par suite, abusif. Par suite, il y a lieu de condamner l'intéressé au paiement d'une amende d'un montant de 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : M. A B est condamné au paiement d'une amende de 200 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 octobre 2020.

La greffière,

M. D00aj

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