jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203873 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MOULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 juillet et 3 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour " parent d'enfant malade ", à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et, à défaut, d'ordonner une expertise sur les conséquences de l'arrêt du traitement et dans l'attente d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 440 euros à verser à Me Moulin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice de procédure ; d'une part, l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été communiqué afin d'en vérifier la régularité au regard des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation dès lors qu'elles ne mentionnent pas la curatelle du requérant ni son statut d'adulte handicapé ; elles indiquent aussi une demande de titre de séjour en octobre 2020 sans mentionner celle de décembre 2021 ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en mentionnant qu'il a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire le 23 octobre 2020 ; il s'agit d'une erreur substantielle qui révèle un défaut d'examen de la demande de renouvellement déposée en novembre 2021 et des documents transmis à cette date, notamment un certificat médical actualisé ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il souffre d'une paraparésie spastique secondaire à une paralysie cérébrale et grâce au suivi dont il bénéficie en France il a gagné en autonomie de déplacement ; par ailleurs sa pathologie lui provoque de grandes douleurs, intenses et continues dans les muscles et il reçoit chaque six mois une injection de toxines botuliques l'aidant au niveau des contractions de ses muscles et donc pour la marche ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de la famille ; les séances de kinésithérapie à hauteur de trois fois par semaine lui permettent un gain d'autonomie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Un dernier mémoire a été enregistré le 9 novembre 2022 présenté pour M. B et n'a pas été communiqué.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,
- et les observations de Me Moulin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant gabonais, a sollicité en décembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par arrêté du 3 mars 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () " et aux termes de l'article R. 425-11 : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".
3 Pour l'application des dispositions précitées, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour et dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité pour celui-ci de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et, en cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. En premier lieu, en se bornant à soutenir qu'il appartient au collège des médecins de l'OFII de se prononcer sur les points a, b c et d tels que visés par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis, le requérant n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
5. En deuxième lieu, l'arrêté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-gabonais et rappelle que M. B a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé pendant 12 mois suivant l'avis favorable du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 13 janvier 2021 et que, désormais, dans son avis du 18 février 2022, le collège des médecins a indiqué que l'état de santé de l'intéressé ne nécessitait pas une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, alors que le préfet précise également la situation personnelle du requérant, l'arrêté comporte les éléments de fait et de droit qui le fondent. Il est, donc, suffisamment motivé.
6. En troisième lieu, s'il est vrai que l'arrêté mentionne une date erronée de demande de titre au mois d'octobre 2020 en lieu et place de décembre 2021, cette erreur ne révèle pas d'illégalité dès lors qu'il résulte des termes mêmes de l'arrêté que le préfet s'est référé au dernier avis rendu par le collège de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 18 février 2022, avis qui est contraire à celui du 13 janvier 2021 et avait donné lieu à délivrance d'une autorisation provisoire de séjour pour raisons de santé. Par suite, l'erreur de fait ainsi commise n'entache pas d'illégalité l'arrêté.
7. En quatrième lieu, pour refuser, sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le titre de séjour à M. B, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis émis, le 18 février 2022, par le collège des médecins de l'OFII, produit à l'instance, selon lequel son état de santé ne nécessite pas une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.
8. M. B, atteint de paralysie cérébrale ayant conduit à une paraparésie spastique héréditaire, conteste l'avis rendu par le collège des médecins. Toutefois, en se bornant à produire des certificats montrant les bénéfices de la prise en charge pluridisciplinaire dont il bénéficie en France, il ne conteste pas utilement l'avis précité du collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de sa situation médicale au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. B arrivé en France en 2019 est célibataire sans charge de famille. Il ne démontre pas avoir déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France alors qu'il ne démontre pas être dépourvu de toute attache au Gabon où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de diligenter avant-dire-droit une expertise, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure,
I. Pastor
La présidente,
L. RigaudLe greffier,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 novembre 2022.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026