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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203894

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203894

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, Mme D B, représentée par Me Chavrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Montpellier a délivré à la SNC Cogedim LR un permis de construire à l'effet de réaliser un collectif de 86 logements et un local professionnel ainsi que la décision du 6 juillet 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Montpellier et de la SNC Cogedim LR une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive en ce que l'affichage du permis est irrégulier ; elle n'a constaté aucun panneau avant le commencement des travaux au droit de l'avenue de M. A ; le panneau d'affichage aurait été réalisé non pas sur l'avenue de M. A, adresse du terrain en litige, mais de l'autre côté du terrain d'assiette à l'opposé, à savoir la rue Croix des Rosiers ; le lieu d'implantation du panneau n'a pas été choisi au hasard puisque la rue de la Croix des Rosiers ne dessert qu'un nombre limité de parcelle et cette voie longe l'avenue de la liberté, laquelle ne dessert aucune construction avoisinante ;

- elle détient un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- l'arrêté méconnait l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnait l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que les clôtures implantées tant en limite séparative qu'à l'alignement ne respectent pas ces dispositions ;

- l'arrêté méconnait l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, la société Cogedim LR, représentée par la SCP SVA, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; d'une part la requête est tardive et d'autre part la requérante est dénuée d'intérêt à agir ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, la commune de Montpellier, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; elle est tardive et Mme B n'a acquis sa propriété que postérieurement à l'affichage du dépôt de permis en mairie de sorte qu'elle ne détient pas d'intérêt à agir contre l'arrêté qu'elle attaque ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Chavrier, représentant Mme B, celles de Me Geoffret, représentant la commune de Montpellier et celles de Me Borkowski, représentant la SNC Cogedim LR.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 janvier 2021 la société Cogedim LR a déposé en mairie de Montpellier une demande de permis de construire à l'effet de réaliser un collectif de 86 logements et un local professionnel sur un terrain situé au 333 avenue de M. A pour une surface de plancher de 5 477 m². Par arrêté du 29 juillet 2021 le maire de la commune de Montpellier a délivré le permis de construire sollicité valant permis de démolir. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 6 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, l'article L. 600-1-3 du code de l'urbanisme dispose que : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".

3. Il résulte de mentions de l'arrêté du 29 juillet 2021 que la demande de permis de construire a été affichée en mairie le 18 janvier 2021 de sorte, qu'en application des dispositions précitées l'intérêt à agir de l'intéressée doit être appréciée à cette date. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme B a signé un compromis de vente pour l'acquisition de son habitation sise sur les parcelles cadastrées PS n° 63 et 65 le 16 juin 2021, soit postérieurement à cette date. Les seules circonstances qu'elle pouvait légitimement ignorer ce dépôt de demande de permis de construire et qu'elle est de bonne foi ne sauraient présenter le caractère de circonstances particulières, au sens de l'article L. 600-1-3 du code de l'urbanisme, justifiant que son intérêt pour agir contre le permis attaqué ne soit pas apprécié à la date d'affichage de la demande de permis de construire. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que Mme B ne détenait pas d'intérêt à agir à la date d'affichage de la demande de la société pétitionnaire doit être accueillie.

4. D'autre part, l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. " Les dispositions de l'article R. 424-15 prévoient en outre que " Mention du permis () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. ()". Il ressort de ces dispositions que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de trois procès-verbaux de constat rédigés par un huissier de justice les 29 juillet, 30 août et 30 septembre 2021, que les mentions relatives au permis de construire délivré à la société Cogedim LR ont été affichées sur le terrain de manière visible depuis l'extérieur à compter du 29 juillet 2021. Il n'est pas contesté que le panneau d'affichage comportait l'ensemble des mentions requises en vertu des articles A. 424-16 et A. 424-17 du code de l'urbanisme.

6. Mme B soutient que l'affichage du permis de construire rue de la Croix des Rosiers, accès le moins fréquenté des deux accès du projet de construction, constitue une manœuvre de la société pétitionnaire destinée à limiter l'information donnée aux tiers et à priver d'effet la mesure de publicité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la rue de la Croix des Rosiers est, contrairement à ce qu'affirme la requérante, fréquentée dès lors qu'elle dessert notamment, à l'Ouest du terrain d'assiette du projet, un parking du grand collectif, plusieurs maison d'habitations, et, à l'Est, un accès au parking du petit collectif, donne accès à la rue de Valencia qui dessert, elle-même, plusieurs maisons individuelles et collectifs. Dans ces conditions, Mme B ne démontre pas la manœuvre que la société aurait opéré en affichant le panneau sur cet accès-là. Ainsi, le permis de construire doit être regardé comme ayant été régulièrement affiché pendant une période continue de deux mois à compter du 29 juillet 2021, de sorte qu'en formant un recours gracieux le 31 mai 2022, Mme B n'a pu proroger les délais de recours contentieux qui étaient déjà expirés. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation du permis de construire délivré à la SNC Cogedim LR, présentées par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Montpellier, sont tardives et par suite irrecevables.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montpellier et de la société Cogedim LR, qui ne sont pas dans la présente instance parties perdantes, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 750 euros à verser tant à la commune de Montpellier qu'à la société pétitionnaire au titre des frais non compris dans les dépens exposés pour assurer leur défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Montpellier une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme B versera à la société Cogedim LR une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à la commune de Montpellier et à la SNC Cogedim LR.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 mars 2023.

Le greffier,

M. C.

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aj

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