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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204147

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204147

jeudi 11 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBALESTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2022 à 10h16, M. G F, actuellement placé en rétention administrative à Sète, représenté par Me Balestié, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° 83-2022-787 du 6 août 2022 par lequel le préfet du Var lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var le réexamen de sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, somme qui sera à verser à son conseil sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle émane d'une autorité incompétente ;

- elle est irrégulière dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire enregistré le 10 août 2022 et une pièce complémentaire enregistrée le 11 août suivant, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer selon la procédure prévue aux articles L. 614-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E ;

- et les observations de Me Balestié, pour M. G F, ainsi que celles du requérant ; Me Balestié confirme les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est disproportionnée au regard de sa situation et qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.

- le préfet du Var, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G F, ressortissant égyptien né le 7 août 2000 qui déclare être entré en France au mois de juillet 2016 et avoir été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, a été interpellé à Toulon le 05 août 2022 au sein de l'enseigne de magasin " Go Sport " pour des faits de vol à l'étalage et port d'arme de catégorie D. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté n° 83-2022-787 du 6 août 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions :

4. L'arrêté attaqué a été signé par M. D A, sous-préfet de l'arrondissement de Brignoles, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté en date du 28 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 78 du même jour, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, lequel dispose d'une délégation de signature, aux termes de l'article 1er de cet arrêté, à l'effet de signer, " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, documents, relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var ", à l'exclusion de certains actes parmi lesquels ne figurent pas la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions contenues dans cet arrêté auraient été signées par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Il résulte de l'arrêté en litige et il n'est pas contesté que M. F, entré irrégulièrement en France, a déclaré n'avoir effectué aucune démarche administrative afin de régulariser sa situation en France ou dans un autre Etat de l'espace Schengen. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, il entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées où le préfet peut ordonner à l'étranger son éloignement.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. F qui déclare être entré en France au mois de juillet 2016 et avoir été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance se prévaut de la durée significative de sa présence en France où sa vie privée et familiale y est pleinement constituée et fait valoir la présence en France d'un enfant français nommé B F. Cependant l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français et a été débouté de sa demande d'asile par une décision de l'OFPRA du 20 septembre 2019, notifiée le 26 septembre suivant. Il n'a, depuis lors, entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative. Dans le procès-verbal d'audition du 6 août 2022 il a déclaré que son enfant, qu'il n'a pas reconnu, était à la charge de son ex-compagne et qu'il n'avait pas le droit de le rencontrer. Il ne justifie d'aucun lien particulier avec celui-ci et ses allégations quant à ses visites ne sont étayées par aucun élément ou témoignage au dossier. Le requérant, célibataire, n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent ses parents et son frère. Il ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle ou intégration particulière, est sans emploi et sans domicile fixe, et a été interpellé en flagrant délit de vol dans un magasin de sport à Toulon. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressé qui ne possède aucun document d'identité, se présente sous dix alias différents et est défavorablement connu des services de police pour des faits de trafic, revente et usage illicite de stupéfiants, vol aggravé, vol à la roulotte, violence avec usage ou menace d'une arme. Dans ces conditions, en édictant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Le requérant ne justifie pas entretenir de quelconques liens avec son enfant ni même participer, à proportion de ses possibilités financières, à son entretien et à son éducation. Au cours de son audition par les services de police il a précisé que son ex-compagne avait en charge son fils et qu'il ne pouvait pas le voir officiellement. Par suite, la décision en litige ne méconnait pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que l'obligation de quitter sans délai le territoire français dont fait l'objet M. F n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

12. Selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

13. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. M. F, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire, est au nombre des étrangers à l'encontre desquels une interdiction de retour sur le territoire français, pouvant aller jusqu'à trois ans, peut être édictée. Et compte tenu des éléments exposés au point 8, le préfet du Var n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour en litige laquelle, en l'espèce, ne présente pas un caractère disproportionné. En outre, si M. F souhaite conserver des liens avec son fils B qu'il n'a cependant pas reconnu, il lui est loisible, une fois qu'il aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de la décision attaquée puis de revenir régulièrement sur le territoire national.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Ainsi qu'il est dit au point 8, le requérant a été débouté de sa demande d'asile par une décision de l'OFPRA du 20 septembre 2019. Si M. F déclare encourir des risques pour sa personne en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun commencement de preuve de nature à étayer cette allégation. Cette décision ne peut être regardée comme méconnaissant les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au demeurant, dans le cadre de sa rétention administrative, l'intéressé a présenté une demande d'asile sur laquelle l'OFPRA est appelé à statuer à brève échéance.

16. Il résulte de tout ce qui précède, que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et celles relatives aux dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. G F, au préfet du Var et à Me Balestié.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2022.

Le magistrat désigné,

M. E

La greffière,

M. C La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 août 202La greffière,

M. C

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