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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204158

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204158

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBONAFOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2022, M. B A, représenté par Me Bonafos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un premier certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation de séjour provisoire l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté est entaché de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation quant à sa situation scolaire, professionnelle, familiale et judiciaire.

Par un mémoire, enregistré le 31 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viallet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 8 juin 2004 déclare être entré irrégulièrement en France au mois de janvier 2017. Du fait de sa minorité, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un premier certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an ; () ". Aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. D'autre part, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire". ". Et aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titre mentionnés à l'alinéa précédent ".

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 411-1 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui à 18 ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il incombe au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de la combinaison des stipulations précitées de l'accord franco-algérien que la délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant algérien en qualité d'étudiant est soumise à la justification d'un visa de long séjour. Toutefois, M. A ne justifie pas ni même n'allègue disposer d'un tel visa. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de délivrer à l'intéressé un certificat de résident en qualité d'étudiant. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé remplirait les conditions posées par ces mêmes stipulations tenant à la poursuite d'une formation sérieuse et au caractère suffisant de ses ressources.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet, qui s'est prononcé d'office, a estimé que l'intéressé ne pouvait pas prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, M. A ne faisant valoir aucune promesse d'embauche, ni aucun contrat de travail, ni aucun diplôme ou qualification professionnelle. Le requérant souligne qu'il a intégré un cursus de CAP cuisine le 5 août 2021, qu'il a bénéficié d'un contrat d'apprentissage dans la restauration depuis le 4 avril 2022 jusqu'au 4 novembre 2022, qu'il a été accompagné par la mission locale jeune depuis le 8 décembre 2020, qu'il a suivi une formation pour définir son projet professionnel du 4 janvier au 31 mars 2021 et une formation " pic prépa apprentissage en boulangerie " du 12 avril au 8 juillet 2021, et enfin qu'il aurait souhaité intégrer l'école régionale de la deuxième chance de Perpignan. Ces éléments ne permettent toutefois pas de considérer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, est entré irrégulièrement en France au mois de janvier 2017 à l'âge de douze ans. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, placé en famille d'accueil, puis domicilié en maison d'enfants à caractère social dans les Pyrénées-Orientales dans le cadre d'une mesure de contrat jeune majeur. L'intéressé fait valoir qu'il serait isolé en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de douze ans, alors qu'y résident encore sa mère, son père et un oncle. A cet effet il soutient ignorer où se trouve son père et produit une attestation de sa mère se bornant à indiquer ne plus avoir de lien avec son fils depuis l'âge de quatre ans, et de son oncle attestant ne pas pouvoir l'accueillir faute de moyens. Toutefois, le requérant, mis à part des éléments tenant à sa scolarisation en CAP cuisine depuis août 2021, ne justifie pas davantage d'une intégration particulière dans la société française susceptible de démontrer qu'il détiendrait en France des liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. En outre, le préfet relève que M. A est défavorablement connu des services de police pour avoir été interpellé le 20 décembre 2018 comme auteur de " vol aggravé par deux circonstances " après avoir été reconnu le 2 décembre 2018 comme auteur de " vol à l'étalage ", le requérant ne contestant pas la matérialité des faits. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un certificat de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale " et ce moyen doit être rejeté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 23 juin 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Bonafos.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 avril 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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