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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204185

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204185

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantGHIAMAMA MOUELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2022, M. B A, représenté par Me Ghiamama Mouelet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-340-192 du 22 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation par ce dernier à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- sa requête est recevable ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'à la date de demande du rendez-vous son titre de séjour n'avait pas expiré et que sa situation pouvait être régularisée ;

- il remplit les conditions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus sur sa situation personnelle.

S'agissant de la mesure d'éloignement :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance, hors Nouvelle-Calédonie, des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, rapporteur,

- et les observations de Me Ghiamama Mouelet représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 15 octobre 1995 à Agadir (Maroc), est entré en France sous couvert d'un visa étudiant. Après avoir obtenu un master en droit, économie gestion mention finance au titre de l'année 2019-2020, M. A a demandé un titre de séjour revêtu de la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par un arrêté du 22 février 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par sa requête, M. A en demande l'annulation.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué rappelle les dispositions applicables et notamment celles de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale a précisé les éléments de fait propre à la situation personnelle et administrative du requérant en France. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté du préfet de l'Hérault ne présente pas un caractère stéréotypé et comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la décision aurait retenu des éléments erronés demeurent sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ".

4. Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédent l'expiration du document dont il est titulaire ; () ". Aux termes de l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance, hors Nouvelle-Calédonie, des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit présenter un : " () un diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () ". Il ne résulte nullement de la combinaison de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit subordonnée à la condition que la demande soit présentée dans l'année civile d'obtention du dernier diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret ni même dans l'année universitaire suivant l'année universitaire d'obtention du diplôme. En revanche, cette demande doit être présentée dans l'année qui suit la délivrance matérielle de ce diplôme, lequel figure au nombre des pièces devant être produites par le demandeur.

5. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault a d'abord relevé que l'intéressé n'avait pas déposé de demande de titre de séjour dans les délais prescrits par les dispositions précitées de l'article R. 431-5 du même code dès lors que la dernière autorisation de séjour dont il était titulaire était arrivée à expiration le 9 novembre 2021.

6. M. A soutient que le préfet de l'Hérault ne pouvait lui opposer un tel motif dès lors qu'il avait, avant l'expiration de son titre de séjour, vainement tenté à plusieurs reprises de prendre rendez-vous via le site internet de la préfecture. Il ressort des pièces du dossier que M. A a adressé un premier courriel le 11 octobre 2021 afin d'obtenir un rendez-vous auprès des services compétents de la préfecture et fait état à cette occasion des difficultés pour prendre un rendez-vous sur la plateforme dédiée de la préfecture. Par courriel en réponse du 18 octobre 2021, les services préfectoraux lui ont rappelé l'obligation de prendre un rendez-vous via ladite plateforme dès lors que son titre était en cours de validité. Toutefois, le requérant a, à nouveau, fait part des difficultés qu'il rencontrait par courriels des 19 octobre 2021 et 9 novembre 2021 et précise s'être alors présenté directement au guichet du service des étrangers de la préfecture de l'Hérault, le 25 novembre 2021. Les services compétents l'ont alors dirigé vers un autre site internet de la préfecture lui permettant de déposer sa demande le 14 janvier 2022. Alors que la préfecture ne fait valoir aucun élément établissant qu'elle avait mis à sa disposition une solution de substitution destinée à répondre au cas où, alors même qu'un étranger aurait préalablement accompli toutes les diligences qui lui incombent, l'intéressé se trouverait dans l'impossibilité d'utiliser la plate-forme de rendez-vous, M. A établit par les pièces qu'il produit avoir engagé des démarches en temps utile afin de déposer son dossier avant l'expiration de son titre de séjour.

7. Toutefois, pour rejeter la demande de M. A le préfet de l'Hérault s'est également fondé sur le motif tiré de ce qu'à la date du dépôt de sa demande, l'intéressé n'avait pas obtenu son diplôme de master dans l'année de sa demande. Il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu son diplôme de master droit économie et gestion mention finance au titre de l'année 2019/2020 le 10 juillet 2020. Sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a été déposée que le 14 janvier 2022, après des démarches initiées à compter d'octobre 2021, soit après l'expiration de l'année qui suit la délivrance du diplôme. Si le requérant fait valoir que le diplôme lui a été délivré par anticipation en raison de la situation sanitaire et qu'il n'a effectivement été diplômé qu'à l'issue d'un stage effectué au sein de la chambre de commerce et d'industrie de Montpellier, réalisé à compter du 7 septembre 2020 au 12 mars 2021, l'attestation de stage produite par ses soins est relative à un stage réalisé en qualité d'étudiant en master II finances au sein de l'institut des hautes études de management et non dans le cadre du master délivré par l'université de Lyon III. Dans ces conditions, même à supposer que M. A soit regardé comme ayant déposé sa demande de titre de séjour le 11 octobre 2021, le préfet a pu, pour ce seul motif, rejeter valablement la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-10 du code précité peut donc être écarté.

Sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

10. Lorsqu'un refus de titre de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de motivation spécifique. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour comporte l'énoncé des éléments de fait et de droit sur lesquels s'est fondé le préfet de l'Hérault pour prendre sa décision. Enfin, le fondement légal de la décision portant obligation de quitter le territoire français est précisé dans la décision attaquée. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En troisième lieu, et compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement, demeure sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement la circonstance que le préfet de l'Hérault aurait retenu à tort que le titre de séjour détenu par M. A était expiré à la date de sa demande de titre de séjour.

12. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a été autorisé à résider en France que pour y poursuivre ses études et n'avait pas vocation à y résider durablement. S'il fait valoir que la mesure d'éloignement l'empêcherait d'acquérir une expérience professionnelle et de rechercher un emploi en lien avec ses études, il ne fait état d'aucune démarche particulière entreprise en vue de trouver un emploi ou de possibilité sérieuse de recrutement, ni n'établit qu'il serait dans l'impossibilité de trouver un emploi dans son domaine de compétence en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa vie professionnelle ou personnelle sera écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité entachant la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 10 du présent jugement, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

15. En troisième lieu, si le requérant cite les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Ghiamama Mouelet.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

La rapporteure,

A. BayadaLe président,

J.P. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 novembre 2022.

La greffière,

I. Laffargueil

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