mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CHABOUSSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 et 26 août 2022 et le 9 janvier 2024, la société civile immobilière (SCI) Cazouba, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Cairn Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Montolieu a rejeté sa demande adressée le 4 novembre 2021 tendant à l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section H n° 363 et 401 en zone agricole, ainsi que la délibération du 18 février 2022 par laquelle le conseil municipal a opposé un refus à cette même demande et enfin la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Montolieu de prononcer l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section H n°363 et 401 en zone agricole, ce dans un délai de quatre mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de proposer l'adoption d'une délibération approuvant un classement des parcelles cadastrées section H n° 363 et 401 en zone urbaine du plan local d'urbanisme, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Montolieu la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions contestées méconnaissent les dispositions de l'article R. 123-7 du code de l'urbanisme ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, la commune de Montolieu, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Myriam Maynadier conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération en date du 9 octobre 2003, le conseil municipal de la commune de Montolieu a prescrit la révision du plan d'occupation des sols et sa transformation en plan local d'urbanisme. La SCI Cazouba a, par un acte de vente conclu le 15 février 2010, acquis un bien immobilier incluant les parcelles cadastrées section H n° 313 et 401, renommées n°430 et n°431, et situées au lieudit " Cammazou-bas " sur le territoire de la commune. Par délibération du 24 juin 2013, le conseil municipal a approuvé le plan local d'urbanisme. Par courrier du 4 novembre 2021, reçu le lendemain, la SCI Cazouba a sollicité, d'une part, l'abrogation du règlement en tant qu'il classait les parcelles détenues en zone agricole et non en zone urbaine et, d'autre part, la modification simplifiée du plan local d'urbanisme. Par une délibération du 18 février 2022, le conseil municipal a rejeté la demande de révision et de modification simplifiée ainsi présentée. La SCI Cazouba a alors présenté un recours gracieux à l'encontre de cette délibération. Par la présente requête, la SCI Cazouba doit être regardée comme demandant l'annulation de la délibération du 18 février 2022, qui s'est substituée au refus implicite d'abrogation partielle du règlement du plan local d'urbanisme, ainsi que celle du refus implicite opposé à son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. (). "
3. D'une part, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger () ". Aux termes de l'article R. 123-7 du même code, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2015 et dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
5. D'autre part, aux termes de l'ancien article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, applicable lors de l'adoption du règlement du plan local d'urbanisme et dont les dispositions ont été reprises dans l'article L. 151-8 de ce code : " I. - Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés à l'article L. 121-1, qui peuvent notamment comporter l'interdiction de construire, délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger () ". Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. "
6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
7. La SCI Cazouba, pour soutenir que le refus d'abrogation partielle du règlement du plan local d'urbanisme est illégal, conteste le classement en zone agricole A des parcelles cadastrées section H n° 313 et 401, désormais n°430 et n°431, dans la mesure où ces terrains, acquis en 2010 ne seraient plus exploités.
8. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des vues aériennes produites par les parties que ces parcelles, certes en bordure de la route départementale (RD) 629, se trouvent à l'extrémité nord-ouest de la partie agglomérée de la commune de Montolieu et en sont séparées par une zone boisée. S'il est vrai que quelques-uns de ces terrains sont bâtis, tel n'est pas le cas de la majeure partie d'entre eux, lesquels sont au moins partiellement cultivés ou entretenus. L'ensemble constitué par ces parcelles est en outre planté de vignes. Ainsi, et contrairement à ce qui est allégué, la vocation du secteur en bordure duquel se situent ces parcelles, même non exploitées, est restée agricole à la date à laquelle la délibération contestée a été prise. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste dans l'appréciation des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme que l'organe délibérant a estimé qu'elles n'avaient pas perdu leur potentiel agronomique, biologique ou économique.
9. D'autre part, la société requérante invoque également l'incompatibilité du classement de ces parcelles avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui sont axées sur la croissance démographique du village.
10. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
11. Le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) prévoit notamment parmi ses orientations : " 1°) Retrouver une croissance démographique et atteindre 850 habitants dans les 10 à 15 prochaines années. () ; autoriser également une confortation des hameaux suffisamment équipés (). 6°) Préserver l'exploitation agricole 7°) Préserver la diversité biologique ".
12. Contrairement à ce qui est soutenu, l'orientation liée à la croissance démographique ne prime pas sur les autres et notamment celles de préserver l'exploitation agricole et la diversité biologique dans la mesure où il est constant que la commune de Montolieu est située dans le périmètre du grand paysage " Le Cabardès des piémonts ". En outre, les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme citées au point 5 s'appliquent sur le territoire de la commune de Montolieu qui est située en zone de montagne. Or, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige, ainsi qu'il a été dit au point 8, se situent en dehors de la partie urbanisée de la commune et ne sont entourées que de constructions éparses. Dans ces conditions, eu égard au parti d'aménagement exposé au point précédent, le rattachement des parcelles en cause à la zone agricole n'apparaît pas incohérent. En outre, la circonstance invoquée par la société requérante que le secteur est desservi par la voirie, ainsi que les réseaux d'eau potable et d'assainissement n'est pas de nature à faire obstacle à son classement en zone agricole. Par suite, le conseil municipal de la commune de Montolieu n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant le classement de ces parcelles en zone agricole.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Cazouba n'est fondée à demander l'annulation ni de la délibération contestée, ni du refus implicite opposé à son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
14. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montolieu, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que sollicite la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Cazouba une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Montolieu et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SCI Cazouba est rejetée.
Article 2 : La SCI Cazouba versera à la commune de Montolieu la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Cazouba et à la commune de Montolieu.
Délibéré à l'issue de l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
Le président,
J. Charvin
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 2 juillet 2024
La greffière,
C. Arce
N°2204235 lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026