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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204291

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204291

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantCOELO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 19 août 2022 et le 18 octobre 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Coelo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social présentée dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, ensemble la décision du 5 avril 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation, à titre principal, de reconnaître le caractère prioritaire de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte. ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la régularité de la composition de la commission de médiation n'est pas démontrée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais reçu une réponse favorable du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) 34 à sa demande d'hébergement ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne pouvait lui être opposé le refus d'un logement transitoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est dépourvue de logement et est en capacité d'occuper un logement autonome.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 juin 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre,

- les observations de Me Coelo, représentant Mme B,

- les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. Par décision du 9 décembre 2021, la commission a rejeté sa demande. Le recours gracieux formé contre cette décision a été rejeté par une décision du 5 avril 2022, notifiée le 29 avril suivant. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.

2. D'une part, le préfet de l'Hérault produit au dossier l'arrêté n° 2019-0147 du 12 décembre 2019 désignant Mme E D en qualité de présidente de la commission de médiation de l'Hérault pour une durée de trois ans renouvelable. Les décisions attaquées ont été signées par Mme D et comportent, en outre, ses prénom, nom et qualité conformément aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, et si la requérante conteste la régularité de la composition de la commission de médiation de l'Hérault, le préfet de l'Hérault en défense justifie, par les pièces qu'il produit, de la régularité de la composition de la commission. Par suite, les moyens tirés du vice d'incompétence et du vice de procédure dont seraient entachées les décisions attaquées doivent être écartés comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " () Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () - -être dépourvues de logement. () La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article L. 441-1-4-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Pour rejeter la demande de Mme B présentée sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation a retenu, dans sa décision du 9 novembre 2021, que, si la requérante était dans la situation où elle n'a pas reçu de proposition de logement dans un délai anormalement long de 36 mois et qu'elle se trouvait dépourvue de logement, l'instruction de son dossier révélait qu'elle n'était pas apte à occuper un logement autonome et qu'elle avait reçu une réponse favorable du service intégré d'accueil et d'orientation de l'Hérault (SIAO 34) le 25 octobre 2021 à sa demande d'hébergement en logement de transition, en logement-foyer ou en résidence hôtelière à vocation sociale. Pour rejeter le recours gracieux présenté par la requérante contre cette décision, la commission de médiation, dans sa décision du 5 avril 2022, a retenu les mêmes éléments, et notamment que le parcours résidentiel de la requérante révélait la nécessité d'un accompagnement social pour un accueil, notamment, en logement de transition, en précisant que Mme B avait décidé de renoncer à l'hébergement qu'elle avait sollicité auprès du SIAO au motif qu'elle avait trouvé un hébergement stable chez des connaissances.

6. Contrairement à ce que soutient Mme B, la commission de médiation ne lui a pas opposé la circonstance qu'elle aurait refusé une proposition d'hébergement qui lui aurait été soumise par le SIAO 34 mais a relevé que son dossier, constitué en vue d'obtenir un logement de transition, avec un accompagnement renforcé, avait été validé par la commission du SIAO le 25 mars 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être rejeté.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par une ordonnance du 10 avril 2019, le juge des référés du tribunal judiciaire de Montpellier, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Montpellier du 14 janvier 2021, a prononcé la résiliation du bail de Mme B et ordonné son expulsion, en condamnant l'intéressée à payer sa dette locative qui, à la date de son expulsion le 27 avril 2022, s'élevait à 52 563 euros. Eu égard à l'importance de la dette locative de Mme B, alors même qu'elle se serait constituée en raison d'un loyer trop élevé, la commission de médiation a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation, considérer que, compte tenu de son parcours résidentiel, Mme B ne justifiait pas de la capacité d'occuper un logement autonome en qualité de locataire, son orientation vers un logement de transition avec un accompagnement social, telle que validée par le SIAO, correspondant à sa situation, et par ailleurs, dans sa décision portant rejet du recours gracieux de l'intéressée, tenir compte du fait que Mme B avait renoncé à sa demande validée par le SIAO en raison de l'hébergement stable chez des connaissances dont elle disposait. Les éléments dont Mme B se prévaut, tenant à l'effacement total de ses dettes par une décision du 13 septembre 2022 de la commission de surendettement et à l'attestation établie le 4 juillet 2023 par la référente revenu de solidarité active et conseillère en économie sociale et familiale au sein de la SCOP Fondespierre selon laquelle Mme B a vécu en logement autonome pendant une dizaine d'années, ce qui démontrerait sa capacité à occuper un logement autonome, sont, en tout état de cause, postérieurs aux décisions litigieuses dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle elles sont intervenues.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées rejetant sa demande de logement social présentée sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, et à Me Coleo.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023

La magistrate désignée,

S. Encontre Le greffier,

D. Lopez

La magistrate désignée,

S. Encontre Le greffier,

D. Lopez

La magistrate désignée,

S. Encontre Le greffier,

D. Lopez

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 janvier 2024,

Le greffier,

L. Rocher lr

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