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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204365

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204365

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantFRANÇOIS QUINTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 23 août et 12 octobre 2022, M. G E A, représenté par Me Quintard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- à défaut d'une délégation régulière, la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait sur la date de son entrée sur le territoire français ;

- la décision contestée méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment de sa communauté de vie avec sa conjointe ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation quant aux conséquences d'une obligation de quitter le territoire sur sa situation ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision contestée a des conséquences disproportionnées sur sa vie privée qu'il a établi sur le territoire français avec sa conjointe, de nationalité française.

Par un mémoire, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Quintard, représentant M. E A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant péruvien né le 1er avril 1991 à Lima (Pérou), qui déclare être entré sur le territoire français le 10 avril 2019, demande l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme F B, nommée sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de l'Hérault par décret du 20 octobre 2020, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'était pas absent ou empêché le 13 juillet 2022. Cette délégation de signature, qui, compte tenu des exceptions qu'elle prévoit, n'est pas d'une portée trop générale, habilitait ainsi Mme B à signer l'arrêté portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, pris à l'encontre de M. E A.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que le refus de titre de séjour mentionne les éléments de faits propres à la situation personnelle de M. E A tenant à son entrée sur le territoire français et à la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné la situation salariale du requérant n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante, notamment au regard de la demande de titre de séjour formulée au titre de sa vie privée et familiale. Dès lors, la décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Si M. E A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français le 10 avril 2019, il n'en apporte pas la preuve, alors qu'au regard des bulletins de salaire fournis, il apparait qu'il serait entré sur le territoire français à la fin de l'année 2020. Cependant, ces bulletins ne concernent qu'un mois en 2020, 5 mois en 2021 et un mois en 2022. Ils ne permettent pas d'attester d'une présence stable et durable du requérant sur le territoire. Dès lors, si le préfet mentionne une date d'entrée de M. E A sur le territoire français erronée, ce motif est surabondant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ".

7. M. E A se prévaut de son pacte civil de solidarité conclu avec une ressortissante française, de sa vie commune avec cette dernière depuis juin 2021 ainsi que de leur projet de mariage pour justifier de sa vie privée et familiale établie en France. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a effectivement conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, enregistré en janvier 2022, M. E A n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la communauté de vie dont il se prévaut, laquelle présente un caractère récent. Et son mariage est postérieur à l'intervention de l'arrêté attaqué. M. E A ne démontre pas non plus, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à ses 24 ans. Dans ces conditions, et compte tenu du caractère récent de son entrée sur le territoire français et de la conclusion de son pacte civil de solidarité, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. La motivation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. Cette décision vise également les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, et même en tenant compte des effets spécifiques de la mesure d'éloignement, M. E A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E A et au préfet de l'Hérault.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 17 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le président,

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 novembre 2022.

Le greffier,

F. Balicki fb

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