vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BAUTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août et 14 novembre 2022, Mme C F, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle à compter du 2 juillet 2022 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour le centre hospitalier de justifier d'une convocation à un entretien préalable à son licenciement dans les formes légales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ; l'absence de gravité et de réitération des manquements reprochés ne permet pas de caractériser une insuffisance professionnelle ; en outre, les conditions de travail étaient particulièrement difficiles dans son service d'affectation et elle a toujours fait preuve de rigueur, de professionnalisme et de volonté dans son travail.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 octobre 2022 et le 2 janvier 2023, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par M. A, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bautes, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F exerce les fonctions d'infirmière diplômée d'Etat depuis 1991. Elle a été recrutée le 1er juin 1995 par le centre hospitalier universitaire de Montpellier, titularisée dans ce grade le 22 janvier 1998 et affectée dans le service de soins de longue durée du pôle gérontologie à compter du 4 novembre 2015, puis dans le service Hépato-Gastro-Entérologie à compter du 1er mars 2021. Par sa requête, Mme F demande au tribunal d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle à compter du 2 juillet 2022.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 88 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " () Le fonctionnaire qui fait preuve d'insuffisance professionnelle peut () être licencié. La décision est prise par l'autorité investie du pouvoir de nomination () ". Aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique relatif au directeur des établissements publics de santé : " () Le directeur dispose d'un pouvoir de nomination dans l'établissement. () ". Si Mme F soutient que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente en la personne de Mme D, directrice des ressources humaines, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a été signée par M. B E en sa qualité de directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier. En vertu des dispositions précitées du code de la santé publique, M. E était compétent pour signer la décision de licenciement attaquée. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il résulte des dispositions précitées que la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle prise à l'encontre de Mme F, en ce qu'elle constitue une décision individuelle défavorable, est au nombre des décisions administratives qui doivent être motivées en droit et en fait.
4. La décision du 24 juin 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpelier a prononcé le licenciement de Mme F pour insuffisance professionnelle précise les motifs de droit qui la fondent, et est motivée par le fait que " l'intéressée ne maîtrise pas les compétences normalement attendues en qualité d'infirmière diplômée d'état en termes de surveillance des patients, de réalisation de soins infirmiers dont le respect des protocoles, de recueil et traçabilité de toute observation susceptible de concourir à la connaissance et à la surveillance de l'état de santé du patient ainsi qu'en terme d'aisance relationnelle et communicationnelle ". Le directeur général du centre hospitalier détaille également, sur près de trois pages, la chronologie datée des différents rapports circonstanciés, témoignages, signalements et comptes rendus d'entretiens en précisant pour chacun la nature des comportements et des faits en cause. Dans ces conditions, la décision en litige est suffisamment motivée, et le moyen doit par suite être écarté.
5. En dernier lieu, Mme F, qui cite les dispositions règlementaires propres aux agents contractuels de la fonction publique territoriale alors qu'elle est agente titulaire de la fonction publique hospitalière, ne saurait utilement se prévaloir d'un vice de procédure tenant à l'absence de convocation à un entretien préalable à son licenciement. En tout état de cause, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de convoquer un fonctionnaire à un entretien préalable à son licenciement pour insuffisance professionnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. Le licenciement pour insuffisance professionnelle d'un fonctionnaire ne peut être fondé que sur des éléments manifestant son inaptitude à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l'insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées. Par suite, une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions est de nature à justifier légalement son licenciement.
7. Pour fonder la décision de licenciement contestée, et ainsi qu'il a été dit, le directeur général du centre hospitalier a retenu que Mme F ne maîtrisait pas les compétences normalement attendues en qualité d'infirmière diplômée d'Etat en terme de surveillance des patients, de réalisation de soins infirmiers dont le respect des protocoles, de recueil et traçabilité de toute observation susceptible de concourir à la connaissance et à la surveillance de l'état de santé du patient ainsi qu'en terme d'aisance relationnelle et communicationnelle.
8. Mme F se prévaut de très bonnes évaluations au sein du service de soins longue durée du pôle gérontologie jusqu'en 2020, date à laquelle elle fait valoir sans l'établir une dégradation de ses relations avec une cadre à compter du mois de mars. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en dépit de compétences professionnelles certaines, sa fiche de notation de l'année 2017 mentionne qu'elle gagnerait à parfaire son approche relationnelle avec les résidents et leurs familles en veillant à davantage de bienveillance dans ses relations et explications, des progrès sur ces points étant notés dans ses notations des années 2018 et 2019, l'invitant à poursuivre ses efforts. Par ailleurs, selon les termes d'un rapport du 6 février 2019, la hiérarchie de Mme F a identifié qu'elle ne présentait pas un comportement relationnel adapté auprès de certains résidents, notamment ceux atteints de troubles du comportement, l'intéressée étant dans l'incapacité d'adapter ses propos et son attitude. Ce rapport remet également en cause la manière de servir de l'agent quant à l'exécution de prescriptions et la prise en charge médicamenteuse de plusieurs patients, remarques réitérées et consignées dans un rapport du 17 septembre 2020, faisant état de l'administration d'un médicament sans prescription, sans information du médecin et sans traçage dans le plan de soins. De même, il est observé dans la fiche de notation de l'année 2020 un non-respect des procédures et des protocoles, un manque d'empathie envers les résidents et leurs familles ainsi qu'un comportement nuisant grandement à la qualité des soins et à la cohésion d'équipe, sa hiérarchie questionnant de nouveau l'aisance de Mme F dans la relation avec les personnes âgées présentant des troubles du comportement, conduisant à un gel de sa notation confirmé par la commission administrative paritaire. Ainsi, Mme F a été reçue en entretien à plusieurs reprises entre 2019 et 2020 par sa hiérarchie suite à des insatisfactions écrites et orales exprimées par les patients et leur entourage, ces difficultés étant corroborées par des signalements du président du comité d'éthique du CHU et de trois familles de résidents produits entre décembre 2020 et janvier 2021 mettant en doute les qualités humaines requises pour l'exercice de sa profession, ainsi qu'une attitude " acrimonieuse ", " autoritaire et malveillante " voire inadaptée envers des patients et leurs familles, telles qu'une absence d'assistance dans le cadre d'un épisode aigu d'hyperventilation et de dyspné d'un résident. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport circonstancié du 9 décembre 2021 qu'en dépit d'une nouvelle affectation sous tutorat au sein du service Hépato-Gastro-Entérologie, acceptée par M. F à compter du 1er mars 2021, ont été relevées des insuffisances dans le cadre de la procédure de soins, des plaintes de patients ne souhaitant plus être pris en charge par elle, une absence ou insuffisance de transmissions écrites, une méconnaissance des organisations du service et institutionnelles, un non-respect des protocoles de soins, une altération de la continuité et de la qualité des soins, des plaintes orales de collègues, des difficultés relationnelles et de communication avec l'équipe médicale, et un fréquent dépassement d'horaires. Ainsi, l'entretien d'évaluation du 30 septembre 2021 signale notamment des bilans sanguins non faits entrainant un retard de prise en charge, des patients non re-perfusés ou avec des abords veineux non fonctionnels, révélant des savoir-faire " à développer " alors même que leur maîtrise est requise, Mme F exerçant la profession d'infirmière depuis trente ans.
9. Pour contester ces éléments d'analyse, Mme F produit trois recommandations de praticiens ayant anciennement exercé à ses côtés avant son affectation au pôle gérontologie, six attestations de résidents et six attestations de proches relatant son professionnalisme et ses qualités humaines, et soutient que les témoignages dont se prévaut le centre hospitalier sont isolés et correspondent à des événements sporadiques, son attitude étant à chaque fois justifiée et rendue nécessaire par le comportement des résidents ou pour leur sécurité. Il ressort toutefois de ce qui vient d'être dit que les insuffisances relationnelles, pointées dès l'année 2017, ont donné lieu à des signalements réguliers et convergents de résidents, proches, collègues et hiérarchie, sur plusieurs années et sur deux affectations successives, de sorte qu'elles doivent être tenues pour établies. Par ailleurs, en se bornant à affirmer que l'administration de médicaments sans prescription ou sans traçage écrit n'a pas été néfaste aux patients et que le retard de transmissions écrites pour des patients admis la nuit et venant des urgences est lié à sa volonté d'effectuer des soins prioritaires et de les laisser se reposer, Mme F ne conteste pas sérieusement son absence de respect des protocoles de soins et des procédures. De même si la requérante fait part de certains dysfonctionnements dans son dernier service d'affectation elle n'établit par aucun élément probant ce en quoi les insuffisances identifiées ne lui seraient pas entièrement imputables ou seraient liées aux conditions éprouvantes de travail alléguées. Enfin, s'il ne saurait être reproché à Mme F de ne pas avoir pu assister à une formation " initiation Word " dès lors que sa première inscription a été annulée par le centre hospitalier pour raison de service et qu'elle n'a pu s'inscrire dans les délais à la 2nde session car en congés, et celle-ci n'établit pas en quoi le suivi de cette formation aurait remédié à ses dépassements horaires.
10. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des éléments versés au dossier révèlent l'inaptitude de Mme F à exercer normalement ses fonctions d'infirmière diplômée d'Etat. Par suite, c'est sans erreur de droit et sans erreur d'appréciation que le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier a décidé de licencier Mme F pour insuffisance professionnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 24 juin 2022 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande Mme F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. En second lieu, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier universitaire de Montpellier lequel n'a pas eu recours à un avocat dans la présente instance et n'établit pas avoir supporté des frais spécifiques.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Montpellier présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 janvier 2024.
Le greffier,
F. Balickifb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026