jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 août et 27 septembre 2022 sous le n° 2204463, Mme E B, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous renonciation de sa part à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- le préfet devait se prononcer sur sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, conformément à l'injonction prononcée par le jugement du tribunal administratif de Montpellier n° 1702806 du 23 janvier 2019, ce qu'il n'a pas fait, entachant l'arrêté attaqué d'erreur de droit ; à ce titre, il aurait dû saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreurs de fait au regard du pays de naissance des enfants et de leur parcours scolaire ;
- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur le pays de destination :
- la décision fixant la Russie comme pays de destination, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du contexte international et de sa situation personnelle ;
Sur le délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le délai d'un mois ne permet pas de retourner en Russie, les liaisons entre l'Union européenne et ce pays étant coupées ;
Sur l'interdiction de retour :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'établissement de sa vie privée et familiale en France depuis 9 ans, de son état de santé et du parcours scolaire de ses enfants.
Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause Escale Knoepffler Huot Piret Joubes, agissant par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 octobre 2022.
II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 août et 27 septembre 2022 sous le n° 2204464, M. F D, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous renonciation de sa part à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- le préfet aurait dû se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade de son épouse et non au titre de l'admission exceptionnelle ; à ce titre, il aurait dû saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le refus de séjour qui lui est opposé, alors que son épouse est susceptible de bénéficier d'un titre en qualité d'étranger malade, implique une séparation du couple et de la famille ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreurs de fait au regard du pays de naissance des enfants et de leur parcours scolaire ;
- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur le pays de destination :
- la décision fixant la Russie comme pays de destination, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du contexte international et de sa situation personnelle ;
Sur le délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le délai d'un mois ne permet pas de retourner en Russie, les liaisons entre l'Union européenne et ce pays étant coupées ;
Sur l'interdiction de retour :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'établissement de sa vie privée et familiale en France depuis 9 ans, de l'état de santé de son épouse et du parcours scolaire de ses enfants.
Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause Escale Knoepffler Huot Piret Joubes, agissant par Me Joubes, conclut, au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rigaud, présidente ;
- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B et son époux, M. F D, respectivement nés les 29 novembre 1980 et 4 juin 1971 en Azerbaïdjan, faisant alors partie de l'Union des républiques socialistes soviétiques, déclarent être entrés en France le 25 juin 2013 accompagnés de leurs deux enfants pour y solliciter le bénéfice de l'asile. Leurs demandes d'asile ont été successivement rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 décembre 2014, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 mai 2015. Le préfet des Pyrénées-Orientales, par arrêté du 6 juin 2015, a rejeté leurs demandes de titre de séjour et a assorti ces décisions d'une obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de renvoi. Par jugement de ce tribunal en date du 13 octobre 2015, la légalité des décisions du préfet a été confirmée. Le 12 juillet 2016, Mme B a sollicité un nouveau titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 313-11 11e du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Le préfet n'ayant pas répondu dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est intervenue le 12 novembre 2016. Mme B a sollicité la communication des motifs du refus par courrier reçu en préfecture le 6 décembre suivant puis, en l'absence de réponse, a demandé au tribunal l'annulation de la décision du préfet des Pyrénées-Orientales lui refusant implicitement un titre de séjour. Par jugement n° 1702806 du 23 janvier 2019, ce tribunal a annulé la décision implicite de rejet, pour défaut de motivation et a enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen de la demande de Mme B. Le 31 août 2020, en l'absence de réexamen de la demande d'admission au séjour de Mme B, cette dernière et son époux ont déposé une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par deux arrêtés en date du 4 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté leurs demandes de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an sur le territoire français. Par leurs requêtes, Mme B et M. D demandent l'annulation de ces arrêtés.
2. Les requêtes n° 2204463 et 2204464, qui concernent les membres d'une même famille et posent les mêmes questions, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions des requérants à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Mme B et M. D ont obtenu, par décisions du 5 octobre 2022, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, les conclusions tendant à ce qu'ils soient provisoirement admis à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour de Mme B :
4. Par jugement n° 1702806 du 23 janvier 2019 devenu définitif, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision implicite de rejet opposée à la demande de titre de séjour de Mme B présentée en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 313-11 11e du code de l'entrée et du séjour alors applicable, et a enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales, en conséquence, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois. L'arrêté contesté rappelle non seulement le dépôt de la demande d'admission au séjour de Mme B en qualité d'étranger malade, mais aussi l'annulation de sa décision implicite de rejet et l'injonction au réexamen de cette demande prononcée par le jugement du tribunal du 23 janvier 2019, en indiquant qu'il lui était enjoint de réexaminer " la situation administrative de l'intéressée et, par là-même, de celle de la famille dans sa globalité ". En s'abstenant de statuer sur l'admission au séjour de Mme B en qualité d'étranger malade, désormais régie par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors d'une part qu'il demeurait saisi d'une telle demande et était tenu de l'instruire sans que l'étranger ne soit tenu de déposer une nouvelle demande, d'autre part, qu'il n'est pas contesté que la requérante a transmis au préfet des pièces médicales afin d'actualiser l'appréciation de son état de santé, et enfin qu'il est constant que le préfet n'a pas, préalablement et par ailleurs, statué sur cette demande en exécution de l'injonction prononcée par le jugement n° 1702806 du 23 janvier 2019, le préfet a entaché la décision de refus de séjour d'une erreur de droit.
5. Mme B est dès lors fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à demander l'annulation de la décision de refus d'admission au séjour prononcée par l'arrêté qu'elle conteste du 4 août 2022, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour de M. D :
6. En premier lieu, la circonstance que le préfet n'ait pas examiné la demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade présentée par son épouse et l'illégalité qui en découle de l'arrêté pris à l'encontre de cette dernière n'entachent pas d'illégalité le refus de séjour opposé à M. D sur le fondement de la vie privée et familiale.
7. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français, les pièces médicales produites n'établissent pas que les troubles psychologiques dont il est atteint ne pourraient effectivement pas être pris en charge hors de France. Par ailleurs, si M. D soutient être très motivé pour valoriser ses compétences de prothésiste dentaire acquises dans son pays d'origine afin de stabiliser la situation de sa famille installée en France depuis plusieurs années, ces circonstances demeurent insuffisantes pour considérer que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. En troisième lieu, s'il est vrai que le préfet des Pyrénées-Orientales a mentionné la Russie comme étant le pays où sont nés les deux enfants des requérants, cette erreur de fait, présente dans l'un des derniers motifs seulement des arrêtés litigieux, constitue une simple erreur matérielle alors que l'autorité administrative a rappelé dans son premier motif que les enfants A et C étaient nés tous deux en Ukraine, ex République autonome de Crimée. En outre, si le préfet a également commis une erreur sur le parcours scolaire de ces enfants en mentionnant qu'ils étaient scolarisés en classe de 6ème et CM1, alors qu'ils entraient, à la date de la décision attaquée, en classe de 3ème et de 5ème, cette erreur de fait demeure sans incidence sur l'appréciation du droit au séjour du requérant. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait commises par le préfet doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes du 1er de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B et M. D, tous deux en situation irrégulière sur le territoire français, y résident depuis leur entrée en France au mois de juin 2013. Leurs deux enfants, A et C, nés respectivement le 28 septembre 2008 et le 10 octobre 2010 en Ukraine, sont scolarisés en France de façon continue depuis la rentrée scolaire 2014. A la date de la décision attaquée, ils avaient respectivement près de 14 et 12 ans et étaient scolarisés en classe de 3ème et 5ème. Cependant, s'il est constant que, eu égard à la durée du séjour de leurs parents en France, les enfants des requérants ont tissé des liens très forts avec ce pays dans lequel ils ont essentiellement vécu, le requérant ne produit pas d'élément de nature à établir qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le maintien en France du seul environnement scolaire des enfants ne pouvait faire obstacle à ce que la famille poursuive sa vie dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français de M. D :
11. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Si le requérant justifie souffrir de troubles psychologiques pris en charge dans un centre médico-psychologique, il n'apporte cependant aucun élément, ainsi que cela a été dit au point 7 du présent jugement, permettant d'établir l'impossibilité de bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un suivi médical approprié et n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son éloignement en application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement de M. D :
13. Si M. D, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, fait valoir qu'il a fui la Russie pour échapper à des violences et menaces de mort en raison de son origine ethnique, il n'apporte cependant aucune précision ni aucune justification suffisante à l'appui de ses allégations et n'établit pas que les autorités de ce pays ne pourraient assurer sa protection. Par ailleurs, si le requérant allègue qu'il a toujours rencontré des difficultés pour se voir reconnaître la nationalité russe et qu'il ne dispose ni d'un passeport ni d'une carte d'identité délivrés par les autorités de ce pays, il n'en rapporte pas la preuve, alors qu'il est constant que la Cour nationale du droit d'asile a considéré que les époux avaient la nationalité russe. Au demeurant, l'arrêté contesté prévoit que M. D sera reconduit dans son pays d'origine ou tout autre pays au sein duquel il serait légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant la Russie comme pays de destination doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire de M. D :
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
15. Il résulte de ces dispositions que l'étranger dispose, pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de droit commun de trente jours à compter de sa notification. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait saisi le préfet des Pyrénées-Orientales d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. En tout état de cause, en se bornant à soutenir qu'il est dans l'impossibilité de quitter le territoire dans un délai de trente jours dès lors que l'invasion russe en Ukraine a entrainé la coupure des vols et des liaisons ferroviaires entre l'Union européenne et la Russie, il ne justifie pas de circonstances particulières de nature à justifier que lui soit accordé un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'en ne lui accordant qu'un délai de trente jours, l'auteur des arrêtés attaqués aurait entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an opposée à M. D :
16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
17. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
18. Eu égard à la durée de présence du requérant en France, aux liens qu'il y a tissé, avec son épouse et leurs enfants, à l'absence de trouble à l'ordre public, et malgré l'inexécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français, M. D est fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales a commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, et est, par suite, fondé à demander l'annulation de cette décision sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
En ce qui concerne Mme B :
19. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".
20. L'annulation de l'arrêté du 4 août 2022 refusant d'admettre Mme B au séjour implique seulement, compte tenu de motif qui la fonde, qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de se prononcer sur la demande présentée par Mme B en qualité d'étranger malade, au vu de la situation de droit et de fait existant à la date de ce réexamen, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
En ce qui concerne M. D :
21. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par le préfet des Pyrénées-Orientales et non compris dans les dépens.
23. Il y a lieu, sous réserve que Me Summerfield, avocate de Mme B et M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 4 août 2022 portant refus d'admission au séjour de Mme B, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée d'un an est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen de la demande de Mme B en qualité d'étranger malade dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an opposée à M. D est annulée.
Article 5 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Summerfield, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B et M. D est rejeté.
Article 7 : Les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. F D, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Sophie Crampe, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 202La Présidente-rapporteure,
L. Rigaud
L'assesseure la plus ancienne,
S. CrampeLa greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 novembre 202La greffière,
A. Junon
2, 2204464
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026