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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204466

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204466

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 9 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est privée de base légale dès lors que le préfet s'est fondé sur l'accord franco-marocain alors qu'il est de nationalité tunisienne ;

- le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de visa long séjour sans examiner s'il remplissait les conditions fixées à l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est marié à une ressortissante française ;

- la décision de refus de séjour porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de justice administrative et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en faisant application de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en lieu et place de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rigaud, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 12 juin 1980, déclare être entré en France via l'Italie le 27 décembre 2008 sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités italiennes et valable du 19 décembre 2008 au 7 janvier 2009. Il s'est marié, le 11 décembre 2021, avec une ressortissante française. Le 18 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de française. Par un arrêté du 9 août 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. En premier lieu, si M. B soutient qu'étant de nationalité tunisienne, le préfet ne pouvait légalement se fonder sur les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 pour rejeter sa demande de titre de séjour, le préfet qui, en l'espèce, a examiné le droit au séjour de l'intéressé sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux ressortissants tunisiens, ainsi que sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code et sur celui des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'a pas fait application de l'accord franco-marocain, qu'il a visé à tort dans l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de base légale présentée par le préfet en défense.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-2 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 312-3 du même code : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ".

4. La délivrance de la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " au conjoint d'un français est subordonnée à certaines conditions, dont notamment celle d'être en possession d'un visa de long séjour. Si les dispositions précitées n'impliquent pas que ce visa de long séjour fasse l'objet d'une demande expresse distincte de celle du titre de séjour sollicité auprès de l'autorité préfectorale, compétente pour procéder à cette double instruction, la compétence du préfet pour examiner la demande de visa de long séjour est elle-même subordonnée à certaines conditions, dont l'entrée régulière en France et l'existence d'une communauté de vie de plus de six mois avec le conjoint français.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 27 décembre 2008 sous couvert d'un visa court séjour valable du 19 décembre 2008 au 7 janvier 2009. S'il allègue être entré à cette même date sur le territoire français, il ne l'établit pas. En outre, il ne démontre pas davantage avoir effectué les démarches nécessaires pour régulariser sa situation administrative sur le sol français. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, considérer que M. B se maintenait en situation irrégulière en France, cette circonstance faisant obstacle à ce qu'il puisse obtenir un visa long séjour en qualité de conjoint de français sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et incidemment un titre de séjour en cette même qualité. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. En l'espèce, M. B se prévaut de la durée de sa présence en France depuis la fin de l'année 2008, des liens privés et familiaux qu'il entretient sur le territoire français et de son mariage avec une ressortissante française, le 11 décembre 2021. Toutefois, le mariage

est récent à la date de la décision litigieuse et le requérant, par les pièces qu'il produit composées de quittances de loyer établies aux deux noms à compter du mois de novembre 2021, d'un justificatif d'abonnement du couple auprès de Total Energies en date du 16 novembre 2021, de billets de transport et de leur avis d'impôt sur les revenus de 2021, n'apporte pas d'éléments suffisants permettant d'apprécier l'ancienneté et la stabilité de leur relation avant ce mariage. Les autres pièces qu'il produit, par ailleurs, constituées de plusieurs factures, principalement sur la période 2018-2020 alors qu'il était domicilié en région parisienne, et de quelques factures d'achats établies ponctuellement en 2009 et 2014, ne sont pas de nature à établir la présence habituelle de l'intéressé sur le territoire français qu'il déclare, sans pour autant l'établir, avoir rejoint à la fin de l'année 2008. Le requérant, qui s'est ainsi maintenu en situation irrégulière, ne justifie, par ailleurs, d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière en France. Enfin, si M. B produit au dossier de nombreuses attestations de proches et indique que plusieurs membres de sa famille ont la nationalité française, il n'établit pas, eu égard aux conditions de son séjour sur le territoire français, qu'un retour dans son pays d'origine pour y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour afin de régulariser sa situation porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté litigieux a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Jaidane.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 202La Présidente-rapporteure,

L. Rigaud

L'assesseure la plus ancienne,

S. CrampeLa greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 novembre 202La greffière,

A. Junon

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