lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat PASTOR |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS KATIA FISCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août 2022 et 11 février 2024, Mme D C, représentée par Me Dhérot, demande au tribunal :
1°) d'annuler son compte rendu d'entretien professionnel (CREP) établi au titre de l'année 2021, ou, à titre subsidiaire, le refus opposé à sa demande de révision de son CREP ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cers de procéder à un nouvel entretien professionnel pour l'année 2021 et, en tout état de cause, de lui enjoindre de retirer le CREP 2021 de son dossier administratif individuel ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cers une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'un vice de motivation ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article 2 du décret du 16 décembre 2024 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux ; l'entretien a été conduit par la directrice générale des services et par sa remplaçante qui venait d'arriver au sein de la collectivité ce qui l'a déstabilisée ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré du non-respect des modalités de conduite d'un entretien professionnel ; elle n'a pas reçu de convocation écrite ; sa fiche de poste ne lui a pas été communiquée au préalable, en outre cette fiche de poste était irrégulière ;
- elles méconnaissent l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 ; elle n'a pas été évaluée sur les objectifs qui lui avaient été assignés au cours de l'entretien de 2020 pour l'année 2021 ;
- les appréciations littérales portées sont manifestement erroné par rapport aux acquis de l'expérience professionnelle ;
- son CREP révèle un détournement de pouvoir et une volonté de la sanctionner.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, la commune de Cers, représentée par Me Katia Fischer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux ;
- le décret n°2006-1690 du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Isabelle Pastor, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- les observations de Me Noguaret-Fisher, représentant la commune de Cers.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme C, agente administrative territoriale 2ème classe, de la commune de Cers demande l'annulation de son compte rendu d'entretien professionnel établi pour l'année 2021, ainsi que le refus de procéder à sa révision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".
3. Il résulte de ce qui précède que les décisions refusant de réviser une notation ne sont pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant refus de réviser doit donc être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. La date de l'entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct en fonction, notamment, du calendrier de la commission administrative paritaire dont relève l'agent évalué. " et l'article 6 précise que : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes : 1° Le fonctionnaire est convoqué huit jours au moins avant la date de l'entretien par le supérieur hiérarchique direct ; 2° La convocation est accompagnée de la fiche de poste de l'intéressé et d'un exemplaire de la fiche d'entretien professionnel servant de base au compte rendu ; (..) ".
5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. (Conseil d'Etat, Section, 23 décembre 2011, n° 335477, A).
6. En l'espèce, Mme C soutient qu'en méconnaissance du deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014, son entretien professionnel a certes été mené par sa supérieure hiérarchique directe Mme A, directrice générale des services, mais qu'une tierce personne était également présente, la remplaçante de Mme A, qui venait d'arriver au sein de la collectivité, ce qui l'a privée d'une garantie dès lors qu'elle n'a pu bénéficier d'un entretien serein réalisé en tête à tête. Toutefois, il ressort de ces dispositions que si l'entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique de l'agent, la présence à cet entretien d'une autre personne n'est pas expressément exclue. Si l'intéressée affirme qu'elle a été malmenée par la présence de cette agente, qui lui a été imposée et qu'elle ne connaissait pas, il ne ressort pas des mentions du compte rendu professionnel en litige, notamment de l'emplacement permettant à Mme C de présenter ses observations éventuelles sur la conduite de l'entretien, qu'elle aurait été empêchée de quelque manière que ce soit d'échanger avec son évaluatrice ou que la présence de ce tiers ait pu exercer une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle aurait été privée d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure soulevé ne peut qu'être écarté.
7. Mme C soutient qu'elle n'a pas été convoquée à l'entretien professionnel prévu le 28 octobre 2021. Il ressort des pièces du dossier que si la commune apporte la preuve de la convocation de l'intéressée à l'entretien initialement fixé le 30 septembre 2021, elle affirme l'avoir oralement informée du changement de date pour le 28 octobre. Ici à supposer même que Mme C n'ait été pas régulièrement convoquée pour son entretien repoussé, elle ne démontre pas l'impact que cela a eu sur le sens de son évaluation ni sur la privation d'une perte de garantie.
8. Enfin, s'il n'est pas contesté que la fiche de poste de l'intéressée n'était pas jointe à sa convocation faute d'avoir été formalisée à cette date, Mme C, qui n'indique pas avoir sollicité cette fiche en vain, et qui a été mise à même de formuler ses observations et commentaires, n'établit pas que cette absence aurait eu une incidence sur le contenu de son entretien, alors qu'elle exerçait les mêmes fonctions depuis plusieurs années à la date de son entretien professionnel, ou que l'absence de cette fiche l'aurait effectivement privée d'une garantie.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 alors applicable : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. Ce compte rendu est visé par l'autorité territoriale qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. Lors de l'entretien professionnel annuel, les fonctionnaires reçoivent une information sur l'ouverture et l'utilisation de leurs droits afférents au compte prévu à l'article 22 quater de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée ". L'article 4 de ce décret du 16 décembre 2014 précise que : " Les critères à partir desquels la valeur professionnelle du fonctionnaire est appréciée, au terme de cet entretien, sont fonction de la nature des tâches qui lui sont confiées et du niveau de responsabilité assumé. Ces critères, fixés après avis du comité technique, portent notamment sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par l'agent et la réalisation des objectifs ; 2° Les compétences professionnelles et techniques ; 3° Les qualités relationnelles ; 4° La capacité d'encadrement ou d'expertise ou, le cas échéant, à exercer des fonctions d'un niveau supérieur. " et l'article 5 du décret du 16 décembre 2014 : " Le compte-rendu de l'entretien, établi et signé par le supérieur hiérarchique direct, comporte une appréciation générale littérale exprimant la valeur professionnelle du fonctionnaire au regard des critères fixés à l'article 4. ".
10. D'une part Mme C fait valoir que l'entretien professionnel ne reprend pas les objectifs qui lui avaient été assignés lors du précédent entretien et ne s'assure pas, ainsi, des résultats obtenus. Il est vrai que la partie 1 du CREP en litige " bilan de l'année écoulée " est pour partie incomplet, l'item " appréciation des résultats professionnels compte tenu des objectifs fixés et des conditions d'organisation et de fonctionnement du service " n'étant pas renseigné, alors que le CREP 2020 lui assignait pour l'année 2021, les mêmes objectifs, à savoir " l'implication dans le travail ", " la fiabilité et a qualité du travail effectué " " l'assiduité " " la disponibilité " et le " respect de l'organisation collective du travail ". Toutefois il résulte de l'appréciation portée sur la manière de servir et des qualités relationnelles de l'intéressée, incluse dans le bilan de l'année écoulée, que ces objectifs ont été appréciés dès lors que l'item " implication au sein du service " a été renseigné " satisfaisant ", celui " capacité à travailler en équipe et en transversalité " a été renseigné comme " satisfaisant ", celui " ponctualité et assiduité " a été également apprécié " satisfaisant "et celui de " rigueur et fiabilité du travail effectué " a été apprécié " à améliorer ". Dans ces conditions, malgré l'absence formelle de reprise des objectifs qui lui étaient assignés, aussi regrettable qu'elle soit, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'appréciation de sa valeur professionnelle n'a pas prise en compte les résultats des objectifs qui lui avaient été précédemment assignés.
11. D'autre part, Mme C soutient que l'appréciation portée selon laquelle " elle a été déstabilisée par les changements interne de 2021 " et " de nombreuses erreurs ont été constatées sans que l'agent ne se remette en cause " est erronée dès lors que la fiabilité de son travail n'avait jamais été remise en cause jusqu'à présent. Toutefois, alors que contrairement à ce qu'elle soutient ses précédentes évaluations n'étaient pas exemptes de tout reproche, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un courrier du 9 avril 2021 que le maire l'a informée de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son égard au regard de l'absence de rigueur dans l'exécution des tâches confiées et procède à une énumération exhaustive des reproches faits. En se bornant à soutenir que ces remarques ne sont pas fondées, elle ne les conteste pas utilement.
12. Également, si Mme C soutient que les reproches qui lui sont faits résultent d'une inadaptation de son emploi à son cadre d'emploi d'adjoint administratif de 2ème classe, catégorie C, alors que les missions qui lui sont assignées relèvent de " catégorie B ", cette circonstance, à la supposer même établie, si elle est de nature à révéler une faute dans l'organisation du service dès lors que tout fonctionnaire en activité de son statut le droit de recevoir, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade, elle est sans incidence sur la légalité du CREP, lequel a pour objet d'apprécier la valeur professionnelle de l'agent sur le poste occupé. Par suite, de telles considérations doivent être écartées comme inopérantes.
13. Enfin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas démontré.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de son CREP établi au titre de l'année 2021 ainsi que du refus de procéder à sa révision. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu de faire droit à aucune des conclusions des parties fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Cers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la commune de Cers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La magistrate désignée,
I. BLa greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er juillet 2024.
La greffière,
B. Flaesch.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026