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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204479

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204479

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSICOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 août 2022 et 25 janvier, 22 mars et 12 mai 2023, M. A D et la SCI Famille D, représentés par Me Sicot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Tourbes a délivré un permis d'aménager à M. B en vue de la réalisation d'un lotissement de 6 lots ;

2°) de mettre à la charge solidaire de M. B et la commune de Tourbes une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'obligation de recourir à un architecte, fixée par l'article L.441-4 du code de l'urbanisme est méconnue car ce dernier n'a pas signé toutes les pièces écrites en méconnaissance de l'article 3 de la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture ;

- l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est méconnu compte tenu des caractéristiques du chemin de Terre Fine qui ne permettent pas un accès en sécurité aux usagers des six lots issus du projet ni aux véhicules de protection civile et défense contre l'incendie ; le dossier de demande de permis de construire est entaché d'une fraude, les plans des travaux et de composition donnant à cette voie une largeur erronée supérieure à la réalité ;

- des risques et coûts de viabilisation sont à prévoir en méconnaissance de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme ;

- l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est méconnu car le chemin de Terre Fine n'est pas accessible aux véhicules de protection civile et défense contre l'incendie ; le SDIS a rendu un avis erroné au regard des caractéristiques exigées pour les voies d'accès par l'article 4 de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de l'Hérault informe le tribunal que la requête n'appelle aucune observation de sa part.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2022 et 28 avril 2023, M. C B, représenté par Guillemat Latapie et Associés Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D et la SCI Famille D une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, la commune de Tourbes conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par M. D et la SCI Famille D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Latapie, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 10 mars 2022, la maire de la commune de Tourbes a délivré un permis d'aménager un lotissement de 6 lots sur les parcelles cadastrées section AI n°0424 et 0427 situées chemin de Terre Fine à Tourbes (34). Les requérants ont formé un recours gracieux le 6 mai 2022. M. D et la SCI Famille D demandent l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 441-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis d'aménager concernant un lotissement ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel aux compétences nécessaires en matière d'architecture, d'urbanisme et de paysage pour établir le projet architectural, paysager et environnemental dont, pour les lotissements de surface de terrain à aménager supérieure à un seuil fixé par décret en Conseil d'Etat, celles d'un architecte au sens de l'article 9 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture () ". Aux termes de ce dernier article " Les personnes physiques inscrites à un tableau régional d'architectes conformément aux dispositions des articles 10 et 11 ci-après peuvent seules porter le titre d'architecte. () "

3. Il est constant que le formulaire Cerfa de la demande de permis d'aménager a été signé par un architecte, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne répondrait pas aux critères précités d'être inscrit à un tableau régional d'architecte, le tampon de celui-ci portant au contraire la mention de son inscription à l'ordre sous le numéro 045046. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des autres dispositions de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture auxquelles du code de l'urbanisme ne renvoie pas, et qui relèvent d'une législation distincte qu'il n'appartient pas au permis d'aménager de mettre en œuvre.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

5. L'article R. 111-5 du même code dispose que : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / ()".

6. Il résulte de ces dispositions que les conditions de desserte d'un projet de construction doivent être appréciées, d'une part, au regard de l'importance de ce dernier, de sa destination ou des aménagements envisagés, mais aussi, d'autre part, au regard des risques que présentent les accès pour la sécurité des usagers des voies publiques ou des personnes qui les utilisent, compte tenu notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de la densité du trafic. En l'absence d'indications contraires, la référence faite par un plan d'occupation des sols à la largeur de la voie publique doit, en principe, s'entendre comme comprenant non seulement la partie de la chaussée ouverte à la circulation des véhicules, mais aussi la partie de l'emprise réservée au passage des piétons.

7. D'une part, les requérants ne saurait se prévaloir des dispositions de l'arrêté du 31 janvier 1986 pris pour l'application des dispositions du code de la construction et de l'habitation et relevant d'une législation distincte de celle d'urbanisme.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la desserte du lotissement en litige s'effectue sur une courte distance longeant deux propriétés par le chemin de Terre Fine. Si les requérants se prévalent des mesures effectuées par les huissiers commis par leurs soins, il ressort des pièces du dossier que ces derniers ont seulement mesuré la partie goudronnée au centre du chemin alors que celui-ci présente des accotements carrossables. Il ressort du constat d'huissier commis par le pétitionnaire le 24 avril 2023, qui n'est pas contredit pas les pièces du dossier, que la voie présente une largeur incluant les accotements carrossables de 3,40 à 6,10 mètres. Dès lors, même si elle comprend des nids de poule, celle-ci permet le passage et le croisement des véhicules des usagers des onze maisons qui seront à terme desservies, ainsi que des engins de lutte contre l'incendie dans des conditions satisfaisantes au regard des exigences de la sécurité publique. Le permis délivré comporte en outre une prescription tenant à la réalisation d'une défense incendie. Si les requérants soulignent que la route de Caux desservant le chemin de Terre Fine est à double sens et qu'elle est peu large, il ne ressort pas des pièces du dossier que les caractéristiques de celle-ci sont de nature à empêcher l'accès aux véhicules de lutte contre l'incendie et de secours. Les moyens tirés du caractère insuffisant de la desserte et de l'atteinte ainsi portée à la sécurité publique en méconnaissance des articles R. 111-5 et R. 111-2 du code de l'urbanisme doivent dès lors être écartés.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la mention par le pétitionnaire au dossier de demande de permis de construire d'une largeur de 7 mètres correspond aux dimensions de l'accès créé sur l'assiette foncière du projet, et non à la largeur de la voie de desserte. Le moyen tiré la fraude commise en prêtant au chemin de Terre Fine une dimension erronée doit ainsi être écarté.

10. En quatrième lieu, l'article R. 111-13 du même code prévoit que " Le projet peut être refusé si, par sa situation ou son importance, il impose soit la réalisation par la commune d'équipements publics nouveaux hors de proportion avec ses ressources actuelles, soit un surcroît important des dépenses de fonctionnement des services publics. ".

11. Pour les mêmes motifs qui viennent d'être exposés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux impliquerait la réalisation par la commune d'équipements publics nouveaux relatifs à la viabilisation du chemin de Terre Fine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme doit dès lors être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A D et la SCI Famille D ne sont pas fondés à demander l'annulation l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Tourbes a délivré un permis d'aménager à M. B en vue de la réalisation d'un lotissement de 6 lots.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B et la commune de Tourbes, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par les requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

14. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D et la SCI Famille D une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et la SCI Famille D est rejetée.

Article 2 : M. D et la SCI Famille D verseront à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la SCI Famille D, à la commune de Tourbes, à M. B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Couégnat, première conseillère,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure

S. Crampe La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 décembre 2023.

La greffière,

A. Junon

2

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