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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204613

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204613

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL ST MICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Salies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 par laquelle l'inspecteur du travail de la section n° 9 de l'unité de contrôle des Pyrénées-Orientales a autorisé son licenciement pour faute ;

2°) de refuser son licenciement ;

3°) de mettre à la charge de l'Association pour l'autonomie des personnes handicapées (APAPH) " Les Sources des Thuès ", son employeur, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les griefs retenus à son encontre ne sont pas établis ;

- l'autorisation de licenciement est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, l'APAPH " Les Sources des Thuès ", représentée par Me de Pastors, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) Occitanie, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par M. B tendant à ce le tribunal refuse d'autoriser son licenciement dès lors qu'il n'appartient pas au juge de l'excès de

Pouvoir de statuer lui-même sur une demande adressée à l'administration.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code du travail.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, recruté depuis le 24 septembre 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée par l'APAPH " Les Sources des Thuès ", spécialisée dans le secteur de l'accueil d'adultes handicapés ou de personnes âgées, pour exercer les fonctions d'ouvrier des services logistiques au sein de la maison d'accueil spécialisée (MAS) des Sources à Nyer (Pyrénées-Orientales), détenait, à la date de la décision en litige, le mandat de membre suppléant au comité social et économique d'établissement. Par une demande reçue le 20 juin 2022, l'APAPH " Les Sources des Thuès " a présenté au service de l'inspection du travail une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de M. B. L'inspecteur du travail de la section n°9 de l'unité de contrôle des Pyrénées-Orientales a, par une décision du 18 juillet 2022, accordé cette autorisation de licenciement. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal refuse d'autoriser le licenciement de M. B :

2. Si le requérant demande au tribunal de refuser d'autoriser son licenciement pour motif disciplinaire, il n'appartient cependant pas au juge de l'excès de pouvoir de se substituer à l'administration dans l'exercice des compétences qui lui sont dévolues par la loi. Ces conclusions relèvent de conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal et sont irrecevables par nature. Les parties en ayant été informées, il y a lieu de relever d'office cette irrecevabilité et de rejeter les conclusions ainsi présentées pour ce motif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, et ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution du mandat dont il est investi.

4. Pour autoriser le licenciement de M. B, l'inspecteur du travail s'est fondé, d'une part, sur l'installation, le 8 juin 2022, d'un nouveau circuit d'alimentation sans détenir l'habilitation et sans avoir prévenu, au préalable, son chef de service et, d'autre part, sur la mise en œuvre d'une opération de débroussaillage, le 9 juin 2002, sur un parterre jouxtant le parking de l'établissement, sans sécurisation préalable des lieux, le troisième grief lié à des absences de réponse aux appels téléphoniques lui demandant de réceptionner et d'acheminer vers la pharmacie les médicaments livrés par le centre hospitalier de Thuir, alors qu'il procédait à l'opération de débroussaillage, n'ayant pas été retenu.

En ce qui concerne la matérialité des griefs :

5. Aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " À défaut d'accord, le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. () Si un doute subsiste, il profite au salarié ".

6. Il appartient à l'employeur d'apporter la preuve matérielle des manquements reprochés au salarié.

7. En premier lieu, selon l'article R. 4544-9 du code du travail : " Les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage ne peuvent être effectuées que par des travailleurs habilités. " l'article R. 4544-10 du même code prévoit que : " Un travailleur est habilité dans les limites des attributions qui lui sont confiées. L'habilitation, délivrée par l'employeur, spécifie la nature des opérations qu'il est autorisé à effectuer. ".

8. Il est constant que la formation en électricité suivie par M. B ne l'habilitait qu'à effectuer des interventions élémentaires, à savoir le remplacement de fusibles, d'accessoires d'éclairages, le raccordement d'éléments de matériel sur un circuit en attente et le réarmement de dispositifs de protection. Or, il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies annexées aux témoignages de deux salariés recueillis lors de l'enquête contradictoire que l'opération à laquelle le salarié protégé s'est livré, le 8 juin 2022, visait, après la coupure du circuit d'alimentation, à l'installation d'un nouveau circuit électrique, réalisé, au surplus, de manière non conforme aux dispositions réglementaires avec présentation d'un risque électrique grave, selon la fiche de déclaration établie par le responsable du service le lendemain et le contrôle réalisé le 13 juin suivant. Dans ces conditions, cette tâche, qui ne saurait s'analyser comme un raccordement d'un circuit existant et a été réalisée sans autorisation du supérieur hiérarchique, qui n'a été prévenu qu'en fin de journée, constitue un manquement aux règles de sécurité dont la réalité est établie par les pièces produites.

9. En deuxième lieu, s'agissant du non-respect du protocole de prévention des risques établi le 2 décembre 2021, lors de la réalisation d'une opération de débroussaillage, menée le 9 juin 2022, sans sécurisation des lieux et ayant donné lieu au bris d'une vitre d'un véhicule appartenant à un salarié, si M. B soutient qu'il n'a jamais eu connaissance de telles préconisations visant à prévenir les risques liés à ces travaux, l'enquête contradictoire a établi, au contraire, qu'il avait connaissance de la fiche de prévention des risques préconisant la mise en place de panneaux de signalisation des travaux en cours et des risques induits et l'information de l'ensemble des personnes présentes dans la structure. Dans ces conditions, M. B, qui ne conteste pas l'absence de sécurisation des lieux sur lesquels portaient les travaux de débroussaillage, n'est pas fondé à soutenir que le grief ne pouvait être retenu à son encontre.

En ce qui concerne la gravité de la faute :

10. Ainsi qu'il a été dit aux points 8 et 9, ces deux griefs sont établis. Ils constituent des manquements professionnels, sont fautifs et, au vu notamment des risques d'incendie et d'atteinte aux biens et aux personnes qu'ils faisaient peser sur le public accueilli, vulnérable, mais également sur toutes les personnes présentes, doivent être regardés d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de M. B.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 juillet 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire.

Sur les frais liés au litige :

12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'APAPH " les Sources des Thuès ", qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant sollicite au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B, la somme que sollicite, sur le même fondement, l'APAPH.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'APAPH " Les Sources des Thuès " en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Association pour l'autonomie des personnes handicapées " Les Sources des Thuès " et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie, en sera adressée, pour information, au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) Occitanie.

Délibéré à l'issue de l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 7 mai 2024.

La greffière,

C. Arce

N°2204613

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