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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204626

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204626

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 janvier 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mai 2022 par laquelle le maire de Mérial lui a infligé la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de trois jours ;

2°) d'annuler la décision du 20 mai 2022 par laquelle le maire de Mérial a opéré une retenue sur traitement pour service non fait pour la journée du 6 mai 2022 ;

3°) d'annuler la retenue de trois jours de salaire effectuée sur le bulletin de paie du mois de juin 2022 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Mérial les frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens ;

5°) d'ordonner l'exécution de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté du 20 mai 2022 est entaché d'illégalité au regard des dispositions de l'article 39-4 du décret du 15 février 1988 dès, lors que le changement de son jour de travail est intervenu sans délibération du conseil municipal constatant la suppression du poste le jeudi et créant un poste le vendredi, sans arrêté créant un nouveau poste et sans modification de sa fiche de poste ;

- il a réglementairement effectué son travail le 5 mai 2022 ;

- la retenue de traitement opérée sur le bulletin de paie du mois de juin 2022 n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Une mise en demeure de défendre du 7 novembre 2022 a été adressée à la commune de Mérial, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Une ordonnance du 1er décembre 2023 a fixé la clôture de l'instruction au 2 janvier 2024 à 12 h 00, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2023, la commune de Mérial, représentée par Me Manya, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable dès lors que le requérant conteste plusieurs décisions distinctes par la même requête ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 alors en vigueur ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 alors en vigueur ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Pion, substituant Me Manya, représentant la commune de Mérial.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A exerce au sein de la commune de Mérial (Aude), à temps partiel, les fonctions d'adjoint administratif territorial titulaire et est à ce titre chargé de l'entretien de la voirie, des espaces verts de la commune et du cimetière. Par deux arrêtés du 20 mai 2022, le maire de Mérial lui a, d'une part, infligé la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de trois jours les 7 juin, 10 juin et 14 juin 2022, d'autre part, opéré une retenue sur traitement pour service non fait le vendredi 6 mai 2022. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés ainsi que l'annulation de la retenue de trois jours de salaire opérée sur le bulletin de paie du mois de juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. ()". Aux termes de l'article 28 de la même loi : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () ". Aux termes de l'article 29 de cette loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article 89 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () Parmi les sanctions du premier groupe, seuls le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions sont inscrits au dossier du fonctionnaire. Ils sont effacés automatiquement au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période. ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

3. L'arrêté attaqué du 20 mai 2022 a pour seul objet de prononcer à l'encontre de M. A une exclusion temporaire de fonctions de trois jours aux motifs qu'il a remis en place une clôture sans autorisation de sa hiérarchie la semaine du 14 au 18 mars 2022, qu'il a refusé de la retirer après l'avoir posée, qu'il a cassé le rétroviseur du véhicule de la collectivité sans avoir donné une explication plausible le 8 mars 2022, qu'il a refusé de couper le bois gênant sur le chemin de la Gardie les 21 et 25 mars 2022, qu'il a coupé des arbres sur une parcelle n'appartenant pas à la mairie sans que cet ordre lui ait été donné le 21 mars 2022, refusant de venir travailler le vendredi tel que cela a été validé par le comité technique. L'arrêté en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de modifier ses jours de travail, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 39-4 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale au nombre desquelles sa situation n'entre d'ailleurs pas dans le champ d'application dès lors qu'il est fonctionnaire territorial titulaire.

4. M. A soutient que c'est sur ordre du maire qu'une clôture qui borde des propriétés privées sur un sentier non cadastré a été déposée, que le sentier étant trop étroit il n'a eu d'autre choix que de déposer la clôture avant de replacer les piquets. Toutefois, il n'apporte aucun élément tendant à démontrer que la dépose de cette clôture serait intervenue sur instruction du maire et non pas de sa propre initiative. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le maire de Mérial lui aurait demandé de procéder à l'abattage d'arbres sur les parcelles 505 et 506 alors que M. A avait été chargé de couper les seuls arbres répertoriés et identifiés sur la parcelle 507 et qu'une reconnaissance préalable des coupes avait été effectuée sur cette parcelle. Le requérant ne conteste pas avoir détérioré le rétroviseur droit du véhicule de la mairie le 8 mars 2022 sans toutefois en référer à l'autorité municipale comme il lui appartenait de le faire dans les plus brefs délais alors que le maire lui a écrit le 11 mars pour connaître les circonstances de cet incident. Les faits pour lesquels M. A a été sanctionné constituent un refus d'obéissance hiérarchique ou le non-respect des consignes de son supérieur hiérarchique sans que le requérant n'en démontre le caractère manifestement illégal. Ces faits caractérisent des manquements de M. A à l'obligation d'obéissance hiérarchique de nature à justifier une sanction disciplinaire sans que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours, eu égard au comportement déjà fautif de l'intéressé antérieurement puisse être regardée comme étant disproportionnée aux faits qui la motivent.

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération () " et aux termes de l'article 87 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable : " Les fonctionnaires régis par la présente loi ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général () ". Il en résulte que l'absence de service fait par un fonctionnaire territorial pendant tout ou partie de ses heures de services peut donner lieu à une retenue sur rémunération proportionnelle à cette absence.

6. L'arrêté attaqué du 20 mai 2022 vise les disposions législatives citées au point précédent et relève l'absence non justifiée de M. A à son poste de travail le vendredi 6 mai 2022. En se bornant à soutenir que ce motif sournois dissimule le service qu'il a réalisé réglementairement effectué le jeudi 5 mai, M. A n'apporte pas de contradiction utile au service non fait à la date du 6 mai 2022 alors que depuis le 1er août 2021 ses jours de travail sont les mardis et vendredis, que l'aménagement de ses jours de travail les mardis et jeudis résultait d'une simple tolérance municipale à laquelle le maire a mis fin en rétablissant son service les mardis et vendredis à compter du 18 avril 2022.

7. La décision par laquelle l'autorité administrative, lorsqu'elle liquide le traitement d'un agent, procède à une retenue pour absence de service fait, constitue une mesure purement comptable et, dès lors, n'est pas au nombre des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il n'en va pas de même, toutefois, dans le cas où cette décision révèle par elle-même un refus opposé à une demande tendant à la reconnaissance d'un droit à rémunération malgré l'absence de service fait.

8. La retenue sur le traitement n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire mais constitue une mesure purement comptable qui n'est soumise à aucune procédure particulière. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la commune de Mérial a procédé à une retenue sur traitement de M. A pour service non fait pour sept jours dont trois que le requérant estime infondés. Toutefois, M. A ne présente aucun justificatif d'absence pour ces trois jours. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le bulletin de paie du mois de juin 2022 qui se borne à tirer les conséquences comptables de l'absence de service fait aurait dû faire l'objet d'une motivation.

9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés pris par le maire de Mérail le 20 mai 2022 portant sanction disciplinaire et retenue sur traitement effectuée sur le bulletin de paie du mois de juin 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. A, partie perdante à l'instance, qui au demeurant ne justifie pas avoir exposé de frais dans le cadre de la présente instance, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'exécution du jugement sous astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions tendant à l'exécution du présent jugement sont, en tout état de cause, sans objet et doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune de Mérial.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

M. Rousseau

La présidente,

S. Encontre La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 janvier 2024.

La greffière,

C. Arce

lr

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