vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204654 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Berry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de l'Aude a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale " ou " circonstances exceptionnelles " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat ;
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public et a fourni des efforts d'intégration ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination porte atteinte aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de l'Aude qui n'a pas produit d'écritures.
Par ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.
Des pièces complémentaires présentées par M. A représenté par Me Berry, ont été enregistrées le 27 octobre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,
- et les observations de Me Berry, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée par M. A, représenté par Me Berry, a été enregistrée le 28 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 11 janvier 1984, indique être entré en France le 31 août 2017 afin de solliciter l'asile. Après le rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 mars 2018, confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 23 janvier 2019, M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 20 février 2019. Par un jugement du 29 mars 2019, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête dirigée contre cette mesure d'éloignement, jugement confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 11 décembre 2019. Par un arrêté du 4 février 2021, M. A a fait l'objet d'une deuxième mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux années et l'assignant à résidence. Le 1er mars 2021, M. A a présenté une demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale en se prévalant d'une promesse d'embauche. Par un arrêté du 31 mai 2022, le préfet de l'Aude a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. A en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° DPPPAT-BCI-2021-059 du 19 avril 2021, régulièrement publié le 21 avril 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 18 - Avril 2021, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Aude a accordé à M. B D, sous-préfet, nommé secrétaire général de préfecture de l'Aude par décret du 10 juin 2020, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, mesures de police administrative () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aude, à l'exception : a) des réquisitions de la force armée, b) des arrêtés de conflit ". Les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département comprennent, sauf s'il en est disposé autrement par l'arrêté portant délégation de signature, les décisions préfectorales en matière de police des étrangers. Cette délégation de signature, qui, compte tenu des exceptions qu'elle prévoit n'est pas d'une portée générale, habilitait ainsi M. D à signer l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de M. A.
3. En deuxième lieu, il ressort de la décision en litige qu'elle vise les dispositions sur lesquelles elle se fonde, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de l'article L. 435-1 et développe les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A. Si le requérant souligne que l'autorité préfectorale n'a pas fait état de son entrée en France en qualité de mineur non accompagné, le préfet n'est toutefois pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressée dont il pourrait avoir connaissance. En tout état de cause, M. A est entré en France alors qu'il était âgé de 36 ans et n'a pu se voir reconnaître une telle qualité. Par ailleurs, le préfet a rappelé clairement la situation personnelle de l'intéressé en relevant que ce dernier est célibataire, sans enfant et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision et d'examen complet de la situation de M. A doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
5. M. A fait valoir qu'il justifie d'une présence en France depuis plus de cinq ans, qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public et qu'il y a installé le centre de ses intérêts privés et qu'il bénéfice d'une promesse d'embauche démontrant son insertion personnelle et professionnelle. Toutefois, ces circonstances et les pièces que le requérant verse au dossier ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels d'admission au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant, au regard de cet article, la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. M. A fait valoir qu'il réside en France de manière continue depuis son arrivée sur le territoire national, le 31 août 2017 et qu'il y a déplacé le centre de ses intérêts personnels et professionnels. Il se prévaut à ce titre d'une promesse d'embauche en qualité d'ouvrier agricole dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à raison de 24 heures par semaine et fait par ailleurs valoir son implication en qualité de bénévole d'une association. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est entré en France de manière irrégulière, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, ainsi qu'il a été précisé au point 1 du présent jugement et que l'intéressé se maintient en France de manière irrégulière depuis lors. A cet égard, il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'il ne justifie pas avoir exécuté. M. A est célibataire et sans enfant et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où réside sa fratrie, et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Dans ces conditions, compte tenu notamment du caractère récent et des conditions de séjour de M. A et en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Aude n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale en France du requérant.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de l'Aude a refusé de l'admettre au séjour.
En ce qui concerne la mesure d'éloignement :
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que compte tenu notamment du caractère récent et des conditions de séjour de M. A et en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle du requérant, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. A ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en France en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en décidant de son éloignement, ni comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale en France du requérant.
En ce qui concerne le pays de destination :
11. En se bornant à rappeler la demande de protection internationale qu'il a formée lors de son arrivée sur le territoire national, le requérant, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile, ne démontre pas que la décision fixant le pays de destination aurait été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté pris le 31 mai 2022 par le préfet de l'Aude refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Aude et à Me Berry.
Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
La rapporteure,
A. Bayada Le président,
J.P. Gayrard
La greffière,
E. Tournier
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 18 novembre 2022,
La greffière,
E. Tournier
N°2204654
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026