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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204747

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204747

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 Septembre 2022, Mme F E, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°) d'ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Rosé au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour:

- la décision est signée par une autorité incompétente dès lors qu'elle ne dispose pas d'une délégation de signature spécifique ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa demande ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* S'agissant de la décision fixant le pays de retour :

- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré 30 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A

- et les observations de Me Rosé, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née le 20 novembre 1992, de nationalité vénézuélienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet de l'Hérault a accordé à M. B délégation " à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () " qui comprend " notamment la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Cette délégation, qui est suffisamment précise, donnait compétence à M. B pour signer un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante fait grief au préfet de l'Hérault de ne pas avoir pris en compte l'ancienneté de sa communauté de vie avec un ressortissant français depuis 2015. Si le préfet ne s'est fondé dans son arrêté que sur la durée de la communauté de vie passée en France, les seules pièces produites au dossier susceptibles de démontrer l'existence d'une vie commune en dehors de la France sont un contrat de bail daté de février 2020 et un contrat " d'Union Estable de Hecho " conclu au Venezuela en mai 2021, juste avant le départ de son compagnon pour la France. Eu égard à la très courte durée de leur vie commune à l'étranger établie par les pièces précitées, le préfet n'a donc pas entaché d'erreur son appréciation du droit au séjour de l'intéressée en se limitant à la durée de la vie commune en France. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation familiale peut être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Comme il a été dit au point 3, la durée de la vie commune dont se prévaut Mme E à l'étranger est courte et il n'est pas contesté que l'intéressée a rejoint son conjoint le 9 décembre 2021, soit moins de cinq mois avant la décision querellée. L'intéressée n'est pas dénuée d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et ses frères et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Eu égard au caractère récent de la communauté de vie, tant en France qu'à l'étranger, avec un ressortissant français, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision. Le préfet de l'Hérault n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Lorsqu'un refus de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique. L'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a notamment refusé la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " à Mme E, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ainsi que celui des autres décisions subséquentes. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

7. D'autre part, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.

8. Enfin, et conformément à ce qui a été dit aux points 3 et 5, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa mesure d'éloignement sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée en l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ou celle l'obligeant de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant pays de destination serait privée de base légale doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées. 10.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

J.-Ph. A L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 novembre 2022.

La greffière,

E. Tournier

N°2204747et

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