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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204772

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204772

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantLESTRADE JOHANNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre 2022 et 18 septembre 2022, M. D F B, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas pu être mis en mesure de faire des observations quant à un éventuel transfert lors de l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement Dublin ;

- il n'est pas démontré que les informations sur la procédure, notamment la notice d'information, lui ont été communiquées en méconnaissance de l'article 4 du règlement Dublin ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 2, 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques de mauvais traitements en cas de retour en Pologne ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bossi, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de M. B, présent, qui persiste dans ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 3 juin 1999, a présenté une demande d'asile le 2 août 2022 auprès du préfet de l'Hérault. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé que l'intéressé était connu des autorités polonaises. Ces autorités, saisies d'une demande de prise en charge du traitement de la demande d'asile sur le fondement de l'article 18 1. b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont accepté leur responsabilité le 18 août 2022. Par un arrêté du 13 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a pris une décision prononçant le transfert de M. B aux autorités polonaises pour l'examen de sa demande d'asile. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial du 21 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer notamment les arrêtés portant transfert des ressortissants étrangers vers les Etats membres de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'incompétence en l'absence de délégation de signature doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement européen dont il est fait application.

5. L'arrêté contesté mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dont il est fait application et précise que les autorités polonaises ont donné leur accord le 18 août 2022, après leur saisine à cet effet le 10 août 2022 par les autorités françaises. Il indique également que M. B ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France et qu'il n'établit pas être dans l'impossibilité de retourner en Pologne ni l'existence d'un risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités polonaises. Dès lors, la décision en litige fait état des éléments de fait sur lesquels l'autorité préfectorale s'est fondée pour estimer que l'examen de sa demande d'asile relève de la responsabilité des autorités polonaises. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de sa motivation insuffisante doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) susvisé n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de l'instruction de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que les brochures d'information A relative à la détermination de l'Etat responsable et B relative à la " procédure Dublin " du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que le guide d'accueil du demandeur d'asile ont été remis à M. B, en langue française qu'il a déclaré comprendre, le jour du dépôt de sa demande d'asile le 2 août 2022, soit en temps utile. Ce dernier a ainsi reçu toutes les informations lui permettant de faire valoir ses observations avant que ne soit prise la décision du 13 septembre 2022 lui refusant l'admission provisoire au séjour en qualité de demandeur d'asile en France. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision ordonnant sa remise aux autorités polonaises méconnaît l'article 4 du règlement susvisé n°604/2013 et les garanties du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le 2 août 2022, M. B a bénéficié de l'entretien individuel prévu par les stipulations précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en français, langue qu'il a déclaré comprendre et lire, ainsi qu'en atteste sa signature apposée sans réserve au bas du résumé de cet entretien, après avoir déclaré qu'il n'avait rien à ajouter et que les renseignements le concernant étaient exacts. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations quant à un éventuel transfert en méconnaissance des stipulations de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. B soutient qu'étant homosexuel et de nationalité guinéenne, il a fait l'objet, lors de son séjour en centre de rétention en Pologne, de comportements violents et d'insultes racistes émanant des gardiens et qu'un retour dans ce pays l'exposerait à nouveau à des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, en se bornant à produire des articles de presse d'ordre général ainsi qu'un document émanant du commissaire aux droits de l'homme mentionnant une intervention en tierce partie dans une affaire portée devant la Cour des droits de l'homme et concernant des demandeurs d'asile bloqués à la frontière entre la Pologne et le Bélarus sans lien avec sa situation, le requérant n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucun élément de nature à établir qu'il aurait fait personnellement l'objet de mauvais traitements en Pologne. Il est, par ailleurs, constant que la Pologne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme à ces textes. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités polonaises, qui ont d'ailleurs explicitement accepté la reprise en charge de M. B, n'examineront pas sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 13 de cette même convention, relatives au droit à un recours effectif, doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F B et au préfet de la Haute-Garonne.

Décision rendue par publique par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

La magistrate désignée,

M. A

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 septembre 2022.

La greffière,

C. Touzet

N°220477

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