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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204799

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204799

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 16 septembre et 3 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixation du pays de destination;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 8 jours ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Mazas, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est entachée d'insuffisance de motivation, en ce que le préfet a omis de mentionner les liens familiaux établis sur le territoire français ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, aucun élément factuel ne permettant de distinguer les rapports médicaux ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

Sur la décision refusant de renouveler son titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de son état de santé au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 17 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M.B, l'aide juridictionnelle totale.

Par mémoire, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours, et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux ;

-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Mazas, représentant M.B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 28 septembre 1953 à Shuakhevi (Ex-URSS), entré sur le territoire français le 11 juin 2019, à qui l'asile a été définitivement refusé le 5 janvier 2022, demande l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi.

2. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M.B. Dès lors, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ".

4. Pour refuser d'admettre M. B au séjour, sur le fondement des dispositions de L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis émis le 8 mars 2022 par le collège de médecins de l'OFII lequel, s' écartant d' un précédent avis, a considéré que, si l'état de santé du requérant, qui a levé le secret médical, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine où il peut voyager sans risque. Et si l'intéressé argue du vice de procédure, du fait de l'absence d'élément permettant de distinguer les deux avis médicaux, ce moyen n'est pas assorti de précision suffisante pour pouvoir être retenu, et doit donc être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit cru tenu de suivre l'avis du collège de médecins. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, eu égard à son offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'effectivité du bénéfice d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Le requérant, pour infirmer l'avis émis le 8 mars 2022, démontre, par des certificats médicaux, qu'il souffre d'une insuffisance rénale traitée par hémodyalise et d'insuffisance cardiaque, sans toutefois apporter de justificatif quant à l'absence d'un suivi médical dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 cité au point 3 doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. B se prévaut de la présence sur le territoire de son épouse, de sa prise en charge par une structure d'accueil médicale, et des liens familiaux établis en France avec son fils, et sa fille qui l'aide dans ses démarches médicales, et est présente avec son mari et sa propre fille. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, entré sur le territoire le 11 juin 2019, a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade valable du 15 octobre 2020 au 14 octobre 2021, n'a pas été admis au titre de l'asile, que son épouse et son fils ne justifient d'aucun titre de séjour valide, et que sa fille bénéficie d'une carte de séjour temporaire qui prendra fin en mars 2023. En outre, M.B qui ne justifie d'aucun domicile fixe, ni d'aucune source de revenus en France, ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses 66 ans et où il peut être soigné et accompagné par son épouse et ses enfants. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M.B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de la méconnaissance des articles cités au point 7 doivent être écartés.

10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles relatives aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.

Copie-en sera transmise à Me Mazas.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 7 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le rapporteur,

V. A

L'assesseur le plus ancien,

B. Pater

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2022.

La greffière,

G. Munoz

N°2204799

gm

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