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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204805

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204805

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrée les 18 septembre et 3 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Bazin, la somme de 1800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 17 août 2022 le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M.C l'aide juridictionnelle totale.

Par un mémoire, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Bazin, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1.M. C, ressortissant arménien né le 23 juillet 1969 à Léninakan (Arménie), déclare être entré sur le territoire français le 13 octobre 2019. Il demande l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi.

Sur le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort de l'examen de la décision contestée, qui n'avait pas à détailler tous les éléments relatifs à la situation de M. C, qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée, même si elle ne mentionne pas que l'intéressé ait obtenu une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et de l'examen de la décision contestée, que le préfet ait commis un défaut d'examen réel et complet de la situation de l'étranger. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ".

6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 10 juin 2022, indiquant que l'état de santé de M.C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut serait de nature à entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Arménie, vers lequel il peut voyager sans risque. Pour remettre en cause cet avis, le requérant produit notamment un certificat médical établi le 8 janvier 2021 par un médecin psychiatre, qui certifie que le requérant souffre d'un syndrome anxio-dépressif associé à des velléités suicidaires consécutif à des évènements post-traumatiques survenus en Arménie et nécessitant, outre la prise de médicaments, une prise en charge psychothérapique et un accompagnement social. Il produit également un certificat d'hospitalisation en date du 9 février 2022 attestant de soins continus pour une durée indéterminée, et des documents attestant de l'absence de certains médicaments en Arménie.Ces documents, alors qu'il n'est pas établi que ces médicaments soient nécessaires pour soigner le requérant, ne suffisent pas à contredire l'avis de l'OFII quant à la possibilité d'une prise en charge médicale de sa pathologie en Arménie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de l'état de santé du requérant doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. L'arrêté contesté a été signé pour le préfet de l'Hérault par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 10 mars 2022, accessible au juge et aux parties, M. B a reçu délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault à certaines exceptions. Cette délégation, qui n'est pas trop générale, précise qu'elle comprend notamment " tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Bazin

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 7 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le rapporteur,

V. A

L'assesseur le plus ancien,

B. Pater

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2022.

La greffière,

G. Munoz

N°2204805

gm

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