jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales daté du 28 juin 2022 portant renouvellement d'assignation à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer son droit au séjour dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature ;
- la décision est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les articles L. 731-1 1° et L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car la décision l'obligeant à quitter le territoire français est ancienne de plus d'un an et son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ;
- les modalités de présentation aux services de police méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante paraguayenne née en 1984, a fait l'objet, le 22 juin 2021, d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par arrêté du 19 mai 2022, le préfet a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours. Par arrêté du 28 juin 2022, il a prononcé une nouvelle mesure d'assignation à résidence pour une période de six mois du 3 juillet 2022 au 2 janvier 2023 inclus. Mme A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2021229-0001 du 17 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. E C, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la " mise en œuvre des mesures concernant les étrangers en situation irrégulière : éloignement () ". Cette délégation de signature habilitait M. C à signer la décision en litige et le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. Bien que la décision en litige ne fasse pas suite à une demande de titre de séjour de l'intéressée, le préfet a expressément écarté la possibilité pour Mme A de prétendre à un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.
5. Dans ce cadre, la requérante fait valoir qu'à la suite du décès de sa mère, en mai 2018, elle est venue en France en novembre 2018, accompagnée de son fils né en février 2018, afin de rejoindre sa tante de nationalité française ainsi que plusieurs cousins et cousines. Toutefois, la seule circonstance que la tante de Mme A l'héberge, et qu'elle soit donc présente à ses côtés depuis près de quatre ans, ne permet pas de conclure que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait en France alors qu'elle a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, où réside le père de son enfant et où elle n'établit pas être isolée. Par ailleurs, si elle fait valoir que son frère, né en 2004, réside en France parce qu'il aurait été confié à sa tante avant sa majorité, cette circonstance, ainsi que la régularité du séjour de son frère, ne sont pas établies alors que le préfet soutient qu'elle est entrée en France accompagnée de son frère. Dans ces conditions, et en tout état de cause, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu relever que Mme A ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour.
6. Par ailleurs, alors que le préfet a détaillé les relations personnelles et familiales de l'intéressée ainsi que les caractéristiques de son séjour sur le territoire, il a suffisamment motivé les raisons qui l'ont conduit à écarter les dispositions précitées, après un examen suffisant de sa situation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire ".
8. Pour faire valoir l'irrégularité de la décision en litige, qui se fonde sur les dispositions précitées, la requérante souligne que la décision d'éloignement prononcée à son encontre a été prise plus d'un an avant l'édiction de la décision d'assignation. Toutefois, elle ne conteste nullement, ainsi que le souligne tant la décision en litige que les écritures en défense, qu'elle a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire le 19 mai 2022 et que le préfet a également fondé sa décision sur les dispositions du 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si elle fait valoir que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable car elle serait isolée dans son pays d'origine, il résulte de ce qui précède que cette circonstance n'est pas établie alors qu'elle n'est pas, au demeurant, de nature à établir l'impossibilité matérielle ou juridique d'un éloignement. Dans ces conditions, le moyen, tel que soulevé par la requérante, tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter également celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Il est constant que la décision en litige interdit à Mme A de quitter le département des Pyrénées-Orientales et lui impose de se présenter aux services de la police aux frontières à Perpignan, tous les mercredis à 14 heures, accompagnée de son enfant mineur. Toutefois, alors que la requérante est hébergée dans la commune de Perpignan, elle ne précise, ni ne démontre, l'existence d'obligations qui l'empêcheraient de se présenter, avec son enfant, de façon hebdomadaire aux services de police. Egalement, le fait d'évoquer de façon laconique le contexte de pandémie de Covid 19 ne permet pas de conclure que la mesure en litige porterait atteinte de façon disproportionnée à ses intérêts ou à ceux de son enfant. Enfin, si elle fait valoir que la décision s'oppose à ce qu'elle puisse visiter de la famille hors du département des Pyrénées-Orientales, elle n'établit pas la nature ou l'intensité des liens familiaux allégués, alors surtout que son séjour sur le territoire français est irrégulier. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les stipulations précitées ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation que le préfet a pu prendre la décision en litige.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A à l'encontre de la décision du préfet des Pyrénées-Orientales en date du 28 juin 2022. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
A. D Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 février 2024.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026