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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204889

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204889

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CHAPUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 septembre et le 3 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Chapuis, avocat, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au juge des référés :

1°) - à titre principal, d'ordonner à la commune de Coursan (11110) de prendre toutes mesures utiles afin d'éviter la survenance de nouveaux dommages et, notamment, d'édifier une consolidation mécanique du talus par la mise en œuvre d'un mur de soutènement ou ouvrage équivalent pour soutenir les terres, sous astreinte de cent euros par jour de retard, au terme d'un délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

2°) - à titre subsidiaire, de désigner un expert ;

3°) - de mettre à la charge de la commune de Coursan la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie par le rapport d'expertise du 26 février 2021 qui a constaté l'affaissement du sol d'assise du mur de sa propriété située à proximité du canal communal recalibré ;

- les prochaines pluies automnales menacent le mur de clôture de s'effondrer ;

- la mesure sollicitée est utile et ne s'oppose à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, la commune de Coursan représentée par Me Pons, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B soit condamnée à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle expose que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- la demande se heurte à une contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 4 octobre 2022.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thévenet, juge des référés,

- les observations de Me Dhérot, avocate de Mme B qui persiste dans ses moyens et conclusions.

- et les observations de Me Liégeois, avocat de la commune de Coursan.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

2. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En particulier, le juge des référés peut, pour prévenir ou faire cesser un dommage imputable à des travaux publics ou à un ouvrage public, enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou mettre un terme à des dangers immédiats, en l'absence de contestation sérieuse tant sur l'imputabilité du dommage à ces travaux publics ou l'ouvrage public que sur la faute que commet la personne publique en s'abstenant, hors toute justification par un motif d'intérêt général ou par les droits des tiers, de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets.

3. Il résulte de l'instruction que Mme B est propriétaire d'une maison d'habitation édifiée en 1995 sur la parcelle cadastrée BL n°2, sise 57, rue des Mailheuls sur le territoire de la commune de Coursan, dont la partie nord-est longe le canal communal d'irrigation. En 2005, la commune de Coursan a fait procéder à des travaux d'agrandissement et de recalibrage du canal qui ont déstabilisé le talus. Aux termes de l'expertise réalisée le 25 avril 2007 par la société d'application des techniques d'équipement du bâtiment (SATEB), ces travaux sont à l'origine du glissement de terrain et de l'affaissement du mur de clôture de la partie nord de la propriété de Mme B, intervenus le 21 février 2007. La commune de Coursan, dont la responsabilité a été reconnue, a fait édifier en 2008, un mur de soutènement de dix mètres le long du canal sans toutefois consolider le talus au droit de la propriété de Mme B. Si le rapport d'expertise du 26 février 2021, établi contradictoirement par le cabinet Polyexpert, relève qu'un risque de glissement du terrain de Mme B vers le canal est avéré, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que la situation se serait aggravée depuis 2007, d'autre part, il n'est pas contesté que les conséquences de ce glissement ne seraient pas de nature à porter atteinte à la sécurité et aux biens de Mme B, ni à ceux des tiers. Ainsi, Mme B n'établit pas, à la date de la présente ordonnance, l'existence de la situation d'urgence qu'elle invoque. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme B présentées sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'expertise :

4. Il n'appartient pas au juge des référés statuant en urgence, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise. Il revient à Mme B, si elle s'y croie fondée, de saisir le juge des référés, par une nouvelle requête, sur le fondement de l'article R. 532-1 du même code afin qu'il désigne un expert judiciaire. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'expertise ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient B de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes des parties présentées sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Coursan présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au maire de la commune de Coursan.

Fait à Montpellier, le 5 octobre 202

Le juge des référés,

F. ThévenetLa greffière,

M. A

La République mande au préfet de l'Aude en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 octobre 2022.

La greffière,

M. A

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