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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204920

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204920

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Ruffel, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement refusé d'abroger la décision du 22 octobre 2021 de mise à exécution de l'arrêté du 26 septembre 2017 l'obligeant à quitter le territoire français demandée le 30 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet d'examiner sa demande de titre de séjour en date du 9 septembre 2021 et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Ruffel à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle remplit, avec sa famille, les conditions pour bénéficier d'une régularisation, étant depuis plus de cinq ans présent en France où ses enfants sont scolarisés et que la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire est irrégulière ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

• le préfet n'a pas répondu à la demande de motif de ce rejet implicite ;

• la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

• cette mise à exécution méconnaît l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle était détentrice, le 9 septembre 2021, d'une attestation de dépôt de demande de titre de séjour ;

• cette mise à exécution méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fait obstacle à l'éloignement d'office des enfants mineurs ;

• elle repose sur des faits inexacts, dès lors qu'ils sont entrés régulièrement en France sous couvert de leur passeport ;

• la décision méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment eu égard à la scolarité de ses enfants ;

• elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une décision n° 2022/005630 du 1er août 2022, l'aide juridictionnelle totale a été attribuée à Mme B.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le sous le n° 2204919 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il est constant que, le 22 octobre 2021, le préfet de l'Hérault a requis le directeur interdépartemental de la police aux frontières pour mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire, notifiée le 10 octobre 2017, dont la légalité a été définitivement confirmée le 10 décembre 2018 par la cour administrative d'appel de Marseille et qu'en conséquence, Mme B, son mari et leur quatre enfants ont été éloignés le 2 octobre 2021 vers l'Albanie, pays dont ils ont tous la nationalité, avant de revenir le 21 novembre suivant en France, selon leur propres dires.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'initialement, l'intéressée n'a pas utilisé toute les voies de droit, notamment les procédures de référé, qui lui étaient offertes pour tenter de faire obstacle à la mise à exécution le 22 octobre 2021 de l'obligation de quitter le territoire français, mesure dont elle entend, par la présente requête, solliciter la suspension de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté la demande d'abrogation. D'autre part, et surtout, cette décision de mise à exécution, avait été intégralement exécutée, selon les propres dires de la requérante, un an avant qu'elle n'en demande l'abrogation au préfet. Par suite, la présente requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement refusé d'abroger la décision du 22 octobre 2021, qui est dépourvue d'urgence et de tout intérêt, présente un caractère abusif.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme B doivent être rejetées par ordonnance en application des dispositions précitée de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

6. Aux termes de l'article 50 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : / () / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé : / () / 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la présente procédure engagée par Mme B, bénéficiant de l'aide juridictionnelle, revêt un caractère abusif. Par suite, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à Mme B par la décision n° 2022/005630 visée ci-dessus du 1er août 2022.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : L'aide juridictionnelle accordée à Mme B par la décision n° 2022/005630 du 1er août 2022 est retirée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au préfet de l'Hérault et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Montpellier, le 12 octobre 2022.

Le juge des référés,

E. D

La République mande et ordonne le préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, 12 octobre 2022.

La greffière,

M. A

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