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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204935

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204935

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 septembre et 19 octobre 2022, et un mémoire en réplique, enregistré le 26 octobre 2022, M. A se disant Ilyes B, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son C une obligation de quitter le territoire français sans délai, à destination de son pays d'origine avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) dans l'hypothèse où la légalité de l'obligation de quitter le territoire français serait confirmée, de lui accorder un délai de départ volontaire de six mois et d'annuler l'interdiction de retour sur le territoire français.

Il soutient que :

- les fins de non-recevoir opposées en défense ne sont pas fondées ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est éligible au regroupement familial en vertu de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa vie privée et familiale se situe désormais en France, aux côtés de sa mère malade ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il dispose de garanties de représentation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et que ses liens avec la France sont matérialisés et établis.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car présentée par la mère de M. B, qui n'a pas qualité pour agir ; en outre, elle ne contient pas l'exposé des faits et moyens pour contester l'arrêté attaqué ;

- à titre subsidiaire, l'arrêté litigieux ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 22 novembre 2022, M.X se disant B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Delchambre, représentant M. A se disant Ilyes B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Ilyes B, ressortissant algérienne né le 4 septembre 1993, entré sur le territoire national à une date inconnue et en situation irrégulière, a été interpellé le 22 septembre 2022 lors d'un contrôle routier sur le territoire de la commune de Clermont-l'Hérault et placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. Le 23 septembre 2022, il a reçu notification d'un arrêté pris par le préfet de l'Hérault le même jour, portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par la présente requête, l'intéressé conteste cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". M. A se disant B ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 novembre 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. A se disant M. B qui fondent la décision du préfet de l'Hérault lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son C ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

6. En admettant toutefois que le requérant ait entendu se prévaloir du droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, il ressort en l'espèce des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation le 22 septembre 2022, le requérant a été entendu par les services de la compagnie de gendarmerie départementale de Lodève, assisté d'un interprète en langue arabe, et a pu répondre aux questions qui lui étaient posées et apporter toutes précisions utiles sur sa situation. Informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, il a indiqué qu'il n'accepterait pas de s'y soumettre. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A se disant M. B aurait été privé de son droit à présenter des observations doit être écarté.

7. En troisième lieu, le requérant, qui est né en 1993, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 4 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 relatives au regroupement familial et la circonstance qu'il aurait pu prétendre au bénéfice de cette procédure dans le cadre d'une demande présentée par sa mère lorsqu'il était mineur reste sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché cet arrêté à ce titre doit être écarté.

8. En quatrième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. A dit B fait valoir qu'il réside en France depuis 2019 avec sa mère malade, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans et dont il est le principal soutien. Toutefois, le requérant, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, est célibataire et sans enfant et a vécu jusque l'âge de 26 ans en Algérie, où il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales. Enfin, il ne démontre pas que sa présence aux côtés de sa mère serait indispensable en raison de son état de santé. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation de la situation personnelle de M. A se disant B ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant B a déclaré, lors de son audition, qu'il n'accepterait pas de se soumettre à une mesure d'éloignement qui serait prononcée à son C. Par suite, le préfet de l'Hérault a considéré à bon droit, pour ce seul motif, que l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet était établie et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Au regard des conditions d'entrée et de séjour de M. A se disant B sur le territoire français, de l'absence de démonstration d'une vie privée et familiale en France, et de son interpellation pour conduite d'un véhicule sans permis, c'est sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a pris à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposés en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A se disant B tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par M. A se disant B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Ilyes B, au préfet de l'Hérault et à Me Delchambre.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

Mme Delphine Teuilly-Desportes, première conseillère,

M. Marc Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

S. C

L'assesseure la plus ancienne,

D. Teuily-Desportes

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 décembre 2022,

La greffière,

C. Arce lr

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