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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204947

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204947

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE DE SETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Kouhaou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a décidé son maintien en rétention administrative dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat pour la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- en se fondant sur le seul motif que sa demande d'asile avait été présentée en rétention administrative, le préfet a commis une erreur d'appréciation et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa demande d'asile n'a pas été introduite pour faire échec à la mesure d'éloignement ;

- en portant cette appréciation erronée, le préfet a porté atteinte à son droit à un recours effectif, en méconnaissance des articles 13 et 3 combinés de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et que la rétention n'est pas nécessaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pater, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, magistrate désignée ;

- les observations de Me Kouahou, représentant M. C, lui-même assisté de Mme E, interprète en langue anglaise, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant nigérian, né le 1er janvier 1997, écroué au centre pénitentiaire de Villeneuve-les-Maguelone le 5 août 2022 en exécution d'une peine prononcée par le tribunal correctionnel de Marseille le 6 septembre 2018, a fait l'objet, par arrêté du préfet de l'Hérault du 22 août 2022 notifié le 25 août 2022, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire assortie d'une interdiction de retour de deux ans. Postérieurement à son placement au centre de rétention administrative de Sète le 21 septembre 2022, il a présenté une demande d'asile. Par un arrêté du 24 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a décidé de le maintenir en rétention pendant le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité, dans l'attente de son départ, sans préjudice de l'intervention du juge des libertés et de la détention. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un arrêté n° 222-06 DRCL -0262 du 16 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B D, nommé sous-préfet de l'arrondissement de Béziers par décret du 1er février 2021 et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer durant les permanences de week-end et de jours fériés, pour l'ensemble du département notamment les décisions en matière de rétention administrative prises en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque donc en fait et doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

5. L'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en particulier notamment L.611-1, L.741-4 à L.744-9, L.745-1 -12 et est fondé sur le fait que la demande d'asile présentée par M. C a pour seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement pris à son encontre démontrant ainsi par son comportement sa volonté de ne pas quitter le territoire. Le préfet a souligné qu'il n'a à aucun moment déclaré être en danger dans l'hypothèse d'un retour dans son pays d'origine, que sa demande a été présentée postérieurement à son placement en rétention administrative, qu'il est démuni de tout document d'identité ou de voyage et déclare être sans domicile fixe, et qu'il ne peut être assigné à résidence en l'absence de garantie de représentation et ne peut quitter le territoire national du fait de la nécessité d'achever les formalités afférentes à son départ. Dès lors que l'arrêté, qui n'avait pas à reprendre de manière exhaustive tous les éléments dont M. C pourrait se prévaloir, l'acte litigieux énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient le requérant, que le préfet se serait borné à constater le dépôt de la demande d'asile postérieurement à l'arrivée du requérant au centre de rétention administrative, sans avoir pris en compte les démarches précédentes de M. C en vue d'obtenir l'asile. A la suite de l'entretien du 11 août 2022 relatif à sa situation administrative, au cours duquel M. C a exposé son parcours depuis la Lybie jusqu'en France en passant par son séjour en Italie, des investigations ont été menées et la comparaison des empreintes sur Eurodac a permis d'établir que M. C avait initialement présenté une demande d'asile en 2018 en Italie, qui avait été rejetée. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation doit être écarté.

7. Il résulte de dispositions citées au point 4, que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention, que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre.

8. Il ressort des pièces du dossier, que le préfet a d'abord examiné la situation personnelle de M. C, relevant que celui-ci est sans domicile fixe et sans document d'identité ou de voyage, n'a pas de famille en France et est sans garantie de représentation. Si M. C soutient avoir commencé des démarches en vue de l'obtention de l'asile au début du mois d'août 2022, il ne produit aucune pièce en ce sens et le préfet relève qu'il n'avait jamais fait état d'un danger dans l'hypothèse d'un retour dans son pays d'origine et, bien que M. C soit en France depuis 2018, n'avoir enregistré aucune démarche d'asile jusqu'à celle du 24 septembre 2022 faisant suite à son placement en rétention administrative pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée le 25 août précédent. Selon le préfet, non contesté, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a rejeté la demande d'asile de M. C, a examiné celle-ci comme première demande. Dans ces circonstances, le préfet de l'Herault a légalement pu, en se fondant sur ces critères objectifs, considérer que la demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et ainsi, sans commettre d'erreur d'appréciation ou de droit, décider du maintien du requérant en rétention administrative.

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque les conditions du maintien en rétention sont réunies, la demande d'asile est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif doit en tout état de cause être écarté.

10. Le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties suffisantes de représentation ou que le placement en rétention ne serait pas nécessaire au sens des dispositions de l'article L.741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors que cette décision n'est pas conditionnée par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcée lorsque l'étranger, ayant déjà fait l'objet d'un placement initial en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, et alors que le magistrat désigné n'est pas compétent pour apprécier l'existence des garanties de représentation fondant le placement initial en rétention administrative, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation des garanties de représentation et de la nécessité de la rétention doivent être écartés pour être inopérants.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2022 portant maintien en rétention doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

DECIDE

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de l'Hérault et à Me Kouhaou.

Lu en audience publique le 13 octobre 2022.

La magistrate désignée,

B Pater La greffière,

C.Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 octobre 202La greffière,

C. Touzet

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