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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205041

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205041

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2022 et le 30 avril 2024, ce dernier non communiqué, Mme C A, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet opposée par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé la notification de la décision à intervenir, de lui verser les sommes dues au titre de l'allocation pour demandeur d'asile pour les mois de mars à mai 2022, soit la somme totale de 1 448,40 euros ; à défaut d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le délai de quinze jours passé la notification de la décision à intervenir, de réexaminer sa situation de vulnérabilité et de lui notifier une nouvelle décision écrite et motivée ;

3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée, en violation des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit, faute pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'avoir pris en compte la situation de vulnérabilité dont elle justifiait ;

- compte tenu de ses conséquences manifestement excessives sur son droit au respect de sa vie privée et familiale, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la fin de non-recevoir opposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'était en outre pas en situation de compétence liée, sera écartée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle, en application des articles R. 412-1 et R. 412-2 du code de justice administrative ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 30 novembre 1962, qui déclare être entrée en France en 2017, s'est présentée le 14 octobre 2021 en préfecture pour y déposer une demande d'asile. Par décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé les conditions matérielles d'accueil au motif que, sans motif légitime, elle n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de 120 jours suivant son entrée en France, le 1er novembre 2017. Par un courrier du 1er novembre 2021, reçu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 décembre 2021, Mme A a formé un recours préalable obligatoire contre cette décision, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 13 février 2022, devenue définitive. Par un courrier recommandé du 21 mars 2022, dont l'accusé de réception a été signé le 4 avril 2022, Mme A a demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le " rétablissement " de ses conditions matérielles d'accueil en faisant valoir la précarité de sa situation. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande, née le 4 juin 2022 du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa demande.

2. Si Mme A se prévaut de l'absence de motivation de la décision implicite contestée au regard des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, elle ne justifie pas en avoir demandé les motifs à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ce moyen doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". L'article R. 522-2 du même code prévoit que : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. "

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité, par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 14 octobre 2021, avant la décision de refus des conditions matérielles d'accueil du même jour, devenue définitive. Lors du dépôt de sa demande ayant donné lieu à la décision contestée, faisant valoir une absence de logement et des problèmes de santé, l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie avoir transmis à Mme A les pièces nécessaires au dépôt d'un certificat médical confidentiel, à la suite duquel un avis a été rendu le 3 mai 2022 par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur de droit en ne prenant pas en compte sa vulnérabilité.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'avis émis par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 3 mai 2022 a déclaré Mme A au niveau 1 de vulnérabilité, en indiquant une " priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence " et a préconisé pour les problèmes de santé rencontrés un " suivi médecine de ville classique ". Si Mme A, présente sur le territoire français depuis 2017, fait valoir une absence d'hébergement et de moyens de subsistance depuis sept mois, elle n'apporte au soutien de sa requête, outre un certificat médical ancien, que le certificat confidentiel ayant donné lieu à l'avis du médecin de l'OFII cité au point précédent. Dans ces conditions, et alors qu'elle avait indiqué lors de l'entretien d'octobre 2021 être hébergée par des tiers, comme elle l'avait été avant son arrivée à Perpignan, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant par la décision contestée de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité et des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens ainsi invoqués doivent donc être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rejetant sa demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil, à la suite d'un précédent refus devenu définitif, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Sergent.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 juin 2024.

La greffière,

A. Junon 00

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