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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205049

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205049

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantORTIAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 7 septembre 2022, et des mémoires complémentaires enregistrés les 4 et 25 octobre 2022, M. et Mme F, représentés A Me Ortial, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de la commission de l'académie de Montpellier du 14 septembre 2022 confirmant le refus d'autorisation d'instruction dans la famille pour l'année 2022 - 2023 concernant l'enfant D F.

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Montpellier de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille l'enfant D F, sous astreinte de 100 euros A jour de retard.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car ils encourent des sanctions pénales en cas de non-respect de l'obligation de scolarisation en établissement et la décision attaquée a des conséquences financières découlant de l'accompagnement à l'école distante d'environ 30 Km et des frais de cantine, et provoque un bouleversement de l'équilibre de l'enfant (besoin de sommeil, mal de transport), sans que des intérêts publics puissent être opposés ;

- la décision attaquée est entachée d'une illégalité tenant à une insuffisance de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, à une erreur de droit en opposant les dispositions de l'article R. 131-11-5 du code de l'éducation alors que leur dossier était complet, en opposant un motif tiré de l'absence d'éclairage de la situation propre de l'enfant, non prévu dans les textes applicables et alors que cette situation propre de l'enfant a bien été décrite dans le projet éducatif (rythmes biologiques et cadre naturel) et d'une erreur d'appréciation sur cette situation propre de l'enfant.

A un mémoire, enregistré le 25 octobre 2022, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête :

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'école la plus proche du domicile se situe à 11 Km et non 30, qu'il existe un service de transport scolaire et une aide sociale pour les frais de cantine, que les besoins particuliers de leur enfant ne sont pas établis et que le défaut d'urgence leur a déjà été opposé A le juge des référés ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gayrard, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 26 septembre 2022 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Gayrard, juge des référés ;

- les observations de Me Ortial, représentant les époux F ;

- les observations de M. B, représentant la rectrice de l'académie de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme F demandent la suspension de l'exécution de la décision de la commission de l'académie de Montpellier du 14 septembre 2022 confirmant le refus d'autorisation d'instruction dans la famille pour l'année 2022 - 2023 concernant leur enfant D.

2. En vertu de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'article 49 de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République a modifié le régime de l'instruction dans la famille à compter de la rentrée scolaire 2022 en substituant le régime de l'autorisation au régime de la déclaration. L'article L. 131-2 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de l'intervention de cette loi et applicable à compter du 1er septembre 2022, dispose ainsi en substance que l'instruction obligatoire est en principe donnée dans les écoles et établissements d'enseignement et qu'elle peut, A dérogation, être dispensée dans la famille A les parents ou A toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 du même code. Cet article L. 131-5, dans sa rédaction également issue de l'article 49 de la loi du 24 août 2021 et applicable à compter du 1er septembre 2022, prévoit que l'autorisation d'instruction en famille est accordée, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant, pour quatre motifs distincts, qui sont l'état de santé de l'enfant ou son handicap, la pratique d'activités sportives ou artistiques intensives, l'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public, enfin l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif.

4. Il résulte des dispositions nouvelles de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, éclairées A les débats parlementaires à l'issue desquels elles ont été adoptées, que le législateur a entendu limiter strictement aux quatre cas mentionnés au point précédent la possibilité pour l'administration de délivrer, à titre dérogatoire, une autorisation pour dispenser l'instruction en famille. Il ressort également de ces débats parlementaires que, s'agissant particulièrement du quatrième et dernier cas, tenant à " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", le législateur a entendu réserver la possibilité d'accorder une dérogation exclusivement lorsque " les familles relèvent un besoin de l'enfant à partir duquel elles élaborent un projet éducatif adapté à l'enfant " et a expressément écarté les cas dans lesquels la motivation de la demande d'autorisation reposerait sur le fait que " les parents ont un projet " pour leur enfant, en précisant que " le projet éducatif n'est pas le motif : le motif, c'est l'enfant et ses besoins, pour lesquels les parents élaborent un projet éducatif ". Il s'infère de ce qui précède, et compte tenu du fait que l'instruction obligatoire est désormais donnée, en principe, dans les écoles et établissements d'enseignement, que l'administration ne saurait délivrer une autorisation pour dispenser l'instruction en famille présentée sur le fondement de ce quatrième cas lorsque les parents ou les personnes autorisées n'établissent pas expressément l'existence d'une situation propre à l'enfant, ce alors même qu'ils auraient établi pour cet enfant un projet éducatif susceptible de répondre pleinement à ses besoins. Pour délivrer une telle autorisation sur ce fondement, l'autorité administrative doit en outre s'assurer, sous le contrôle du juge administratif, que le projet d'instruction en famille comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant ainsi que le Conseil constitutionnel a interprété, au point 76 de sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021, le critère tenant à la situation propre à l'enfant.

4. Eu égard aux points qui précèdent, les moyens soulevés à l'appui de la requête tirés de l'insuffisance de motivation, de l'erreur de droit quant à l'application des dispositions précitées du code de l'éducation et de l'erreur d'appréciation commise quant à la situation propre de l'enfant ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de la commission de l'académie de Montpellier du 14 septembre 2022 confirmant le refus d'autorisation d'instruction dans la famille pour l'année 2022 - 2023 concernant l'enfant D F.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition liée à l'urgence, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. et Mme F tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée ainsi que, A voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonctions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme F est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G F, à Mme E C épouse F et à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Fait à Montpellier, le 28 octobre 2022.

Le juge des référés,La greffière,

J-P. Gayrard B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 octobre 2022,

La greffière,

B. Flaesch

2205049

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