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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205054

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205054

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre et 12 octobre 2022, la SA Bouygues Telecom et la SAS Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 34295 22 M0011 du 13 avril 2022 par lequel le maire de Saussan s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAS Cellnex France pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain sis route de Saussan, ainsi que de la décision rejetant implicitement leur recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saussan de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saussan une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision d'opposition à la déclaration préalable porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile de la société Bouygues Telecom ;

- il est porté atteinte aux obligations imposées par l'autorisation dont la société Bouygues Telecom bénéficie et à la continuité du service public auquel elle participe ;

- l'exploitation de l'installation sur le site projeté aura pour effet de combler un trou de couverture et de décharger substantiellement une zone saturée permettant au service de fonctionner dans des conditions moins anormales.

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 424-1, L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le site dans lequel s'insère le projet de construction qui s'implantera en zone agricole du plan local d'urbanisme de Saussan ne revêt pas d'intérêt particulier ; en outre, l'impact du projet dans son environnement sera moindre dès lors qu'a été choisi un pylône de type treillis d'une hauteur limitée à 21 mètres ;

- le projet de construction ne méconnait pas les dispositions de l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A dès lors qu'il présente des caractéristiques techniques impliquant que soit dérogé à la règle de hauteur en application de l'article 7 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme ;

- la substitution de motif demandée par la commune n'est pas fondée, la largeur de la voie de desserte et du chemin d'accès au projet sont supérieures ou égales à 3,50 mètres.

Par un mémoire, enregistré le 4 octobre 2022, la commune de Saussan, représentée par la SELARL Cabinet d'Avocat Valette - Berthelsen, agissant par Me Valette, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SA Bouygues Telecom et de la SAS Cellnex France une somme de 1 500 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision ;

- en tout état de cause, les motifs de refus peuvent être régularisés au moyen d'une substitution de motif tirée de la méconnaissance par le projet de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A dès lors que la voie de desserte du projet ne respecte pas la largeur minimale de 3,50 mètres imposée.

Vu :

- la requête enregistrée le 29 septembre 2022 sous le n° 2204478 par laquelle la SA Bouygues Telecom et la SAS Cellnex France demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rigaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 12 octobre 2022 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Rigaud, juge des référés,

- les observations de Me Hamri, représentant les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, qui persiste dans ses écritures et expose en outre que le plan produit à l'appui de leur requête, qui est celui produit à l'appui de déclaration préalable, est plus précis que le document produit en défense par la commune et permet de s'assurer que les voies d'accès au projet présentent une largeur de 3,5 mètres, et qu'en tout état de cause si cette largeur se révélait insuffisante le maire de la commune disposerait alors des pouvoirs qu'il tient de la police de l'urbanisme et que le règlement du plan local d'urbanisme n'exige pas la présentation de justifications quant aux caractéristiques techniques des installations ;

- et celles de Me Valette, représentant la commune de Saussan, qui persiste dans ses écritures, précise que l'emprise du projet litigieux étant encerclée par une clôture grillagée, cela ferait obstacle à l'exploitation de cette surface, contrevenant ainsi à la vocation agricole de la zone, que la dérogation aux dispositions de l'article 7 des règles générales du plan local d'urbanisme n'est pas justifiée par la pétitionnaire, que le plan de masse produit par les sociétés requérantes ne permet pas de faire figurer le gabarit de la voie d'accès au projet dans son existant et que les cotes portées sur ce plan ont été ajoutées par les sociétés requérantes elles-mêmes, étant dépourvues de fiabilité.

La clôture de l'instruction a été différée au vendredi 14 octobre 2022 à 17 heures.

La commune de Saussan, représentée par Me Valette, a produit un mémoire et une pièce complémentaires le 13 octobre 2022, qui ont été communiqués.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 mars 2022, la société Cellnex France a déposé auprès des services de la commune de Saussan une déclaration préalable de travaux pour l'implantation d'une station relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain sis route de Saussan en zone A du plan local d'urbanisme. Par un arrêté n° DP 34295 22 M0011 du 13 avril 2022, le maire de la commune de Saussan a fait opposition à cette déclaration préalable de travaux. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France Infrastructures sollicitent du juge des référés la suspension de cette décision ainsi que celle de la décision rejetant implicitement leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le maire de Saussan s'est fondé sur deux motifs pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France. L'autorité administrative a relevé, d'une part, la méconnaissance par le projet de la règle de hauteur maximale des constructions fixée par l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme à 10 mètres hors tout pour les constructions autres qu'à usage d'habitation. D'autre part, le maire de Saussan s'est fondé sur la méconnaissance de l'article 1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 123-7 du code de l'urbanisme.

3. En l'état de l'instruction, les moyens développés par les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, tels que visés et analysés dans les visas de la présente ordonnance, tirés de l'erreur de droit ou de l'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 10 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme et dans celle de l'article 1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 123-7 du code de l'urbanisme, sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de chacun des deux motifs opposés par le maire de Saussan dans l'arrêté d'opposition à déclaration préalable du 13 avril 2022.

5. Toutefois, dans son mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, lors des échanges à l'audience et dans son mémoire complémentaire enregistré le 13 octobre 2022, la commune de Saussan fait valoir que l'opposition à déclaration préalable en litige pouvait légalement se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme.

6. Aux termes de l'article 3 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme applicable : " Les voies et passages doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche des matériels de lutte contre l'incendie, de protection civile, de brancardage, etc. (largeur minimale de la voie : 3,50 mètres). ".

7. Il résulte de l'instruction que la parcelle cadastrée section AB n° 65 servant d'assiette au projet en litige est desservie depuis la " route de Saussan " route départementale n° 54 par un chemin rural dont les dimensions, jusqu'à la desserte du projet, selon le plan topographie dressé par un géomètre expert le 13 octobre 2022, produit en défense, varient de 2,88 mètres à 3,15 mètres et sont donc inférieures à 3,50 mètres, qu'il s'agisse de la bande carrossable ou de la cote de mur à mur.

8. En l'état de l'instruction, le moyen développé en réplique par les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France tiré du respect par le projet litigieux de l'exigence posée par l'article 3 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme au regard des dimensions de la voie d'accès au terrain d'assiette du projet n'est pas propre à créer un doute sérieux sur la légalité de ce nouveau motif invoqué dans la présente instance de référé pour justifier l'opposition à déclaration préalable opposée à leur demande.

9. Il résulte de l'instruction que le maire de Saussan aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le non-respect par le projet litigieux de la règle fixée par l'article 3 de la zone A du plan d'urbanisme. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France ne sont pas fondées à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le maire de Saussan s'est opposé à la demande préalable pour réaliser le projet en litige et de celle de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saussan sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom, à la société Cellnex France et à la commune de Saussan.

Fait à Montpellier, le 18 octobre 2022.

La juge des référés,

L. Rigaud

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 octobre 2022.

La greffière,

A. Junon

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