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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205056

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205056

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARGALL, D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2022, la SA Bouygues Telecom et la SAS Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 34198 22 M0074 du 10 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Pérols s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAS Cellnex France pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section AS n° 60 situé avenue Saint-Vincent au lieu-dit " La Tour ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pérols de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pérols une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision d'opposition à la déclaration préalable porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile de la société Bouygues Télécom ;

- il est porté atteinte aux obligations imposées par l'autorisation dont la société Bouygues Télécom bénéficie et à la continuité du service public auquel elle participe ;

- le site projeté aura pour effet de combler un trou de couverture et de décharger substantiellement une zone saturée permettant au service de fonctionner dans des conditions moins anormales.

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait et en droit au regard des exigences des articles L. 424-1, L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'article 3 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme autorise dans toutes les zones les ouvrages nécessaires aux réseaux de télécommunication.

Par un mémoire, enregistré le 11 octobre 2022, la commune de Pérols, représentée par la SCP Margall-d'Albenas, agissant par Me d'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Bouygues Télécom une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;

- en tout état de cause, le motif de refus peut être régularisé au moyen d'une substitution de motif fondée sur la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que l'ouvrage projeté constitue une extension de l'urbanisation au sens de la loi littorale et qu'i n'est pas situé en continuité d'une zone urbanisée existante et n'est pas spécialement justifié et motivé dans le plan local d'urbanisme au regard de critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau.

Vu :

- la requête enregistrée le 8 juillet 2022 sous le n° 2203589 par laquelle la SA Bouygues Télécom et la SAS Cellnex France demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rigaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 12 octobre 2022 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Rigaud, juge des référés,

- les observations de Me Hamri, représentant les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France, qui persiste dans ses écritures et indique en outre que le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme est fondé, que les sociétés requérantes rechercheront un autre site pour implanter leur projet mais qu'il est important pour elles de savoir si le motif tiré de la violation du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone N est fondé ou non ;

- et celles de Me d'Audigier, qui persiste dans ses écritures et précise que la réalisation d'une antenne relais comme en l'espèce est regardée par la jurisprudence du Conseil d'État comme une extension de l'urbanisation au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 avril 2022, la société Cellnex France a déposé auprès des services de la commune de Pérols une déclaration préalable de travaux pour l'implantation d'une station relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain cadastré section AS n° 60 situé avenue Saint-Vincent en zone N du plan local d'urbanisme. Par un arrêté n° DP 34198 22 M0074 du 10 mai 2022, le maire de la commune de Pérols a fait opposition à cette déclaration préalable de travaux. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France Infrastructures sollicitent du juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article N-1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pérols : " Toutes les occupations et utilisations du sol sont interdites, sauf celles qui sont admises aux conditions fixées à l'article N-2 suivant ". Aux termes de l'article N-2 de ce règlement : " Sont admis () : les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif permettant d'améliorer la sécurité, l'accessibilité, la protection du site et sa mise en valeur, ainsi que le développement des activités de loisirs de plein air ". Aux termes de l'article 3 des dispositions générales de ce règlement : " Dans toutes les zones, peut être autorisé l'édification d'ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement : / - des réseaux divers (eau potable, assainissement, gaz, électricité, télécommunications, ouvrages pour la sécurité publique, etc.) / - des voies de circulation terrestres, ferroviaires, fluviales ou liées au transport aérien ".

4. L'édification d'une antenne relais de téléphonie mobile ainsi que ses accessoires constituent un ouvrage technique nécessaire au fonctionnement des réseaux de télécommunications au sens des dispositions précitées de l'article 3 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de la commune de Pérols dont l'implantation peut, en application de ces dispositions, être autorisée en zone agricole par dérogation, notamment, aux règles fixées à l'article N-1 du même règlement.

5. Dans ces conditions, dès lors qu'il résulte de l'arrêté en litige que celui-ci est fondé sur le motif tiré de l'application de l'article N-2 du règlement du plan local d'urbanisme, le moyen, tiré de ce que l'article 3 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme autorise dans toutes les zones les ouvrages nécessaires aux réseaux de télécommunication, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

6. Toutefois, dans son mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022 et lors des échanges à l'audience, la commune de Pérols fait valoir que l'opposition à déclaration préalable en litige pouvait légalement se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

7. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, applicable aux communes littorales dont relève la commune de Pérols : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ".

8. Le projet en litige, qui doit être regardé comme une extension d'urbanisation au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, est soumise au principe de continuité avec les agglomérations et villages existants. En l'état de l'instruction, il apparaît que la parcelle cadastrée section AS n° 60 est située à moins de 350 mètres du rivage, en zone naturelle du plan local d'urbanisme, et n'est pas située en continuité d'une zone urbanisée existante. Le projet en litige, qui n'est pas spécialement justifié ni motivé dans le plan local d'urbanisme au regard des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau, méconnaît ainsi les dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

9. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Pérols aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le non-respect par le projet litigieux de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France ne sont pas fondées à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le maire de Pérols s'est opposé à la demande préalable pour réaliser le projet en litige. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête des sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pérols sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom, à la société Cellnex France et à la commune de Pérols.

Fait à Montpellier, le 19 octobre 2022.

Le juge des référés,

L. Rigaud

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 octobre 2022.

La greffière,

M. A

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