mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205097 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURRET MENDEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022, M. D A, représenté par Me Bourret-Mendel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°22.340.607 du 29 septembre 2022 du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et dans l'attente, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter du jugement à venir et au-delà sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) de condamner le préfet de l'Hérault à payer à son avocate la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence en l'absence de délégation de signature de Mme B sa signataire ;
- le préfet a commis une erreur de droit tenant à la violation de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en n'évaluant pas le risque de torture, de peine de traitement inhumain ou dégradant ;
- le préfet a commis une erreur de fait, son nom étant A et non Zaraoui ;
- son arrêté est entaché d'erreurs d'appréciation s'agissant de sa situation familiale, du motif d'ordre public qui lui est opposé, de l'existence de risque en cas de retour en Tunisie, de la question des garanties de représentation et du risque de fuite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les observations de Me Bourret-Mendel, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1981, déclare être entré en France le 28 avril 2019. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé sans délai à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
3. Par un arrêté n°2022-08-DRCL-340 régulièrement publié au recueil spécial n°119 des actes administratifs de la préfecture le 30 août 2022, qui n'avait pas à être joint à l'arrêté contesté, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme C B, cheffe de la section éloignement de la préfecture, aux fins de signer notamment tout arrêté relatif à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ". Si le préfet a mentionné que M. A était défavorablement connu des services de police pour des faits de vol aggravé, d'une part il ne ressort pas des termes de l'arrêté, qui n'est pas fondé sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il en aurait fait un motif de sa décision d'éloignement et d'autre part, s'il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ce fait, il résulte en tout état de cause de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas mentionné. Le moyen invoqué doit donc être écarté.
5. La circonstance alléguée que l'arrêté serait entaché d'une erreur de plume sur l'orthographe du nom de requérant, qui ne dispose pas de document d'identité, est sans incidence sur la légalité des décisions qu'il contient.
6. Si M. A soutient qu'il serait isolé dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Il ressort par ailleurs de ses propres déclarations qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait, pour ce seul motif, inexactement décrit et pris en compte sa situation familiale ne peut qu'être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
8. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet a estimé, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet aux motifs qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis le rejet définitif de sa demande d'asile, qu'il a déclaré ne pas vouloir quitter la France et qu'il est démuni de tout document d'identité ou de voyage valide et n'apporte aucune preuve de l'hébergement à titre gratuit dont il se prévaut. M. A se borne à faire valoir qu'il répond aux convocations, ce qui prouverait qu'il ne cherche pas à fuir, mais ne conteste pas réellement les trois motifs sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, qui suffisent à justifier sa décision. Dans ces conditions le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet en prenant cette décision doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Contrairement à ce que soutient M. A il ne ressort pas des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile qui ont rejeté la demande d'asile de M. A et n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation. En outre si M. A soutient qu'il serait traumatisé en cas de retour en Tunisie, pays dans lequel il a effectivement indiqué lors de son audition qu'il ne voulait pas repartir, il n'apporte aucun élément au soutien de cette affirmation ni ne décrit précisément les motifs pour lesquels il allègue de risques en cas de retour. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne sont opérants qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de l'Hérault et à Me Bourret-Mendel.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 202La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 29 novembre 202La greffière,
L. Salsmann
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026